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le découragement dans ses murs. Elle se soumit à l'Autriche. Une place, l'une des clefs de la Suisse, fut laissée à qui la saisit ; l'industrie et le commerce l'abandonnèrent, et l'une des plus nobles cités impériales tomba en peu de temps au rang d'une ville autrichienne sans importance.
La Suisse elle-même se voyait menacée par la victoire de l'empereur, lorsque lui vint en aide cette puissance mystérieuse, mobile, toujours occupée à abaisser ce qui s'élève et à relever ce qui faiblit. On ne vit pas sans surprise le pape se tourner contre Charles V, relever les protestants et presser les Suisses , sans distinction de religion, d'opposer à leur vieil ennemi leur courage accoutumé, tandis que, de son côté, le roi Henri II, qui venait de succéder à François I" sur le trône de France, priait les Confédérés d'être les parrains d'une fille qui lui était née. L'ambassade qu'ils lui envoyèrent à cette occasion reçut les plus grands honneurs. La France manquait d'infanterie, et l'on disait communément que les Suisses étaient, dans les armées du roi, ce que les os sont dans le corps humain ; qu'unissant à la valeur impétueuse la patience que ne décourage aucun revers, ils se montraient à la fin d'une campagne aussi fiers qu'en la commençant ; aussi Henri II insista-t-il vivement sur le renouvellement de l'alliance.
Seules Berne et Zurich s'y refusèrent. Les envoyés du roi l'emportèrent à Bâle et à SchafThouse sur l'opposition des pasteurs. Ils réussirent sans peine dans les cantons des Alpes. Comme dans le Vallais les dizains supérieurs étaient dévoués à l'Espagne, ils s'ap-
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puyèrent sur le Bas-Vallais, en s'y présentant comme amis de la réforme. Chez les Grisons, leurs intrigues soulevèrent une violente agitation. Le peuple réunissait les pouvoirs de faire la loi, de juger et d'exécuter la sentence; aussi les annales de la Rétie sont -elles pleines de ses emportements , comme d'autres le sont des égarements des princes. En cette occasion, il y eut peu de communes, peu de foyers dont la rivalité de l'empereur et du roi ne troublât la paix. La France finit par l'emporter , grâce au concours de la famille puissante des Salis. Rien dès lors ne s'opposant plus à la conclusion de l'alliance, elle fut signée à Soleure le 7 juin 1549.
Le nouveau traité ne différait des anciens qu'en ce que les Confédérés ne s'engageaient pas à aider la France à conquérir Milan, mais seulement à le défendre si elle le recouvrait. Le nombre des troupes accordées demeurait le même. Elles furent divisées en régiments et en compagnies. Les colonels continuèrent d'être élus par la diète, les capitaines de commander leur compagnie avec un pouvoir absolu, leurs drapeaux d'être aux couleurs des cantons , les soldats de porter pour tout uniforme la croix blanche, cousue sur leurs pourpoints, les régiments d'avoir leur justice , rendue en plein air, sous des formes populaires.
Les auxihaires partirent que l'alliance était à peine conclue. Au nord, ils aidèrent la France à reconquérir Boulogne (1549), tombée aux mains des Anglais; à s'emparer de Metz, Toul, Verdun, et à repousser loin de Metz l'armée de l'empire. (1552.) Au sud, les Grisons marchèrent au secours de Sienne, qui défendait héroï-
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quement contre les Impériaux les dernières libertés de l'Italie. Ils s'y trouvèrent de nouveau en présence de Jacques Médici, le mauvais génie que les Suisses rencontraient en tous lieux, et succombèrent la plupart dans une bataille malheureuse qu'ils lui livrèrent à Siannogallo. (Août 1554.)
