LIVRE IY. CHAP. VII
daient presque toujours à l'aide d'accommodemens, et un agent n'obtint même qu'une satisfaction bien mince d'un seigneur dont il avait lésé un droit et qui lui cassa trois côtes 148 . Les ecclésiastiques, plus anciens que Berne 9 de tout temps très-souples , lorsqu'ils apprirent l'anéantissement des juridictions seigneuriales, déclarèrent ne pouvoir consentir, sans l'autorisation de leurs supérieurs, à une restriction de leurs droits. Le tumulte et la désobéissance allaient croissant dans les campagnes, au point que Gfeller lui-même conseilla une réconciliation 149 ; un jeune seigneur-justicier l'en railla 160 ; Kistler était d'ailleurs allé trop loin pour reculer. Il fit convoquer les seigneurs , ne croyant pas qu'ils refusassent expressément obéissance ; mais ils se prononcèrent contre toute conciliation avant que leur affaire ne fût jugée par des hommes impartiaux. Chez l'homme sans éducation le bras l'emporte communément sur la tète : Kistler voulut faire arrêter ceux qui demandaient justice; mais la plupart inclinèrent à la modération du trésorier, par crainte d'un soulèvement général , déjà prononcé dans la campagne , et qui se manifestait , dans la ville , sur le passage de l'avoyer. L'indignation augmentait parmi les campagnards ; les babitans de la ville raillaient avec amertume l'homme
dévoués qu'eux à la noblesse ne touchèrent qu'en passant les points dans lesquels on lui avait fait tort. Les nobles eux mêmes peut-être effacèrent dans la suite ce souvenir. Frickard n'a pas achevé son ouvrage.
148 Le gentilhomme Conrad d'Argau à Hindelbunk, "bourgeois et avoyer de Berlhoud , où il habitait.
**• Il conseilla de remettre aux seigneurs sinon la totalité, du moins la moitié des amendes.
1M Le gentilhomme Henri Matter lui dit : « Que le diable t'en sachegré ! etc. » Frickard,
audacieux mais impuissant 151 ; il l'emportait toutefois dans le Conseil et les Deux-Cents; les gens inexpérimentés 152 s'abusent eux-mêmes et trompent les autres, lorsque, sous prétexte du bien public, un bomme éloquent ennoblit des mesures injustes ; la sagesse consciencieuse de Fraenkli , quoique respectée par les intelligens, restait ordinairement en minorité. Un jour on vint le chercher pendant son déjeûner pour l'amener au conseil, et lorsqu'il voulut quitter l'assemblée , on ferma la porte , parce que sa franchise nonagénaire modérait quelquefois l'ardeur pour les innovations. La confusion d'élémens différens réunis sous des formules générales 153 faisait la force du parti révolutionnaire 154 ; l'expérience de Frœnkli débrouillait l'origine et l'esprit de chaque chose 155 . Pour gagner cet homme, l'avoyer
1H Les femmes rappelaient d'un ton insultant - boucher,» et des bourgeois furent punis pour l'avoir appelé • fripon. » 152 « Novi homines. •
155 II joua sur les mots : La haute justice appartient à l'autorité supérieure. (Berne ne l'était que quand on oubliait l'Empereur) ; le hautvol rentre dans la haute justice, comme le nom même l'indique, et les essaims d'abeilles , parce qu'ils volent. Le gibier est du même ressort (sans motif , peut - être d'après des conventions); le bétail égaré de même , en tant que bétail. C'est là ce qu'on trouve dans les procès d'Erlach de Ja?gistorf et de Slein de Mûnsingen , dans Frickard, Querelle des seigneurs.
154 Les actions révolutionnaires sont celles qui , au mépris de droits anciens et fondés sur les chartes, érigent des tournures de phrases en lois. = Toujours vos chartes ! Eh ! qui assista à la rédaction de ces décrets en vertu desquels 500 familles patriciennes usurpèrent la souveraineté de toute la Suisse? Ils furent rendus sous le sceau du secret, partiellement, et ne furent jamais promulgués. Environ cent ans après on en appela à ces documens , et on les cita comme d'anciennes institutions. Un historien de bonne foi peut-il les respecter ? 1>. L. H.
làS L'histoire démontre que les mesures vives sont quelquefois nécessaires, mais en même temps elle les présente comme si dangereuses