LIVRE IV. CHAP. VII
Enorgueilli par l'habitude de la domination et de la victoire, il s'aliéna les conseillers élevés avec lui , prêta l'oreille aux flatteurs italiens , et se jeta dans les querelles avec les Allemands, qu'il ne connaissait guère. II crut pouvoir mépriser ces Allemands, qui ne brillaient pas. Le malheur l'endurcit; il ne céda point, il tomba.
Tel fut le prince que sa destinée entraîna dans une lutte avec Lous XI , lutte dangereuse surtout pendant la paix. Le roi, disait-on, à la guerre ne dort que d'un œil, et en paix il dort les deux yeux ouverts. Charles mettait tout en œuvre pour occuper le premier rang; ses vertus brillaient d'un vif éclat. Le roi ne perdait jamais moins de vue son but que quand il semblait l'abandonner : après avoir assuré autant que possible la réussite de ses plans par toutes sortes de moyens secrets, il renversa le duc principalement en gardant la paix avec lui 384 .
Les Suisses vécurent en paix avec la France et la Bourgogne jusqu'au jour où Pierre de Hagenbach *,
m « Le roi ne pou voit mieux se venger de lui que de le laisser faire. ■ Paradin. Nous en verrons la preuve.
* Un savant dont le canton de Vaud s'honore et qui s'est fait un nom par des travaux de plus d'un genre , M. le baron Frédéric de Gingine- LaSarrai*, a soumis récemment l'Histoire de la guerre de Bourgogne à une investigation qui a frappé d'excellents esprits par son originalité et par la nouveauté des résultats. Il a publié ceux-ci en cinq lettres insérées dans la Revue des Deux-Bourgognes (Dijon 1859). L'ingénieux au-
1 M. de Gingius a publié les ouvrages su i vans :
Mémoire sur la famille des violacées. Genève, i8a3, in , Histoire naturelle des lavandes. Genève, 1806, in-8.
Essai sur la métamorphose des plantes, par J.-W. de Gaithe, traduit de t allemand.
Gcnète, i8*y, in-8.
Essai sur la division et l'administration politique du Lyonnais au .T"»* siècle. Lyon , i8Î7, in-8.
Essai sur rétablissement des Burgunden dans la Gaule et sur le partage des terres entre eux et tes regnicoles. (Turin, 1837 ) , in-4-
Mémoire sur le rectorat de Bourgogne, dans la 1" livraison du 1. 1 des Mémoires et documtns publiés par la Société d'histoire de la Suisse romande. Lausjune, i8?g.
bailli bourguignon des pays hypothéqués par l'Autriche, ordonna à Didier de Hasbain 385 , sous-bailli de Lauffenbourg, de planter l'étendard bourguignon dans la seigneurie bernoise de Schenkenberg 38G . Le roi se trouvait alors dans \m grand embarras, parce que son frère etle duc de Bretagne étaient ouvertement du parti bourguignon, et qu'à la cour ceux-là même de qui l'on devait le moins s'y attendre 387 augmentaient la confusion. Il reçut avec joie Guillaume de Diessbach, jeune homme né pour les plus grandes affaires, et qui, le premier, lui apprit combien Hagenbach était un mauvais voisin 388 . Le roi députa en Suisse Louis de Senneville et Jean Briçonnet, ayant mission de resserrer ses relations avec ce pays. L'éloignement des seigneurs justiciers rendit les négociations difficiles; d'autres Confédérés, plus en rapport avec l'Autriche et Milan,
teur a bien voulu revoir et compléter ce travail pour en enrichir noire Histoire de la Confédération suisse. L'impartialité nous fait un devoir de placer» à côté du récit de notre historien* un récit d'une couleur différente et d'opposer à la face suisse de ce grand événement la face bourguignonne. Nous donnerons dans Y Appendice D la partie des recherches de M. de G in gin s qui se rapporte à la fin de ce Vile volume, et nous renvoyons au suivant celle qui correspond à la suite de la narration de Mn lier ; mais nous ne différerons pas d'exprimer publiquement noire gratitude à M. le baron de Gîngins pour la complaisance bienveillante avec laquelle il enrichit notre publication. C. M.
885 Non pas Habsbourg, comme dit Steltler. Go Uni écrit à tort Hasping. == 01. de la Marche : Habsbain. C. M.
»• Stettler.
887 Le cardinal La Balue, le connétable de St.-Pol.
888 Vers le 22 mai 1470, peu après le commencement de la querelle des seigneurs. = La mission de Guillaume de Diessbach fut un effet du conseil donné aux Bernois par te comte de Gruyères et suivi par eux d'entrer dans des relations plus étroites avec le roi de France. r Ltf/fr* éc Berne au comte de Gruyères dans le Protocole des Missives allemandes A, 730. C M.