LIVRE IV. CHAP. VII
tiques, oligarchiques, le manœuvre ne dort pas avec plus d'assurance sous son toit délabré que le gentilhomme dans son riche appartement. Si la liberté n'habite qu'à côté de la justice, ce ne fut pas l'orgueil, mais l'intelligence qui guida les seigneurs de Berne dans les événemens que nous allons raconter \
Il arriva, dans les premiers mois de Tannée 1470, qu'un jeune homme actif et hardi, Gfeller, agent **de la juridiction de Konollingen 63 , à l'occasion d'une noce de paysans qui avait attiré beaucoup de peuple dans le village de Richigen, fit, au nom de la ville de Berne, une proclamation pour le maintien de la paix publique, sous peine d'une amende de dix livres 64 . Depuis environ cinquante ans 6S , on avait adjoint aux bannerets des préfets, pour veiller à l'exécution des cinq articles 66 ■
• Voycï, sur les phases de l'esprit public à Berne pendant le siècle qui précéda la guerre des seigneurs, Appendice C.
*" Freyœeibel signifie littéralement ■ huissier libre , - nom qui ne donnerait pas une idée juste de l'ollicc de cet agent Ls choix d'une dénomination française est fort embarrassant. D'AU, dans son Histoire des Helvétiens, t, V, adopte celle de « petit sautier. • par opposition au • grand sautier • de la république de Berne. C. M.
M Entre Berne et Thoune.
Ci « Que personne ne commence querelle ni noise. » fii Alex. Louis de fVatteville: depuis 1426.
" Les cinq articles concernaient 1* l'édit de la paix publique , que les mœurs d'alors ne rendaient jamais inutile dans les grandes assemblées populaires; 2 # l'édit pour la dédicace des églises (même but) ; 3° les revues; h° la perception de l'ohmgeld ou des accises; 5« l'appel de toutes les amendes excédant dix livres. Ces articles avaient été acceptés par beaucoup de seigneurs, mais non par tous; maint agent cherchait à les faire admettre , même quand il n'y avait pas de stipulation. = Les différends que cette compétence faisait naître n'étaient pas toujours faciles à aplanir, attendu que les familles qui possédaient ces seigneuries étaient en même temps puissantes et considérées dans la ville. Aussi choisissait-on ordinairement pour agens de jeunes hommes énergiques,
sur lesquels la plupart des seigneurs justiciers avaient abandonné leurs droits à la ville par un traité. Or, ces agens, jeunes campagnards, fiers de porter les couleurs de Berne 67 , zélés à étendre leur pouvoir et désireux de se recommander, abusaient quelquefois de leur autorité. Le préfet de la seigneurie de Worb, d'où le village de Richigen relève , reprocha, dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, à Gfeller un pareil abus. Celui-ci réfuta les raisons par des coups de poings et refusa de répondre au tribunal ; il fut emprisonné. Libéré sur caution , il invoqua la protection du conseil de Berne, dont c'était la cause, pensait-il. Là éclata une division.
Pierre Kistler*, banneret de la même juridiction, homme qui par son esprit naturel et ses discours hardis s'était élevé de l'état de boucher à cette magistrature, se prononça pour l'agent, ainsi que son parti; la noblesse soutint Nicolas de Diessbach et les anciens droits héréditaires de la seigneurie de Worb. Une idée vague
fiers des couleurs bernoises et des prérogatives qui y étaient attachées , et disposés plutôt à étendre les droits et les prétentions de la ville qu'à les négliger. » M. le landammann de Tillier, Hiti. de la républ, de Berne, 11,171. CM.
67 En 1426, on accorda aussi aux maçons, aux charpentiers, aux courriers et aux musiciens de porter ces couleurs, « livrée, parce qu'on livrait ces manteaux aux frais du souverain. • A.-L. de fVatUville.
* Pierre Kistler, chef du parti de la bourgeoisie, boucher de son métier, appartenait à une famille qui jouissait depuis une centaine d'années d'une assez grande considération à Berne. Doué d'un coup d'oeil sûr et de sagacité, il était né pour les affaires et y fut souvent employé, membre du conseil depuis 1451 et banneret de l'abbaye des bouchers depuis 1458. Mais il ne joignait pas aux dons brillaos de la nature la culture et l'éducation indispensables pour les affaires d'Etat. Sa violence et sa vanité sans bornes fondaient l'espoir de sa grandeur sur la ruine de l'autorité de la noblesse. De Tillier, II , 174. C. M.