La chute de Sienne (1555) eut, en Suisse, un douloureux retentissement. Les répubhques disparaissaient l'une après l'autre et l'Europe semblait pencher vers la servitude. Ce fut néanmoins à ce moment que le protestantisme remporta une*victoire inattendue, et qu'une diète de l'empire allemand reconnut la liberté de culte des états luthériens. (1555.) Le sceptre s'échappait de la main tremblante de Charles V. Ce monarque descendit du trône , après avoir donné au monde un nouvel exemple de l'impuissance de l'homme à résister au cours des choses. L'équilibre européen se trouva maintenu. Les Confédérés y avaient contribué; ils avaient eu , sur les champs de bataille , autant d'hommes en campagne que les grandes puissances, et l'on avait reconnu de nouveau que , selon qu'ils se portaient de l'un ou l'autre côté, la victoire y passait avec eux. Au dedans, ils s'étaient rapprochés. Berne, toujours attentive aux moyens d'affermir sa puissance, sut même trouver dans cet apaisement l'occasion de s'agrandir dans la Suisse romande.
Des comtes qui, dans le moyen âge, avaient régné dans l'Helvétie , les Neuchàtel et les Gruyère étaient les seuls dont les châteaux se dessinassent encore avec quelque orgueil, appuyés l'un au flanc des Alpes, l'autre aux sombres forêts du Jura. Depuis que leurs sujets
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s'étaient alliés à Berne , ils avaient eux-mêmes , il est vrai, dû rechercher une amitié qui tenait du vasselage. Du reste, tout différait entre les deux maisons. Le prince de Neuchâtel appartenait à la cour de France ; ses sujets avaient embrassé la réforme; en cas de différend entre eux et leur prince, Berne prononçait : autant de motifs pour respecter l'état de choses qui régissait la principauté.
A Gruyère, il en était autrement. On avait de tout temps vanté l'hospitalité des rois pasteurs plus que leur économie. Pour faire face à leurs dépenses, ils avaient commencé par vendre à leurs sujets tous leurs droits les uns après les autres et fini par recourir à des emprunts. Les principaux créanciers se trouvèrent être Berne et Fribourg ; or le comte Michel , ami des Fribourgeois et vieil habitué de la cour de Savoie, était tombé dans la disgrâce de Berne ; il venait de se donner un dernier tort envers elle en recherchant l'appui du roi de France, au service duquel ses Gruyériens avaient été battus à Cérisole ; c'en fut assez pour que le créancier fit valoir ses droits. La diète nomma des commissaires. Tout ce qui restait au comte fut mis au plus bas et abandonné aux deux villes. Fribourg eut la Gruyère pour sa part. Berne acquit Aubonne, Oron, Rougemont, Château-d'Œx, Rossinière, et s'empressa de leur imposer la réforme. Le comte Michel s'enfuit chez les Espagnols, abandonnant pour toujours les belles vallées sur lesquelles ses ancêtres avaient régné de longs siècles, dont le défrichement avait été leur ouvrage et qui conservent encore à la maison de leurs princes un rehgieux souvenir.
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Les réfugiés d'Italie.
Tandis que s'accomplissaient les événements que nous venons de retracer, le saint-siége poursuivait en Italie l'œuvre de l'extermination de l'hérésie. Naguère les livres des réformateurs, confiés aux marchands vénitiens, se répandaient en tous lieux dans la péninsule; ils étaient lus jusque dans le Vatican; mais lorsqu'eut paru, le 21 juillet 1542, la bulle qui chargeait six commissaires de détruire tout ce qui s'écartait de la vraie foi, et que l'inquisition se fut mise partout en mouvement, tout changea. Point de pitié, même pour le repentir. Les livres furent livrés aux flammes,- les cachots se remplirent, et les chemins des Alpes se couvrirent de fugitifs.
