LIVRE IV. CHAP. VI
sur eux de l'eau bouillante ; riches et pauvres travaillaient ainsi infatigables , jour et nuit, au son des guitares et en chantant à haute voix 353 .
Tandis qu'on négociait pour la neutralité de Diessenhofen , le comte Henri de Lupfen y mena le vaillant Werner de Schynach, avec une garnison considérable pour cette place. Celle-ci, connaissant le pays 354 , harcelait incessamment, à travers la forêt de Scharen, par de dangereuses attaques, le village d'Ossingen, avantposte bien fortifié des Zuricois. Sur le rapport de Schweiger , on décida devant Winterthur, par d'excellentes raisons, le siège de Diessenhofen. Ce siège devait servir à protéger celui de Winterthur. Son succès enlèverait aux habitansde cette dernière ville Tespoir d'être débloqués ; un partage de l'armée qui s'accroissait incessamment faciliterait l'approvisionnement. La plupart des bannières 355 s'étant mises en marche pour prendre leur position principale au-delà du Rhin, au village de Gailingen, relevant de Nellenbourg, et où Schaffhouse avait le plus de crédit 350 , Jean Schweiger, à la tête des troupes d'Uri et d'Unterwalden , prit les devans , afin de s'emparer du couvent des religieuses de Sainte-Catherine , agréablement situé non loin de Diessenhofen. L'occupation qu'il donna à la ville facilita le passage du fleuve , nécessaire pour rencontrer l'armée ennemie qui se réunissait près de Zelle, sur le lac
,5î D'après la chronique de Meyer. Les habitans de Winterthur se distinguent par un esprit entreprenant.
"* Là se trouvaient Bodman , Friedingen et d'autres gentilshommes voisins.
>w Lucerne, Schwyz, Claris, Schaffhouse, Appemell , Rapperschwyl. ,M Adam Cron partageait la juridiction avec les Randck ; l'abbaye de Tous-les-Sainls disposait de la cure.
inférieur. Ce poste était indispensable pour entretenir les communications des deux camps entre eux et avec Schaffhouse. Jean Schweiger, le landammannWirz, le vieux héros Pûntiner 357 , culbutèrent l'ennemi et se trouvèrent à la porte du couvent avec la rapidité de l'éclair. Les cavaliers de Diessenhofen vinrent avec grand bruit pour repousser les assaillans. Dans le moment décisif, on lança du feu dans les édifices de bois ; le monastère entier, singulièrement vénérable par son âge, par ses fondateurs 358 et ses miracles, allait devenir la proie des flammes. Le chef de la cohorte d'Un- . terwalden , Nicolas de Flûe , se prit alors de pitié pour les vierges recluses et pour le siège innocent de la dévotion 359 -; touché à la vue de la croix, il prévint avec un enthousiasme irrésistible les maux qu'allait causer la fureur 360 . Sur ces entrefaites on ouvrit la porte. L'ennemi arriva trop tard pour débloquer le couvent. L'armée des Bernois parut en même temps avec beaucoup de pièces d'artillerie et avec leurs combourgeois de Soleure et de Fribourg. De l'autre rive du Rhin , Diessenhofen fut canonné par la grosse artillerie des Schafïhousois. La cavalerie du Hégau attaqua inutilement et avec perte, une fois de jour et une fois de nuit, le camp de Gaiiingen ; on se convainquit qu'il ne fallait
157 Frère de celui qui périt près d'Arbedo, historien de son pays , et depuis 46 ans un de ses chefs.
,s8 Le capitaine de Kihourg , l'ancien.
8 » 9 La convention de Sempach ordonnait d'user de ménagemens envers les monastères, et Nicolas de FlDe fut, môme avant sa retraite, un homme remarquablement juste.
,6 ° Cette tradition est consignée dans toutes les vies de Nicolas de Flûe, d'où WeUsenbach l'a tirée , p. 25 et suiv. Nous la possédons en rimes dans des rapports militaires.