LA RÉFORME DANS LES PAYS ROMANDS
La situation n'en demeura pas moins peu différente de ce qu'elle était avant le traité de Saint-Julien. Le duc ne renonça pas au dessein de surprendre Genève. Il ne cessa de la harceler par de continuelles alarmes. Bien des fois encore, Besançon Hugues, quoique vieilli avant l'âge, dut reprendre le chemin de Fribourg et de Berne, tantôt pour enrôler des volontaires, tantôt pour obtenir un sursis de créanciers impitoyables, et tantôt pour regagner un à un des combourgeois lassés et refroidis. Il acheva d'y dépenser sa grande fortune et ses forces ; il mourut au moment où venait de pénétrer dans Genève la réforme, qui devait renouveler sa religion, sa politique et ses mœurs. (1532.)
La réforme dans les pays romands.
Guerre de Genève.
Lorsque la réforme s'était montrée en France, François P"" l'avait accueillie à sa cour; mais plus elle se répandit dans le royaume, plus la tolérance fit place à la rigueur, en sorte qu'il ne resta bientôt aux rehgionnaires que le choix entre le martyre, partage de plusieurs, ou la fuite à l'étranger. Parmi ceux qui prirent le chemin de la Suisse se distinguait Guillaume Farel, gentilhomme dauphinois, savant dans les Ecritures, d'un grand cœur et d'une ardeur impétueuse. Œcolampade, auquel il s'était d'abord adressé, l'envoya à Berne, au moment où cette ville ouvrait ses portes à
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la réforme et pouvait employer utilement l'activité du noble étranger. (1527.)
Berne était toujours plus écoutée dans les pays romands. Dans l'évéché de Bâle, sa voix était plus puissante que celle du prélat, souverain du pays. Elle ne l'était pas moins à Neuchâtel, que les cantons restituèrent, en 1529, à son prince, de la maison de Longueville. Les Neuchâtelois conservaient, soit les franchises que, durant une possession de dix-sept ans, les Suisses leur avaient accordées, soit leurs relations de combourgeoisie avec Berne et Fribourg. Les Lausannois aussi, qui s'étaient donné en 1503 un Conseil des Deux-Cents, avaient, en 1525, contracté alliance avec les deux villes, et l'accession de leur jeune évêque, Sébastien de Montfaucon, à la ligue de la cuiller, ne les avait pas empêchés de marcher avec Berne au secours de Genève. Dans la plupart des villes du Pays de Vaud les Suisses avaient des amis; aussi quand Berne eut embrassé la foi nouvelle, s'empressa-t-elle d'envoyer Farel la propager dans les pays romands, parmi ses sujets, ses alliés et ses adhérents. (1528.)
Ces pays ne connaissaient guère encore la réforme que par les haines qu'elle avait suscitées en tous lieux, et par un décret des états du Pays de Vaud, qui condamnait au feu « les déloyales Ecritures de ce maudit hérétique, Martin Luther, lequel avait fait si gros esclandres es lieux circonvoisins. » (23 mai 1525.) Farel marcha donc seul contre tous. Petit, de chétive apparence, le front étroit, le menton couvert de quelques touffes d'une barbe rousse et mal peignée, l'œil de feu, la bouche expressive, il commença son œuvre