‹ Histoire de la Confédération suisseChapitre 25 sur 66 · GE^'È^•E · texte numérisé non relu

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ils allaient soutenir la sainte bataille et exterminer les ennemis de la foi. Toute paix, en cet état de choses, ne pouvait être qu'une trêve « boëteuse et malassise. » Cependant lorsqu'en 1570 la reine mère, voyant Guise revivre dans son fils et la guerre grandir le héros, eut, par la paix de Saint-Germain, donné aux huguenots la liberté du prêche et des places de sûreté; qu'elle eut renvoyé les régiments suisses, et que Charles IX, pour sceller la réconciliation des partis, eut fiancé sa sœur à Henri de Navarre, au jeune chef huguenot qui fut plus tard Henri IV, les cœurs s'ouvrirent à l'espérance. Mais les noces du roi de Navarre ayant réuni dans Paris les chefs des deux peuples ennemis, l'occasion parut belle aux catholiques d'en finir en un jour. On sait le reste. Le 24 août 1572, au point du jour, Guise marcha, à la tête des Suisses de la garde du duc d'Anjou, vers la demeure de Coligny ; ils en brisèrent les portes avec leurs hallebardes et pénétrèrent dans les appartements. L'un d'eux voulut faire Coligny prisonnier. « Tel n'est pas l'ordre, » s'écrièrent ses compagnons, qui firent tomber l'amiral mort sur le carreau. « Est-ce fait? criait Guise, resté dans la cour; faitesnous-le voir. » Le corps fut jeté par la fenêtre, et le peuple le traîna de rue en rue, en lui prodiguant les railleries. Déjà tout Paris était en armes, n'épargnant ni l'enfant, ni le vieillard. Les femmes achevaient les blessés. Ainsi succomba Pierre Ramus, revenu depuis peu de Lausanne, et dont le crime était d'avoir voulu substituer à l'autorité des anciens celle de l'expérience. Philippe de Hohensax, qui, après avoir étudié à Lausanne le droit, la théologie et l'hébreu, était venu

faire à Paris sa philosophie sous Ramus, échappa comme par miracle. Au matin, les rues se trouvèrent jonchées de milliers de cadavres. Les Suisses s'étaient abstenus du massacre, mais non du pillage. Leurs mains étaient pleines d'or. Ils cherchèrent à se persuader qu'ils avaient servi Dieu en servant le roi.

Les jours suivants, des fugitifs pénétraient en Suisse par tous les sentiers du Jura. Chandieu fit, à Lausanne, avec une telle modération le récit de la Saint- Barthélémy, que ses ennemis n'eussent pu s'offenser de son discours. Jean de Serres, réfugié dans la même ville, où il avait étudié les anciens, fit servir le temps de son exil à traduire en latin les œuvres de Platon. Scahger répandit, durant deux ans, à Lausanne et à Genève, les trésors de sa vaste érudition. Hotman avait vu égorger son fils, maltraiter sa femme et piller ses biens; dans son indignation il jeta aux esprits agités sa Franco-Gallia, qui donnait aux états-généraux de France le droit d'appeler à la couronne qui bon leur semblait. Cent brochures portèrent en tous lieux le récit de la Saint-Barthélémy. Genève, en ces circonstances, invita les églises réformées de Suisse à se réunir en un jeûne solennel, qui s'est célébré dès lors à la même époque de l'année jusqu'à nos jours. Peu s'en fallut que, sous une première impression, tous les cantons ne renouvelassent l'ancienne alliance des Confédérés.

Mais déjà les ambassadeurs du roi travaillaient à faire naître d'autres sentiments, et lorsque le souverain pontife eut couvert de son approbation le massacre de la Saint-Barthélémy, Pfyffer se donna au roi;

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Lussy, déjà pensionnaire de Rome, de l'Espagne, de Venise et de la Savoie, le devint de la France; 12000 catholiques coururent servir Charles IX, et 4000 marchèrent vers les Pays-Bas, au service de Philippe IL D'autre part une petite armée, levée dans les cantons protestants, se réunit aux Allemands du prince palatin. Elle contribua à faire subir au successeur de Charles IX la « paix Monsieur, » par laquelle, quatre ans après la Saint-Barthélemy, le roi Henri III se vit réduit à reconnaître le gouvernement particulier des églises réformées de France et l'abaissement de sa couronne. (1576.)

Dans son premier ressentiment, Henri jura d'abandonner Genève ; mais ses conseillers n'eurent pas de peine à lui faire voir qu'il ne pouvait laisser tomber aux mains des Espagnols ni la Valteline, qui eût lié l'Allemagne à l'Italie, ni Genève, qui eût joint l'Italie aux Pays-Bas. Emmanuel- Philibert travaillant incessamment, avec la persévérance des princes de sa maison, à s'emparer de cette ville, le roi de France se vit contraint à couvrir de sa protection la cité qu'il haïssait le plus, et à proposer aux villes suisses un traité, qui comprenait Genève et le Pays de Vaud. Pour la défense de Genève, le roi promit de l'or, Berne des hommes d'armes. (1579.)

Cet accord de la France et des villes suisses n'empêcha pas le successeur d'Emmanuel-Philibert, Charles- Emmanuel, de commencer son règne par un e.ssai de s'emparer de la ville de Calvin. Il aimait les périls et ne croyait pas aux difficultés. Avant qu'il eût rien accompli, les poètes de sa cour l'avaient surnommé « le

grand ; » il s'agissait de montrer que ce titre était mérité. Une armée, qui comptait dans ses rangs 1500 Confédérés, s'approcha du Léman; mais en même temps accoururent au secours de Genève Suisses et Français. La ville que Charles-Emmanuel croyait pouvoir emporter d'un coup de main se trouva placée à la tête d'une moitié de l'Europe ; le duc n'avait réussi qu'à persuader la France de la nécessité de resserrer ses liens avec les cantons. Tous, à l'exception de Zurich et de Berne, renouvelèrent, le 22 juillet 1582, leur alliance avec le roi. Berne finit même par se résoudre à conclure avec ce monarque une convention, qui comprenait le Pays de Vaud. (1582.) Deux ans plus tard, elle sut obtenir pour Genève l'alliance de Zurich. (1584.)

Quelque temps l'étoile de Savoie pâlit devant celle du roi ; mais déjà de nouveaux orages s'appesantissaient sur la cour de France. La race des Valois était près de s'éteindre, et quand un prince cahiniste, Henri de Navarre, se présenta comme héritier présomptif de la couronne, les consciences se partagèrent entre la rehgion et la légitimité. A la voix du pape Sixte V, une sainte ligue se forma autour de Guise, tandis qu'à Madrid Philippe II se préparait à renverser le trône chancelant des lis. C'est alors que les jésuites firent du régicide une œuvre sainte, qu'Elisabeth d'Angleterre faillit être frappée et que le prince d'Orange tomba sous le poignard. Les Confédérés n'en envoyèrent pas moins à Henri III leurs fidèles soldats. Mais le faible prince ayant fléchi sous l'orage et pris la croix des ligueurs, tout en France se tourna contre Henri

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