‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 82 sur 178 · LIVRE IV. CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAP. VII

noblesse l'emporta sur les ré volutionnaires, parce qu'elle avait gagné les cœurs par ses nobles manières et en vivant au milieu du peuple 202 \ Celui-ci était trop rapproché de la nature, il avait trop de bon sens et de courage pour accorder à un magistrat le droit de priver un homme de sa liberté, sans enquête et sur un soupçon mal fondé 203 . On avait compris cette parole de Rodolphe Hofmeister, avoyer pendant tant d'années : « Mieux vaut laisser échapper dix coupables que faire » pâtir un innocent**. » L'amour confiant d'un peuple enjoué fait la force d'un gouvernement; les précautions de la défiance rendent défiant envers les chefs de l'État et préparent les voies aux séducteurs. De semblables desseins n'annoncent jamais l'amour d'un souverain, mais, comme chez cet avoyer, l'envie et l'égoïsme d'un homme ébloui par une fortune inespérée 204 .

m Kistter disait du chef de la commune de Worb : «Il ne fait qu'un avec messire Nicolas. • Le fonctionnaire lui-môme : • Je ne le quitte ni à

• son coucher ni à son lever, et je suis auprès de lui plus qu'aucun autre

• homme. . Voyez comme ces gens préféraient Hn maître à 200 et à leurs agens.

* Tout cela avait bien changé depuis deux siècles. D. L. H.

101 Le trésorier ne parla jamais avec plus d'énergie ; il dit que l'avoyer avait une pharmacie, où l'on ne vendait que des poisons actifs; que Dieu avait changé sa sagesse en folie et punissait la ville par son moyen. H n'y a rien pour quoi les seigneurs et les sujets se liguent plus facilement que pour la liberté personnelle.

** Cette maxime n'est donc pas née de nos jours , ainsi que les hypocrites tyranneaux subalternes l'ont débité , pour faire passer l'affreux code criminel français et décrier les institutions protectrices de la liberté. Le bon sens sera bientôt traité d'innovation et peut-être en sera t-il une. D. L. H.

m Frœnkli reconnaît que la nature avait doué Kistler de sagesse et d'éloquence ; mais que depuis qu'il fut nommé banneret , après la mort des Speichingcn, le vertige s'empara de lui. = Frœnkli, avec beaucoup

Vers ce temps 205 la noblesse crut pouvoir mettre le crédit de l'avoyer à l'épreuve dans l'affaire qu'il lui avait suscitée pour la rendre odieuse à la bourgeoisie : un même jour tous assistèrent au culte divin habillés selon la mode défendue. Cette bravade de la vanité contre l'autorité du gouvernement déplut à de bons citoyens 206 ; cependant, comme ils prétendaient

de sagesse, paraît avoir éprouvé l'effroi qu'ont tous les vieillards pour les mesures énergiques. Fabius Maximus parlait de même. D. L. H.» Les tentatives de Kistler ne pouvaient pas avoir un succès durable, parce qu'elles étaient en contradiction avec elles-mêmes. D'un côté il voulait introduire dans la ville des principes et des institutions purement démocratiques; de l'autre il prétendait non-seulement maintenir dans leur intégrité les droits de la ville sur la campagne , mais encore les étendre, sans se montrer bien scrupuleux sur le choix des moyens. Si l'on ne peut lui refuser l'énergie et la souplesse nécessaires pour atteindre le premier de ces buts , il ne tenait ni de la nature ni de l'éducation les qualités indispensables pour arriver au second. A cet égard il y avait un contraste complet entre lui et son prédécesseur Scharnacbthal , qui dirigeait la république avec la dignité d'un prince et une amabilité délicate. D'ailleurs , l'habitude de- vivre ensemble en paix et sous les armes, les rapports et les besoins mutuels nés de la simplicité de la vie des champs, rapprochaient et unissaient la noblesse et le peuple des campagnes beaucoup plus entre eux qu'avec la bourgeoisie. Cette circonstance avait d'autant plus d'importance, que le temps n'était plus où la valeur des bourgeois de Berne décidait seule du sort des batailles ; depuis l'introduction d'armées plus nombreuses , le peuple des campagnes occupait une place considérable dans celles de la république bernoise. La noblesse ne connaissait pas moins cet état des choses que les intentions hostiles de l'avoyer. L'irritation toujours plus générale des paysans la confirma dans ses espérances. Cette confiance la séduisit; elle osa braver l'autorité de Kistler et de ses adhérens dans une affaire où le droit n'était pas pour elle, et où le devoir la condamnait hautement. De Tillicr, II, 194. CM.

205 Fraenkli, dans son dernier discours , compte neuf mois depuis l'origine de ces troubles , qui commencèrent cinq ou six semaines avant Pâques (22 avril) ; le fait qu'on va raconter arriva le 25 novembre.

