LX RÉFORME DANS LES PAYS ROMANDS
à Aigle, d'abord sous le nom d'Ursinus et comme maître d'école, puis plus ouvertement, quand la dispute de Berne l'eut fait connaître sous son vrai nom. Mais il ne put prêcher sans soulever les populations. Le tambour couvrit sa voix. Les femmes l'assaillirent. Berne dut intervenir. Elle déclara les propriétaires de bénéfices ecclésiastiques dépossédés, parce que, contrairement au principe de la réforme, ils régissaient plusieurs paroisses ; puis elle chassa les vicaires du pays et les remplaça par des ministres de l'Evangile. Le temps, l'instruction firent le reste; et quand, plus tard, des gens du Pays de Vaud se rendirent à Aigle, curieux de connaître les doctrines nouvelles, ils n'entendirent pas sans surprise affirmer que ces doctrines, si décriées, n'étaient autres que celles des saints Livres, dégagées de l'alliage qui les avait altérées.
Farel poursuivit son œuvre à Morat, à Saint-Imier, à Moûtier, à Orbe, à Grandson ; mêmes scènes, même résistance. Il ne s'avança pas moins, convoquant les communautés, recueillant les suffrages et réformant le pays. A Orbe, il gagna à sa cause un bourgeois de cette ville, Pierre Viret, d'un corps frêle, mais d'une persévérante énergie, d'une rare facilité d'esprit et d'une grâce qui le faisait, tout d'abord, bien venir de chacun. Ce fut inaperçu que Farel pénétra dans Neuchâtel, à l'heure même où le sire de Prangins, chargé par le prince du gouvernement du pays, y faisait son entrée, et où d'autre part s'y rendaient des délégués de Berne. La monarchie et la république y arrivaient avec la réforme. (1529.) Farel prêcha sur les places publiques, puis dans un temple, enfin dans la grande