LIVRE IV. CHAP. VU
qui excite la sensualité ,39 . Les têtes habituées au casque portaient avec grâce un chapeau trés-élevé, sous lequel les cheveux retombaient en belles boucles jusque par-dessus les yeux. Les souliers pointus, exagérés par la vanité depuis les rives du Gange 140 jusqu'aux Alpes et jusqu'en Angleterre, et depuis les temps de l'antique Latium 141 jusqu'à ceux des seigneurs justiciers, furent allongés encore et richement ornés. Anciennement les pierreries et les métaux précieux ainsi que les différentes sortes de soieries distinguaient les nobles ; maintenant gens du peuple et domestiques les avaient adoptés 142 , et ils se les procuraient souvent d'une manière plus prompte et plus agréable que par un travail honnête 143 . Ce désordre fut aussi réprimé à Berne.
L'effet d'une impression momentanée cède bientôt à l'empire de l'habitude : après quinze mois on laissa dormir l'ordonnance sur les mœurs. En vain les églises retentissaient-elles du zèle bruyant des prédicateurs. A la fin , Pierre Kistler vit dans cette loi un moyen d'enlever aux familles nobles et riches le cœur du peuple 144 . Le lundi de Pâques on prêtait serment à la
,M - Si , qu'on voyoit leurs derrières et leurs devans, comme on souloit vestir les singes. • Voir Chronique, n. 137.
140 Niebuhr, Voyage t. II, !*• table.
141 Bôttigei^ Masque de furie, p. 142. Sur la Junon de Lanuvium • cakeolis répandis , » voyez Cicéron.
141 Chronique, n. 137. « Choses sans doute trop vaines et haineuses à Dieu. .
,sî Didst thon not sec, deckd wilh a solitaire, A smooth smug stripling, in life's fairest prime?
Churchill, Times, 418 ss.
144 « Quant à l'auteur de cette mesure, je laisse les choses comme elles sont, » dit prudemment le contemporain Tschaclillan. Nous exposons l'intérêt qu'avait dans cotte affaire chaque parti.
constitution de la ville ; à cette occasion quelques membres du conseil demandèrent que l'ordonnance sur les mœurs fût comprise dans le serment, à titre de loi fondamentale ; ils s'appuyaient surtout sur le mot irrévocable, par lequel le greffier de la ville, Jean Zur Kilchen, homme fort âgé, avait cherché, dans la première ferveur, à rendre l'ordonnance plus stable et plus impérative. Dans les calamités publiques on ordonne des signes de deuil qu'il serait inutile et imprudent de vouloir perpétuer 145 . Les nobles, la plupart mariés (Nicolas de Diessbach ne l'était pas encore), furent sollicités par leurs femmes de ne pas laisser raccourcir leurs robes traînantes , marque distinctive de la noblesse 146 . Mais les hypocrites partisans de Kistler opposèrent à cette mode la colère du Tout-Puissant, comme si la Sagesse suprême regardait plus à la coupe des vêtemens qu'à la pureté du cœur. Les hommes créent Dieu à leur image.
Après avoir décrié les seigneurs comme ennemis de la loi de Dieu , l'avoyer Kistler osa ériger ses prétentions en lois 147 ; mais les amendes juridiques s'élu~
145 « Que nul n'ôte à la loi sa propre force ni ne s'en prive ; il n'en résulterait qu'un extrême regret, » dit sagement Schilling,
**• Tschachtlan : «Les nobles dames attaquaient leurs maris de plusieurs manières , au sujet des queues. » Schilling : • Us croyaient leurs femmes et leurs filles incapables de s'occuper d'autre chose que des longues queues de leurs robes. •
147 U convoqua les gens et leur donna des instructions. Frîckard. Frickard ne dit rien de l'ordonnance sur les mœurs. Les autres gardent à peu près un complet silence sur la querelle des seigneurs ; ces séances ne se trouvent pas dans le protocole du conseil. Frickard était partisan des seigneurs qui avaient si bien mérité de la république ; mais , homme extrêmement pieux, il pensait probablement autrement qu'eux à l'égard de l'ordonnance sur les mœurs ; il n'en parla point , comme d'autres moins