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folie, Weimar marcha de nouveau sur eux, de nuit, et comme la confusion régnait dans le camp des Impériaux, la %ictoire fut facile. Armes, drapeaux, bagages, et les quatre généraux qui commandaient l'armée ennemie, furent le prix de ce succès. (28 février 1638.)
Rohan et d'Erlach avaient pris part à la mêlée. Rohan y avait trouvé la mort, qu'il cherchait. L'ouverture de son corps montra le cœur flétri par le chagrin. Ses restes reposent à Genève, sous le monument destiné à perpétuer le souvenir de sa magnanimité. D'Erlach avait été fait prisonnier ; la victoire lui ayant rendu la liberté, il ne la recouvra que pour ne plus séparer sa fortune de celle de son ami. Weimar l'employa à conquérir Brissach, la clef de la province, et quand il mourut (1639), il lui laissa la direction d'une armée que toutes les puissances se disputèrent. D'Erlach, oubliant d'anciens ressentiments, la vendit à Richelieu, qui seul pouvait la payer. Il livra ainsi l'Alsace à la France.
Longtemps encore les pays qui emironnent la Suisse continuèrent d'être dévastés. La paix reculait toujours, parce qu'après des défaites elle paraissait une honte, après des victoires une folie. Dans toutes les armées se trouvaient des Suisses. On portait à 20000 le nombre de ceux qui servaient la France. Cependant une terre seule était épargnée, c'était celle d'où partaient journellement des auxiliaires pour l'Espagne, Venise, la France et l'armée d'Erlach. Tous les jours aussi des fugitifs arrivaient en Suisse, pour y mettre à l'abri leur vie et ce qu'ils avaient pu dérober à la rapacité du soldat. Partout on rencontrait ces fugitifs. Ils en-
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\iaient le sort des Confédérés. Ceux-ci n'en avaient pas moins perdu deux biens que, dans une république, rien ne remplace, la confiance et la fraternité. Il fallut, pour ramener quelque accord entre les cantons, que la guerre se rapprochât brusquement de leurs frontières, plus menaçante que jamais. Les généraux suédois ayant assiégé Brégentz, investi Lindau et menacé Constance, les Confédérés se réunirent pour repousser loin de leurs frontières l'ennemi, quel qu'il fût. (1647.) Ils convinrent d'un système de défense. Une armée de plus de cent mille hommes devait se tenir prête à couvrir le pays. Fortifiée par l'attitude qu'elle venait de prendre, la diète commanda la levée du siège de Lindau et invita Turenne à respecter la neutralité des terres helvétiques. Telle était la Suisse quand un cri, parti de Westphalie, retentit dans toute l'Europe : la paix venait d'être signée à Munster et à Osnabruck. (1648.)
Les Confédérés s'étaient fait représenter à Munster par le bourgmestre de Bâle , Rodolphe Wettstein. Ils pouvaient, il est vrai, compter sur l'appui de la France et sur celui de son ambassadeur, le duc de Longueville, prince de Neuchâtel ; mais ils estimaient qu'un état libre ne doit s'en remettre qu'à lui-même du soin de ses intérêts et de sa gloire. Wettstein se garda de laisser la Chambre impériale mettre en question l'indépendance de la Confédération. Sans or à répandre, il y suppléa par le tact, l'activité, l'absence de prétentions, et par une persévérance qui avait sa source dans le dévouement. Il fit si bien, que le jour vint où l'empereur, ne voulant pas laisser à la France
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le mérite d'avoir seule couvert la Suisse de son amitié, posa en fait l'indépendance des cantons et leur exemption des tribunaux de l'empire. Leur droit souverain fut inscrit, le 24 octobre, dans l'acte du traité, et il le fut de telle manière, que les Confédérés ne paraissant pas comme partie, ne contractaient aucun engagement. Sans avoir pris part à la guerre, ils obtenaient tout ce que la victoire eût pu leur donner.
La paix de Westphalie mit fin aux grandes luttes nées de la réforme. Elle proclamait la paix des religions, et reconnaissait l'égalité de droit des luthériens et des calvinistes. En même temps l'empereur, qui avait été près de relever le trône des Césars, redevenait le chef d'une aristocratie de princes. Les deux causes vaincues en France, celle de la réforme et celle de l'indépendance des provinces, venaient donc de l'emporter en Allemagne et de recevoir la sanction d'un congrès européen.
