LIVRB IV. CHAP. VII
«emplois 163 , c'en est fait, je ne dirai pas de Thonneurde » la ville, on s'en inquiète peu maintenant 1C4 , mais des » mœurs et des connaissances auxquelles Berne doit sa «prospérité. Insoucians , paresseux, élevés dans » gnorance et loin des écoles, sans expérience du grand «monde, hautains, dissolus et cupides, tels seront, » aux yeux de tous les loyaux Bernois, les bons confé- » dérés qu'il faudra soutenir et engraisser aux dépens » du pays ,65 . Malheur à la ville dont le service offre » d'autres appâts que l'honneur et le devoir 166 ! J'en- » tends murmurer : « Le trésorier n'a-t-il pas aussi » profité de ses emplois? » De peur que mon nom ne » serve de prétexte pour des choses honteuses, je vais » raconter ma vie devant mes supérieurs aussi loyale- » ment que devant Dieu.
» Je suis probablement le plus âgé de cette assemblée; » qui se souvient de mon père? Dès ma dixième an- » née , il me plaça pour deux ans à Ravensbourg , où » je dus apprendre mon métier; durant neuf ans j ai » vécu du travail de mes mains à Augsbourg, en Bo- » hème, en Pologne ; après quoi mon père me rappela et h me donna une femme. Lorsque je devins membre du » Grand Conseil, puis du Petit Conseil à la mort de mon » père 167 , que n'éprouvais-je pas au milieu de ces vieil-
M Comme il n'est nulle part question d'an trésor, il paraît que îa plus grande partie de cette fortune était passée dans les mains de l'avoyer et de ses consorts.
16A m Dans notre gouvernement on ne s'en inquiète guère. . Il confirme ainsi la maxime de Montesquieu , que l'honneur n'est pas le principe des monarchies. «
»" Il les nomme veaux de la ville.
Rien n'a autant changé que les revenus croissans des emplois.
167 Cela doit être arrivé vers lalO; suivant son calcul, il entra au Grand Conseil versiAOî.
» lards sages et vertueux? Ils me permirent de contî- » nuer mou métier. Bernard Wendsehatz, d'une fa- » mille illustre 168 , ayant été révoqué du bailliage de » Lenzbourg , à cause de l'inhabileté de son adminis- » tration, je fus nommé pour le remplacer, déjà avant j » la paix avec l'Autriche et la soumission de la noblesse | » argovienne 1G9 . Mon âme se troubla; j'offris six fois » ma démission; à la fin mon confesseur me fit un de- i » voir de l'obéissance. Je vécus à Lenzbourg comme un » gentilhomme, et j'acquis les connaissances les plus » indispensables ; mais le sort de mes enfans me faisait » chaque année soupirer après mon métier. Mon vœu » ne fut exaucé que lorsque les Confédérés furent tom- » bés d'accord sur la délimitation du comté. Grâce à » mon travail et à mon office, je me trouvai riche de dix » mille florins ,7 °. Vous me fites entrer de force au con- » seîl et m'imposâtes les fonctions de trésorier 171 . Je » pensai avec douleur à mon atelier paisible, avec pu- » deur à une place honorée avant moi par des hommes
"» Voy. t. II, 442.
Probablement en 1416. On ne le trouve pas à cette époqne dans le catalogue donné par Leu , mais cette date s'accorde avec son récit.
17û Somme considérable. Il serait à désirer qu'il eût dit combien il avait retiré de son office. C'est celui-ci qui doit lui avoir rapporté le plus, puisque pendant bien des années après cela son industrie et ses charges ne l'enrichirent pas davantage. Les revenus des bailliages bernois provenaient des domaines des châteaux, augmentaient avec les prix et avec le perfectionnement de la culture, et n'étaient pas une charge pour le peuple. Insigne fausseté! Ces biens étaient domaines de l'État, dont les produits sont partout une partie de ses revenus , applicables à ses dépenses. Les Mémoires de Henri Monod et l'Etal sur la constitution du Pays-de Vaud ont prouvé que le produit des bailliages bernois , absorbé par les baillis, était d'environ deux millions de livres tournois par an. D. L. H.
174 Sa charge exigeait le sacrifice des heures de la matinée.