BORROMÉE. LA BULLE D'OR
les reportait tous à l'église. Il ne recevait pas de bref sans se découvrir la tête; on l'imita. Le langage du saint-siége rappela de nouveau les temps où la terre lui prêtait une obéissance presque absolue.
L'activité du saint prélat embrassait les affaires du monde romain et les plus humbles devoirs du ministère; aussi n'y eut-il bientôt pas de lieu, dans le diocèse de Milan, vers lequel il n'eût porté ses pas. Près de pénétrer dans les provinces des Suisses (1567), il invita les cantons à lui envoyer des témoins de ce qu'il ferait; il voulait désarmer les soupçons, et pouvoir s'aider au besoin du bras séculier pour vaincre les résistances. Les députés ne tardèrent pas à être gagnés par ses dons, sa savante adresse et l'autorité de sa présence. Accordaient-ils à sa bonté des droits, réclamés comme appartenant à l'église : « Dites, se hàtait-il de leur répondre, que vous les rendez à Dieu. » Lorsqu'il entreprit, plus tard, de faire entendre aux peuples des Alpes sa voix respectée, les peuples crurent, en le voyant, contempler un ange du ciel. Il réprima les désordres des prêtres, rendit la pompe au culte, versa des larmes sur les reliques des saints et fit revivre le respect pour des objets d'une antique adoration. Charmé de la bonté du peuple et de sa candeur, il se persuada qu'il ne s'agissait que de l'instruire, et, pour y parvenir, il recourut à trois moyens.
L'un de ces moyens fut de fonder ù Milan un collège helvétique (1579) et d'ouvrir aux Suisses le collège germanique de Rome. Un autre fut de leur envoyer les jésuites. Ils travaillaient alors ù cette révolution dans les esprits qui devait aboutir, en Allemagne, à la
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guerre de trente ans : révolution accomplie avec si peu de bruit qu'elle n'avait pas laissé trace dans l'histoire, et n'a été pleinement mise au jour que de nos temps.
Le troisième moyen que Borromée mit en œuvre, pour soumettre les Suisses au saint-siége, fut celui de faire représenter Rome chez eux par un envoyé permanent. Jusqu'alors les papes n'avaient eu que des légats temporaires chez les Confédérés; mais voici qu'un nonce vient fixer sa résidence et établir sa cour dans Lucerne. (1579.) Il travaille, pour la mieux gouverner, à mieux connaître la nation. Depuis ce moment, le langage du saint-siége devient plus précis et plus impératif. Le nonce rétablit la règle dans les monastères. Il fait restituer à l'église la coUature des bénéfices. Il appelle les capucins, plus populaires, à venir seconder les jésuites. (1581.) Il ordonne, et les évêques cessent de permettre les mariages mixtes. Partout où il se montre, la controverse se relève. Pie V avait, par la bulle In cœna Domini, interdit aux catholiques tout commerce avec l'hérésie : le nonce familiarisa les esprits avec ce langage. Plus dès lors d'étudiants des cantons des Alpes à Zurich et à Bâle; plus de ces relations d'amitié, formées dès le jeune âge, qui naguère encore unissaient les hommes des deux camps. Enfin, s'enhardissant toujours, le nonce Santorio osa convoquer une diète des cantons catholiques, et leur proposer les termes d'une convention par laquelle ils se dévouaient au saint-siége, « eux et leurs enfants. »
Le peuple s'assembla. Ses chefs élevèrent la voix au