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NOUVEAUX PROGRÈS DE LA RÉACTION ULTRAMONTAINE

ne furent pas longtemps sans avoir le secret de toutes les consciences et de toutes les affaires. Peu de temps leur'suffit pour que Lucerne changeât d'aspect, comme, un demi-siècle auparavant, les villes réformées. Les missions, les processions, les jeûnes prirent la place des joies folles et des exercices bruyants. La corruption se couvrit d'un voile. La veille encore, des prêtres demandaient une loi qui défendît de rire des pèlerinages, et déjà tout courait prendre le bourdon du pèlerin. Des écoles restaurées sortit une génération moins instruite à aimer la patrie suisse qu'à prêter une oreille docile à la voix de Rome. Il en fut dans les hautes Alpes comme il en était, à cette époque, de la France et de l'Allemagne.

Même transformation à Fribourg. Le saint-siége, qui destinait cette ville à être pour la Suisse occidentale ce qu'était Lucerne pour les cantons forestiers, y avait placé le père Canisius, Belge d'origine et l'une des gloires de la société de Jésus. Canisius était l'auteur d'une Somme de la doctrine chrétienne qui, en un siècle, eut quatre cents éditions, et d'un catéchisme, qui fut celui de la Suisse catholique. Fribourg devint un foyer de saintes lettres et de dévotion. Son peuple jura fidélité à la foi romaine ; toutefois ses seigneurs ne permirent pas à l'évêque du diocèse de Lausanne de résider dans leur ville. De Fribourg, la flamme qui venait d'être allumée se répandit à Porentruy, résidence de l'évêque de Bâle, chez les Vallaisans et jusque chez les Grisons.

Une question, soulevée dans le cours du concile de Trente, parut mettre en présence la science protes-

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tante et la science romaine. Le calendrier adopté depuis les jours de Jules-César, et qui faisait succéder à trois années de 365 jours une année d'un jour de plus, était demeuré, sur le cours réel des temps, en retard de dix jours, que le pape Grégoire XIII ordonna de retrancher de l'an 4582. Les peuples catholiques obéirent, ceux des Alpes les derniers ; mais il suffit aux protestants, pour rejeter le changement, qu'un pape l'eût proposé. Les Confédérés eussent pu se décider sur ce sujet sans que la paix du pays fût troublée, si les bailliages communs n'eussent offert, de nouveau, un champ à la discorde. La querelle éclata en diète. On ne sait où elle se fût arrêtée, si l'ambassadeur de France n'eût trouvé les termes d'un accommodement Il fut convenu que les sujets des bailliages mixtes célébreraient leurs fêtes selon le nouveau style, les évangéliques leurs fêtes particulières selon l'ancien. Il n'en fallut pas moins un siècle encore pour que les pays protestants reconnussent les droits de la raison, parce qu'elle s'exprimait par la bouche de leurs adversaires.

Chez les Appenzellois, la lutte s'envenima jusqu'au point de rendre nécessaire la séparation du canton en deux états. Ils avaient vécu soixante ans en paix, les évangéliques voués à l'industrie, les catholiques au service mercenaire, quand la question du calendrier fit éclore les germes de haine religieuse, et quand deux pères capucins, les frères Louis et Jacob, démontrèrent aux catholiques, en minorité dans les Rodes extérieurs, mais en majorité dans le brfurg d'Appenzell, qu'ils ne devaient pas laisser des héréti-

ques habiter parmi eux. Il en résulta une violente agitation; les épées furent dégainées; les Confédérés durent intervenir : ils finirent par se voir contraints à signer le partage du canton. Les cœurs émus, ils prononcèrent que les pays extérieurs et le pays intérieur auraient chacun leur gouvernement ; que toutefois il n'y aurait qu'un canton d'Appenzell; qu'en diète les représentants des deux confessions n'auraient qu'un suffrage, et le perdraient s'ils ne s'accordaient pas. Les réformés se retirèrent tous dans les Rodes extérieurs, les catholiques dans le rode intérieur. Les premiers étaient 5959, les derniers 2782 ; partage égal n'en fut pas moins fait de la fortune publique. Ces faits accomplis, les cathohques s'empressèrent d'adhérer à l'alliance Borromée et à l'alliance espagnole. Les protestants furent dédommagés de leurs sacrifices par le libre développement de leur industrie et par la prospérité qui en fut le fruit. (1584 à 1597.)

Genève.

Tandis qu'un vent nouveau se levait sur l'Europe, et que la Suisse se déchirait intérieurement, la France entière n'était qu'un champ de bataille. Deux peuples, de mœurs toujours plus différentes, s'y rencontraient aux mêmes foyers. Les auxiliaires des deux camps épousaient leurs haines. Ce n'était plus comme simples alliés du roi que les Suisses franchissaient le Jura;

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