Plusieurs des proscrits étaient la gloire de l'Itahe. Occhin, général de l'ordre des capucins, n'avait pas d'égal en éloquence. Pierre Martyr était pour les savants ce qu'Occhin était pour le peuple. Les Lucquois Calandrini, Turretini, Diodati se retirèrent à Genève. Curion, à qui la découverte d'une Bible dans l'héritage paternel avait fait connaître l'Evangile, fut placé par Berne à la tête du collège de Lausanne. Lélius Socin trouva un asile à Zurich. Les nombreuses congrégations évangéliques qui s'étaient formées dans les états vénitiens ayant été détruites ou dispersées, des fugitifs en grand nombre se répandirent dans les provinces
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que les Grisons possédaient au pied des Alpes. Le plus considérable d'entre eux était Vergerio, naguère légat du saint-siége en Allemagne, et qui avait noué d'étroites relations avec les réformateurs. Il s'était enfui lorsqu'il avait appris que l'inquisition était sur ses traces; mais pour être sorti des intrigues de la cour romaine, il n'en avait pas moins conservé le goût. C'est du moins le jugement que portèrent sur lui les pasteurs de la Rétie. Ces ecclésiastiques, que la réforme avait réduits au cinquième de leur précédent salaire, travaillaient la plupart de leurs mains ; plusieurs recevaient le pain de la charité. Il n'était, il est vrai, pas de fête sans l'homme de Dieu; aux banquets, il avait la première place; l'évêque était l'objet de respects moins sincères que ces hommes simples, dont la vie s'éloignait moins que la sienne de ce qu'ils prêchaient. Leur ministère n'offrait assurément pas de carrière à l'ambition, et cependant des hommes considérables s'y engageaient par la foi. Treize fois Jean Travers avait été landamman de la Haute-Engadine; il avait commandé avec gloire les milices de la Maison-Dieu; au déclin de ses jours, il prit la houlette du pasteur, pour fortifier dans la guerre spirituelle ceux qu'il avait naguère conduits à d'autres combats. Ces conducteurs spirituels, grossiers peut-être, mais dignes de respect, furent profondément surpris lorsque Vergerio, croyant encore porter la mitre, leur offrit de se charger de l'inspection de leurs églises, de la nomination et de la déposition de leurs pasteurs. L'irritation qu'ils conçurent le contraignit à s'éloigner.
Plusieurs d'entre les réfugiés italiens avaient pris le
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chemin des pays que les cantons suisses avaient acquis au sud des Alpes. Comme les baillis qui gouvernaient ces provinces étaient tantôt protestants et tantôt catholiques, la réforme y était tour à tour prêchée et condamnée. Elle avait à Locarno, séjour d'une noblesse nombreuse et le grand marché du pays, une église dont un prêtre évangélique, Beccaria, était l'âme. Quand des réfugiés se montrèrent dans cette congrégation, les cantons catholiques les expulsèrent, de leur seule autorité, et ils exigèrent des Locarnais qu'ils prissent devant Dieu, la Vierge et l'armée des saints l'engagement de demeurer toujours soumis à l'éghse romaine. (1552.) Les villes suisses eussent voulu s'opposer à cette mesure ; mais la paix qu'elles avaient été contraintes de signer, en 1531, établissait trop clairement le droit de la majorité en matière de foi pour qu'elles pussent le méconnaître. Berne, qui s'étayait de ce principe pour obliger, à Orbe et à Grandson, des minorités à se ranger au culte de la réforme, devenu celui du plus grand nombre, ne put longtemps s'opposer à ce qu'il fût tourné contre elle. Zurich seule n'admit pas que la paix nationale pût avoir le sens que tous lui donnaient, et refusa de prendre aucune part à la persécution d'une religion qui était la sienne. Alors se fit entendre le langage de la médiation ; Kourz, d'Appenzell, et Egide Tschoudi, de Glaris, proposèrent un arrangement qui, tout en laissant à la paix de 1531 son sens incontestable, paraissait respecter le droit des villes : les Locarnais devaient abjurer ou quitter la province, en emportant leurs biens.
Ils donnèrent leurs noms, déposèrent leur confes-
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sion de foi, et se résignèrent la plupart à l'émigration. Mais où porter leurs pas? Rome ne permettant pas qu'ils demeurassent au sud des Alpes, sur sol italien, ce fut Zurich qu'ils supplièrent de les recevoir. Cette ville était, il est vrai, pleine de réfugiés. A ceux d'Allemagne venaient de se joindre ceux que la persécution de Marie, fille de Henri VIII, avait bannis d'Angleterre, et qui avaient cherché un asile à Genève, à Arau, à Zurich. Ils recevaient le logement; on leur envoyait le pain, le vin, mieux que le nécessaire. Bullinger avait journellement plus de vingt de ces exilés à sa table. Le premier pasteur de Zurich était une puissance. Sans négliger les devoirs les plus humbles de son ministère, il cultivait l'amitié des rois et se voyait prévenu par leurs ambassadeurs. Le sénat n'entreprenait rien de grave sans l'avoir entendu. Embrassant les rapports de l'éghse et de l'état, il veillait à maintenir leur harmonie. « Considérez, dit-il à ses seigneurs, en leur présentant les députés des Locarnais, que ce que vous aurez fait pour eux, vous l'aurez fait pour Jésus-Christ. » La requête fut accueillie.
