LIVRE IV. CHAP. VII
souveraine qui ne se laisse jamais effrayer par les accidens; la difficulté des circonstances développa son esprit 243 . En grand roi , il dirigeait lui-même toutes les affaires importantes conformément à la vue qu'il avait de l'ensemble, et 244 , comme les infidélités fréquentes dans un temps si factieux ne lui permettaient pas d'expliquer toujours le but de ses ordres 245 , il exigeait une obéissance ponctuelle 246 . Mais ce même prince jugeait inconvenant d'ordonner de nouveaux impôts ou des guerres, sans en exposer les motifs au peuple 247 . Il était infatigable à s'enquérir des opinions et des circonstances personnelles de tous les hommes marquans de son royaume et des pays étrangers , infatigable à gagner par de bonnes paroles 248 , par des manières affables, par des présens, ceux dont il voulait se servir ou qu'il avait offensés par la liberté de ses plaisanteries 249 ou de quelque autre manière. 11 ne parlait jamais d'affaires
• de Bretagne me l'a fait faire , parce qu'il m'appelait le roi couard, et
• vous savex de pieça ma coutume. » Il était avec ttaoul de Lannoy, qui près de Quesnoy courut à l'attaque entre le feu et le fer; le roi lui jeta une chaîne d'or autour du cou : « Piques-Dieu ! mon ami , vous êtes
• trop furieux ; il faut vous enchaîner, car je veux me servir de vous ■ pins d'une fois. • Duclos, II.
543 Rosier des guerres ; et l'expérience de sa vie.
*** «11 conduisoit toutes choses, même lorsqu'il fut vieux et malade. » Comines.
« s « Il avoit un entendement cauteleux , uq parler artificieux. » Cl. dcSeyssel, Comparaison de Louis XI avec Louis XII, ouvrage où l'on trouve du reste moins un sens politique juste que de la partialité.
11 fallait exécuter ses ordres littéralement. « Ce qu'il commandoit
• doit accompli sans nulle excusation. • Comines. U1 Rosier des guerres.
ni * 11 éloit humble en paroles. » Comines.
M « Gaudisscries. » Seyssel. « Il étoit léger à parler des gens.» domines*
avec sa noblesse mal élevée, ignorante et vaine îw , mais il employait des gens qui lui devaient tout 2 * 1 et qu'il pouvait, lorsqu'il les voyait ingrats, faire rentrer dans le néant sans offenser une grande parenté. Bien qu'il vécût familièrement avec ses gens 262 et qu'il se laissât quelquefois duper par eux, tout comme d'autres 263 , son esprit et sa volonté faisaient trembler son cher Cressol 254 , la reine 265 , toute sa maison 266 et le peuple 267 . Ce roi puissant ne gênait point le cours de la justice dans les affaires civiles 268 ; il respectait, quand
2lQ « On les nourrissoit (leurs parens les élevaient) seulement à faire » les fous en habillemens et en paroles ; de nulles lettres ils ont con-
• noissance; un seul sage homme on ne leur met à l'entour. Tels qui
• n'ont que treize livres en argent de rente, se gloriûent de dire , Parte»
• a mes gens, » Id.
151 « Il éloit naturellement ami des gens de moyen état. » Id. 242 Ses favoris, p. e. Comines, partageaient avec lui la table et le liL Duclos; Comines.
iil De là les plaintes à la fin de la Chronique scandaleuse. Il s'informait exactement si l'on n'abusait pas de ses commissions. Duclos, II, qui ne le flatte certainement pas. On aurait pu prévenir plus ou moins les tromperies ; mais Frédéric lui-même ne fut-il pas trompé? Or, du temps de Louis l'administration était moins bien organisée.
2i * Louis de Crussol , sénéchal de Poitou , chambellan du roi , gouverneur du Dauphiné (mort en 1473). « Gentil chevalier, mignon du roi,
• ès temps passés, dont il se lioit moult, pour cause de ses vertus et de ses
• sens. » Mais comme Philippe-le-Bon prolongeait sa visite auprisdela reine un peu au-delà du temps accordé, « Cressol trembloit de peur; si,
• pria à genoux devant laduc. » Châtelain, Chronique; R.cueil des pièces dans Comines.
255 « Bel oncle , dit-elle à Philippe, pour rien au monde nous oserions trépasser son ordre. A peine qu'elle ne plora de peur. » Id.
251 Chron. scandai. : «Nul (des princes) ne dormit sûrement » C'était la conséquence de leur conduite.
247 • Ses sujets trembloient devant lui. » Comines , VI.
2SS Le roi à son chancelier, St.-Laurent-des-Eaux, 3 août 1464. *Garderjjien que telles choses de justice ne viennent pins à moi, carj*«<