LIVRE IV. CHAP. VII
égarait les premiers : le bien d'une ville ne repose jamais sur l'injustice; le respect des lois fait sa force. Mais, comme il arrive souvent, l'apparence séduisit la majorité du Conseil 68 *, en sorte que Nicolas de Diessbach se vit forcé d'en appeler au Grand Conseil, composé de plus de deux cents bourgeois. « Comme hom- » mes libres, dit-il, les anciens seigneurs justiciers » de Worb 69 se sont unis avec la ville de Berne par » un traité volontaire; les deux parties se sont promis m mutuellement protection dans la guerre 70 , bonne » justice pour terminer les dissensions entre les sei- »gneurs et leurs gens, répression des crimes par le » tribunal suprême de Berne. Depuis ce moment la » ville n'a jamais exigé impérativement des corvées ni »des contributions de guerre; mais les seigneurs ne » lui ont jamais refusé ce que ses besoins exigeaient; » noble et libre communauté, à laquelle chacun don-
68 La majorité ne fut que d'une seule voix, selon le greffier de la ville Frickard, dans son histoire classique de cetle querelle , imprimée dans le t.r de la Bibliothèque helvétique, qui a paru de 1735 à 1741. = M. Emamet de Rodt , de Berne , auteur de l'ouvrage si distingué sur l'Histoire de l'art militaire chez les Bernois, a publié une nouvelle édition de Fric kard, plus complète , plus exacte, et enrichie d'une introduction historique , d'un appendice et de notes. Berne , 1837, un vol. im8° cher Jenni fils. M. de Tillier a tiré de cette relation des détails qu'on ne trouve pas dans M ni 1er : une histoire générale de la Suisse et une monographie demandent des proportions diiTérenles. C. M.
* Le Conseil délibéra en dépit de la vive réclamation de Nie. de Diessbach, qui démontra l'iniquité de la mesure, et supplia l'assemblée de revenir de sa première décision, ou de lui accorder du moins un jour pour qu'il pût produire les titres sur lesquels se fondaient ses droits. C M.
69 Les de Kien et ensuite les de Bûren.
n Les seigneurs pouvaient entreprendre seuls des guerres insignifiantes contre quelques barons ; mais ils ne faisaient que de concert avec Berne la guerre à Habsbourg-Kibourg.
» naît volontiers , parce qu'on ne prenait rien à per- » sonne. Qu'un agent ne vous rende pas infidèles à cet » esprit. » Mais à l'instigation de Kistler, rassemblée, excessivement orageuse 71 , se prononça en majorité pour Gfeller, et corrobora sa décision par un serment.
Sa caution n en fut pas moins condamnée par le préfet de Worb à une forte amende 75 ; le droit fondé sur des titres l'emporta sur l'arbitraire : Diessbach opposa son traité à la décision du Conseil, qui renvoya luimême l'agent devant le tribunal de son ressort. Celuici l'ayant condamné, souleva la question de savoir si on lui permettrait d'en appeler à Berne, comme on l'accordait quelquefois à d'autres 73 , sans y être obligé. L'appel était inutile si les documens et l'usage étaient catégoriques ; mais qu'arriverait-il si l'esprit de parti se refusait à l'évidence? Parfois, dans des momens difficiles, on se tire d^embarras au moyen d'un mot équivoque : le sénat avait réservé à l'agent l'appel convenable 1 *. Le seigneur justicier ne trouvait pas qu'il fut convenable que Berne annulât, de son autorité, une convention par des prétentions arbitraires. Le Grand Conseil s'assembla de nouveau. L'affaire fut traitée par Pierre Kistler d'après le principe de l'omnipotence
7 * Il semblait que le gouvernement de Berne allait se dissondre. Frickard.
72 100 livres pour la proclamation illégale ; 100 pour les voies de fait sur la personne du préfet de Worb. Jd.
» Avec celte ancienne bonhomie qui considérait la chose et s'inquiétait peu des formes , les seigneurs avaient quelquefois autorisé ces sortes d'appels comme on permet de demander et comme on respecte les préavis d'une célèbre faculté de droit.
7 * Kistler s'emporta au sujet de ce mot inséré par l'ancien avoyer de Ringoltingen et par le greffier Frickard. «Les petits mots, dit-il, sont de |>elites trouvailles. • Frickard.