LIVRE IV. CHAP. VI
rien moins que le secours de l'armée de l'archiduc. Deux cents hommes sortirent alors du quartier-général de Zelle pour faire une reconnaissance. Le camp des Suisses se livrait au repos avec tant d'insouciance, faute fréquente des hommes de cœur, que ce détachement descendit jusqu'au fleuve et put exhorter la ville située sur l'autre rive à tenir bon 361 . Du reste, la force et la position des assiégeans trompa le désir et l'attente de leurs ennemis. On recevait de tous côtés des nouvelles de l'ardeur belliqueuse de la jeunesse suisse, que les gouvernemens eux-mêmes ne pouvaient pas contenir ; aussi fit-elle sans ordre une irruption en Alsace 362 . Tout était à craindre pour le Hégau , où non-seulement les SchafThousois avaient chassé de Thayngen Jean Ulrich de Stofïlen 363 , mais encore où un signe d'alliance des campagnards répandait l'effroi parmi les seigneurs 36 *. En lutte avec un pape très-entreprenant,
•« Edlibach.
m llaffnev.
M Papiers de Pfister. De Stoffeln avait acheté en 1450 des Im Thom un tiers de celle juridiction, llofen lui appartenait aussi.
m Les complots de rébellion portaient le nom de «soulier lié» (Schilttr % Thésaurus, t. III) ; peut-être par la raison indiquée par Geiler : « On prend les singes avec de grands souliers. • Schiller, sur Kdnigshofen, 1000, 1009, nous apprend qu'il était d'usage d'avoir un soulier dans les bannières populaires. Hùpli rapporte que cela eut lieu dans le Hégau. =Le vieux mot Bundschuh, qui semblerait signifier «soulier d'alliance,» désignait clans le sens propre une espèce de souliers hauts ou de bottines liées avec des courroies. Au figuré il a signifié, surtout dans la hante Allemagne et dans la première moitié du quiniième siècle, un soulèvement de paysans : les chefs, comme symbole de rébellion, faisaient porter un de ces grands souliers au bout d'une perche, on même le faisaient peindre sur leur étendard. Voy. Eckard, Hist. génial. Saxon, p. 175; Willer, Alits ans allen Theilen der Geschichte {Anciens usages tirés de toutes les parties de l'histoire), t II, p. 281 et suiv. ; Adelung, Hochdeulsches Wôrterbuch ( A delung , Dict. allem. ) , t. I. C. M.
abandonné par sa maison , menacé par le soulèvement des paysans, Sigismond n'osait guère hasarder une bataille contre un tel ennemi. Le bailli, l'avoyer, les conseils et les bourgeois de la ville serrée de si près le comprirent ; la garnison vit l'impossibilité de tenir plus long-temps. Le 28 octobre de la deux cent vingt-huitième année depuis que le comte Hartmann de Kibourg avait formé de deux villages réunis la ville de Diessenhofen , par suite d'une décision formelle de la garnison et de la commune, la ville et le château se soumirent avec toutes les hypothèques et les droits seigneuriaux aux villes et aux cantons de la Confédération , Schafïhouse compris 365 , entre les mains des capitaines et des bannerets 366 stationnés devant leurs murs, s'engageant à leur servir de demeure ouverte en échange d'une loyale protection ; on permit ensuite à la garnison de se retirer avec les honneurs de la guerre .
m • Tant qu'ils resteront Suisses. • Ils restèrent Suisses, ils le sont, ils le resteront
î6< Capitulation et engagement de Diessenhofen , du 28 octobre; Contreengagement des Confédérés; ces lois fondamentales de la ville sont dans Tschudi. Ce n'est que le passage d'une seigneurie sous une autre sans changement de constitution.
* Comme on va le voir dans le texte de Muller , la discorde commençait à se glisser dans le camp des Confédérés , et les troubles de l'Allemagne rendaient la paix désirable pour l'Autriche ; les médiateurs n'eurent donc pas de peine à négocier au mois de décembre un armistice entre l'archiduc et les Suisses , et à le faire prolonger l'été suivant pour quinie ans. L'Autriche consentit à laisser les Confédérés en possession de la Thurgovie jusqu'à la Saint-Jean d'été de 1476, époque à laquelle des négociations ou les armes décideraient ultérieurement du sort de ce pays. L'Autriche fit cette concession le mercredi avant la Fête-Dieu lA6t, jour mémorable dans les fastes thurgoviens; car dès-lors l'Autriche ne parvint plus à faire valoir ses prétentions sur la Thurgovie, qui, sous 1»