‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 72 sur 178 · VII. IO · texte numérisé non relu

VII. IO

» l'on lirait la sentence, elle nous couvrirait de honte*.»

Le lendemain l'ancien avoyer de Ringoltingen demanda si l'on entendait appliquer la même décision à Landshut, seigneurie que ses libres aïeux avaient reçue libre 118 ; l'avoyer de Scharnacbthal fit la même question au sujet d'Oberhofen, acheté de la ville avec de complètes franchises 119 , aînsi qu'au sujet de Brandis, au nom de son cousin Gaspard 120 ; pour Adrien de Bubenberg , il comptait bien continuer à exercer ses droits sur ses Oberlandais, dont les bannières avaient si souvent pris part aux guerres de la ville sous les ordres de ses pères 121 . Sur tous ces droits on se prononça, sans retenue , dans le sens de Kistler.

* C'est par erreur que Mullcr a conclu des paroles du trésorier qu'on avait refusé aux intéressés une copie de la sentence. Kistler, au contraire, conseilla de l'accorder, dans l'espoir de faire servir à l'avenir ce document contre la noblesse. Le trésorier Fraenkli déclara pour lors qu'il était, cette fois , de l'opinion du banneret , bien qu'il craignît que la sentence ne tournât pas à l'honneur de la ville. Le conseil fut donc unanime pour accorder la copie, et non pour la refuser. Voy. Frickard, Histoirt de la querelle des seigneurs , et De Tillier, II, 182. C. M.

1,8 Les comtes de Kibourg tenaient Landshut de l'héritage delà haute Bourgogne ou de celui de Zaeringen; cette seigneurie passa de leurs mains à la maison de Montbéliard et de celle-ci aux Ringoltingen. Le père de l'avoyer av ait fait don à la ville de la moitié de ses droits de haute juridiction. Il mentionne aussi sa seigneurie de Kalnach.

119 Lorsque Berne vendit Oberhofen à sa famille , le fief masculin fut seul réservé. « Si le préfet de Thoune voulait user de violence , je ne le souffrirais pas. »

120 Lorsque les de Brandis , • jadis puissans barons" et seigneurs de presque tout l'Emmenthal » vendirent Brandis aux Diessbach, les Bernois ne ratifièrent pas cette vente, mais acquirent ces domaines , en ajoutèrent une partie au territoire de ïracbselwald , et vendirent le reste à Gaspard de Scharnachthal.

121 o Si vos fonctionnaires entreprennent quoi que ce soit avec moi, je vous sommerai de remplir vos obligations. • Des hommes de nos jours, énergiques pourtant, ont blâmé ce langage comme contraire au respect

Le lundi de Pâques suivant (23 avril 1 470), jour où l'avoyer rend aux conseils les sceaux de la ville et où les bannerets proposent son successeur, Pierre Ireney, un des conseillers , d'une famille peu connue, proposa de mettre aussi le banneret Kistler au nombre des candidats. Cent cinq voix se partagèrent entre plusieurs seigneurs des vieilles familles 122 ; Kistler fut élu , parce qu'il réunit quatre-vingts voix. Immédiatement après les fêtes religieuses, tous les seigneurs, à l'exception de quatre fonctionnaires 123 , se rendirent dans leurs châ- •

dû à l'autorité. Quand il y a obligations réciproques duement prouvées, od ne saurait en demander l'accomplissement avec trop de vigueur» si le poissant oublie les siennes. Quel autre langage les chevaliers anraient-ils dû tenir envers le boucher omnipotent? Le peu d'énergie de noire temps, qui craint la vérité, a été la cause du sommeil des conseils et des princes ; aucune parole libre ne les a tenus éveillés.

m Quarante voix se portèrent sur l'ex-avoyer de Scharnachthal , près de trente sur Bingollingen, vingt sur Bubenberg, le redouté, quinze sur Diessbaeh , si gravement offensé. = Suivant la manière d'alors de compter les suffrages, Kistler fut légalement élu par la majorité, C. M.

m Urbain de Muhleren, Louis Hezel, Henri Malter, Louis Brûggler, tous les quatre gentilshommes, Junker. L'ignorance a pu plaisanter sur ce litre. Que ne rit-elle de l'expression de « jeune comte • , puisque le mot Graf( comte) a signifié originairement une barbe grise , un vieillard? sa II n'y a guère , dans la langue allemande, de mot dont l'étymcîogie soit plus controversée et ait été recherchée plus curieusement que le mol Graf. Voy. dans Adelung, Kritisches fVdrterbuch, II, 771, les raisons opposées à l'opinion de MuUer et de ceux qui , avec lui , écrivent Grav et font dériver ce titre de Grau , gris, qui a les cheveux blancs. Le mot de Junker, que nous traduisons par gentilhomme , a eu successivement divers sens; autrefois c'était un titre d'honneur des jeunes princes et des jeunes hommes de la haute noblesse, ainsi que des frères cadets des souverains. Encore usité chez les peuples tartares ( Chonkar ) , il se retrouve dans les lois des Visigoths (Junk-Hœrra), en Suède (Ungherrar, Ungarar) et dans des chartes allemandes. Dans le Miroir Souabc, Junkher désigne en général un jeune homme de condition libre. Plus tard , et jusque dans ce siècle, ce titre a été donné aux jeunes gens de la noblesse inférieure. C M.

teaux; leurs femmes et leurs enfans quittèrent aussi la ville*.

La décision du Conseil eut encore une autre conséquence qui mit les deux partis dans leur tort, parce que la passion et le préjugé les entraînèrent à donner de l'importance à des choses insignifiantes.

L'essence du christianisme est une sérénité calme de l'esprit et du cœur ; c'est pourquoi il a été annoncé primitivement comme une bonne nouvelle 124 . Mais tout • comme le législateur hébreu avait dû préparer par un grand nombre de cérémonies symboliques l'esprit sensuel et grossier de sa nation à la doctrine sublime de l'unité de Dieu et de la liberté de l'homme 125 , de même fallut-il dompter l'esprit de nos pères par des ordonnances diverses avant qu'on osât dire librement que la religion ne veut que la vérité et la charité 126 . La soumission de la sensualité fut un objet essentiel ; les orages étouffent la voix de Dieu au-dedans de nous ,27 . On soumit à la loi non-seulement le penchant lui-même , mais aussi les vêtemens et tout ce qui peut l'exciter.

* La plupart des familles nobles avaient déjà quitté la ville immédiatement après la décision du conseil mentionnée à la fin de l'alinéa précédent du texte. Mais les seigneurs y rentrèrent pendant la semaine sainte. Suivant un usage ancien et respectable, le Grand-Conseil en corps communiait le jeudi saint , après quoi il renouvelait le conseil. Peut-être les seigneurs se livraient-ils , comme le public , à l'espoir que le renouvellement des autorités serait l'occasion d'une réconciliation des partis. L'élection du banneret trompa cette attente. G. M.

124 Evangile; on en trouve peu de traces dans l'ascétique de siècles tristes.

125 II donna à son peuple une constitution politique peu différente de celle de la Suisse et fondée sur les mœurs.

416 La vérité dans la charité , selon le disciple que Jésus aimait et qui le connaissait le mieux. 457 Le sentiment moral.

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