196 Tschacldlan (un des juges) : «Que Dieu les récompense de ce qu'ils ont fait pour l'amour de Dieu ; il connaît les cœurs. •

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avoir agi dans leur droit, les conseils et les bourgeois instituèrent à leur demande 207 un tribunal extraordinaire 208 \ Le greffier accusa d'abord devant le tribunal Nicolas, bâtard d'Erlach 209 , qui, après plusieurs années de service sous les drapeaux étrangers , administrait le bailliage de Berthoud. Le bâtard représenta comment les directions de la Providence ayant amené une différence de conditions, reconnue par les lois romaines , germaniques, et aussi par celles de la ville de Berne 210 , il était nécessaire de la consacrer par des signes extérieurs , sur la forme desquels on ne pouvait pas plus statuer que sur d'autres droits sans la participation des intéressés.. 11 rappela ensuite que l'ordonnance sur les modes avait été introduite en l'absence des principaux conseillers 211 , et la clause

147 Ils avaient en vain demandé un tribunal semblable pour leurs autres affaires.

m Là siégeaient, outre Kistler, Tschachtlan, sept conseillers et vingtet-un bourgeois. Les noms sont étrangement défigurés dans le Schilling imprimé. = On les trouve rétablis avec exactitude dans de Tillier, II, 194 et 195. C. M.

* Kistler fut un sot de ne les avoir pas fait emprisonner sur-le-champ pour cette bravade. D. L. H.

m Fils de l'avoyer Ulrich , que nous avons vu figurer dans la guerre de Zurich. Il eut quatre femmes et ne laissa que ce fils naturel, qui fut sans doute légitimé , puisqu'il obtint des emplois. 11 mourut sans en fans en 1480.

2,4 H en appelle à la loi fondamentale (Handvette) de 1218 , et au droit de Cologne , d'où elle fut tirée.

1,1 Trois anciens avoyers , trois bannerets et plusieurs conseillers avaient été absens. Erlach paraît avoir eu pour principe que lorsqu'il 8a git des droits d'une classe de citoyens , on ne peut pas prendre une décision à la majorité ordinaire , mais qu'il faut le consentement du P a rti intéressé ou du moins de ses chefs ou de sa majorité. = Lorsque ccs distinctions furent établies , le peuple fut-il appelé ou seulement consulté pour savoir s'il les approuvait? Voilà ce qu'il faudrait établir

qui la rendait irrévocable, supprimée lors du renouvellement 212 . Toutefois l'ordonnance, adoptée par la majorité, ayant force de loi, d'Erlach fut condamné, non sans raison 213 . Adrien de Bubenberg et d 1 autres nobles chevaliers 214 invoquèrent les droits éternels 216 , inviolables 216 de leur chevalerie 217 , avec la conscience de ne l'avoir jamais dégradée par une action basse; aussi n'est-ce pas sans peine qu'on voit ces grandes âmes occupées d'une affaire en apparence si futile 218 . Ni ces hommes , ni la veuve respectable de Henri de Bubenberg 219 , qui comparut devant le tribunal avec sa belle-fille, la femme d'Adrien 220 , n'oublièrent, quoi-

avant que de réclamer le maintien de ces distinctions. L'historien s'oublie dans la note 213 en laissant croire à l'équité d'une prétention aussi extravagante. S'il en était ainsi, les nations ne devraient être comptées pour rien. D. L. H.

212 A la suite du débat qui eut lieu on ordonna au grand sautier d'omettre le mot irrévocable dans la lecture des statuts qui se faisait à Pâques.

2,1 Son principe (n. 111), à le supposer même équitable, n'avait jamais été reconnu; aussi avait-il lui-môme fait proclamer l'ordonnance, en qualité de préfet de Berlboud.

244 Nicolas et Conrad de Scbarnachthal , Nicolas de Diessbach et son cousin Guillaume.

115 On prouva la différence des conditions môme dans le ciel par Colos*., I, 16; si haut qu'on remonta dans l'histoire, on trouva des seigneurs et des sujets.

Sur lesquelles ni le pape ni l'Empereur ne pouvaient statuer autrement que d'après des lois déterminées ; c'était là le droit fondamental. On trouve ce discours dans Tschachtlan et Schilling, qui se conlirment l'un l'autre tout en conservant leur individualité.

217 « De l'ordre de leur dignité chevaleresque. • La ch. est dans Schilling, jeudi av. St. -André 1470.

218 Importante en ce que dans un gouvernement populaire tout acte arbitraire dirigé contre quelqu'un a des conséquences incalculables.

* w Anne de Roseneck.

2,0 Jeanne de La Sarra. Ch. dans Schilling.

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