Les exilés prirent donc le bâton du pèlerin ; ils franchirent le Bernardin, que couvraient des neiges profondes; le huitième jour, ils arrivèrent à Zurich, au nombre de cent-seize. (12 mai 1556.) La disette régnait dans la ville ; ils ne trouvèrent pas moins l'abondance dans la demeure qui leur avait été préparée. De toutes parts arrivèrent des subsides, de Farel les premiers. Les émigrés prièrent Beccaria d'être leur pasteur. « Occhin le sera, leur dit-il, et je serai votre maître d'école. »
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Ce fut ainsi que s'établit dans Zurich un peuple d'hommes industrieux. Ils obtinrent de pouvoir trafiquer en Lombardie, à la condition de n'y pas propager leurs doctrines, et ne tardèrent pas à y faire un grand commerce. Appiano introduisit dans sa nouvelle patrie, avec ses métiers, l'art de teindre la soie. D'autres tissèrent le coton et la laine. Bientôt on ne rencontra que les mulets des émigrés italiens sur les routes qui menaient en Lombardie. L'activité des nouveaux venus gagna autour d'eux. L'envie ne tarda pas, il est vrai, à s'attacher à leurs pas. Les bourgeois leur interdirent l'achat de maisons et l'exercice de plus d'un métier. Il fallut la force des choses pour contraindre les Conseils à accorder à quelques-uns des réfugiés le droit de cité. Jean de Murait l'obtint par sa grande naissance, Zunino par des services, Duno par sa richesse. Les d'Orelli luttèrent plus d'un siècle pour y parvenir. Les Locarnais n'en reçurent pas moins le prix de leur pieux courage, et les Zuricois celui de leur bienfaisance : il eût été plus complet si tous les citoyens eussent eu l'âme de BuUinger.
Borromée. La bulle d'or.
La cour romaine poursuivit la tâche de ramener sous sa domination la partie de l'Europe qui s'en était détachée. Attentive à tous les mouvements de l'hérésie dans les provinces italiennes des Suisses, elle avait
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cherché, pour l'envoyer comme inquisiteur à Come, un homme qui fût pour cette frontière une sentinelle vigilante et l'avait trouvé dans un religieux d'une humble origine, qui voyait les savants, lavait les pieds des pauvres, vivait dans l'oraison et avait l'activité que demandent les affaires. Le peuple, voyant Ghisliéri marchel" les pieds nus, la tète nue, la barbe plus blanche que la neige, assurait que sa vue avait suffi à convertir des protestants. Le saint homme était selon le cœur du roi Phihppe II d'Espagne ; il fut nommé grand inquisiteur; à la mort de Pie IV, il fut élevé au pontificat. (1566.) L'archevêque de Milan, Charles Borromée, en contribuant plus que personne à cette élection, avait cru porter la vertu sur le trône.
Borromée fut l'âme du règne de Pie V, comme il l'avait été du précédent. Ambroise était son modèle, la piété sa passion. Persuadé que la pluralité des bénéfices est condamnable, il s'était dépouillé de ceux qu'il possédait et avait volontairement réduit à 20 000 ducats un revenu de cent mille ; il fut d'autant plus grand qu'il abandonnait davantage. Bientôt on vit sortir de son palais des hommes d'église instruits, des \icaires de mœurs pures, des missionnaires dévoués, des légats qui surent faire respecter le nom de Rome dans les cours. Comme les vices, les vertus sont contagieuses. Il suffit de quelques années pour que Milan fût nommée une Jérusalem, le modèle de Rome. Elle devint pour la catholicité ce qu'était Genève pour la réforme. Tout ploya devant l'autorité de Borromée, comme tout avait fini par s'incliner sous celle de Calvin. Hommages reçus de toutes parts, l'archevêque