Le peuple suisse était, à cette époque, déchu du rang qu'il occupait au commencement du seizième siècle ; toutefois son sort, comparé à celui des peuples voisins, paraissait encore digne d'envie. Ni l'élan des esprits, ni les efforts du peuple pour améliorer sa condition, n'avaient cessé. Il n'existait plus chez les Confédérés de traces de servage, sinon dans les bailliages communs. La population s'était accrue, quoiqu'elle n'eût pas atteint la moitié du chiffre auquel l'industrie et la liberté l'ont porté de nos jours. L'horlogerie avait commencé à Genève. (1587.) Berne avait, en 1591, aboli la vaine pâture. La découverte des mines de Bex avait affranchi ce canton d'une partie du tribut qu'il
payait à l'étranger pour le sel. Dans une fête, qui empruritait ses symboles à la Bible et au vieil Homère, les yignerons et les agriculteurs célébraient, à Vevey, au sein d'une admirable nature, les victoires de l'intelligence et du travail sur la matière. Les soieries de la Suisse orientale se répandaient de Bergame et de Lyon sur tout le globe. Dans les cantons catholiques, la culture avait fait moins de progrès. Cependant l'Unterwalden, l'ancienne patrie des bergers, achevait de se racheter de la dîme. Voulant être libres dans les choses spirituelles, les Unterwaldiens avaient acquis aussi le droit d'éhre leurs pasteurs.
La législation avait fait quelques pas. Avant la réforme le magistrat, tour à tour administrateur et juge, prononçait selon la coutume et l'équité. Il était peu d'avocats; la cause était plaidée per les juges euxmêmes. Au criminel, la coutume respirait la colère. La Caroline, quoique écrite avec du sang , substitua à l'arbitraire la règle. Mais ce fut surtout de France que nous vint la lumière. Calvin , Hotman , Bonnefoi , Dumouhn, Godefroy, des réfugiés, firent de Genève un foyer de jurisprudence. Les coutumes commencèrent d'être écrites. Le Pays de Vaud obtint par ses instances la rédaction de ses franchises. Berne fit rédiger ses lois. Le Vallais rassembla ses statuts. Soleure, Lucerne écrivirent leur droit. Confiées à l'écriture, les lois purent être comparées et les voies furent ouvertes à la raison. Neuchâtel, presque seule, ne voulut point se dessaisir du privilège qu'elle s'était attribué, de ce déclarer les points de coutume. »
Les coutumiers étaient un mélange de lois civiles,
politiques et de simples ordonnances de police. Partout la torture et le talion. Du reste, la diversité des usages était extrême. Le débiteur insolvable était Taité comme voleur. A Genève, il était promené sur un âne, à reculons, tenant la queue de l'animal. La peire la plus ordinaire était, pour le pauvre, la prison, pour le riche, l'amende ; le juge, qui en retirait une part, prononçait en souriant. Les biens du criminel, du bâtard et du suicide étaient dévolus à l'état. Les cantons qui n'avaient pas de prison condamnaient les coupables au service mercenaire, ou bien les plaçaient sous la surveillance de leur famille; tous finirent par les li\Ter à la Savoie et à Venise, qui les firent servir sur leurs galères.
Nos pères croyaient, comme l'antiquité, que Dieu étant la fin de l'homme, les gouvernements devaient commander la religion. Leurs mandats s'attachèrent donc à fixer la foi, à régler la vie, à punir les jurements, la sorcellerie, la danse, les jeux, la violation du lien conjugal. Zurich veillait principalement sur les doctrines, Berne sur les mœurs. Rodolphe Wertmuller ayant rapporté de Genève, où il avait fait ses études, et de Venise, où il avait acquis en combattant les Turcs la renommée d'un excellent capitaine, l'habitude de se jouer des choses de l'église, fut cité devant le Consistoire de Zurich et condamné à faire amende honorable. A Genève, la discipline avait perdu de sa sévérité et distinguait entre les personnes. La peine de l'adultère fut fixée à 300 florins d'amende. Un jeune étudiant en droit, Rémond de la Croix, fut condamné, pour s'être joué du corps des pasteurs, à la peine des athées, la
mort. Plus de cinq cents victimes furent livrées aux flammes, dans un court espace de temps, comme coupables d'avoir fait pacte avec le diable. Cependant ni la peine du dernier supplice, prononcée à Paris, ni celle de l'exil, prononcée à Berne, contre les doctrines cartésiennes, n'avaient pu arrêter l'esprit humain dans sa marche. La philosophie commençait à se montrer. Une chaire lui fut, en 1611, consacrée dans l'académie de Genève. Un nonce du pape étant venu à passer dans la ville de Calvin, Messieurs lui offrirent le vin d'honneur et le firent complimenter. La tolérance s'avançait, entre les égarements de l'orthodoxie et l'indifférence, entretenue par les fureurs des partis.
Mêmes tendances dans l'Europe catholique. On baisait encore dévotement les pieds du pape, mais en lui liant les mains. Si toutefois l'église romaine avait conservé quelque part son empire, c'était dans les Alpes. On notait, à Lucerne, quiconque n'entendait pas la messe tous les jours. Schwitz n'en crut pas moins avoir de bonnes raisons pour refuser aux jésuites la permission de s'étabUr sur son territoire. La seule littérature qui, dans ces cantons, fut payée d'estime, était celle qui avait pour objet les vies des saints, l'histoire des monastères ou celle des pèlerinages les plus fréquentés. Quelques hommes y cultivaient, dans le silence, des sciences méconnues. Baptiste et Rennwart Cysat avaient hérité de l'amour de leur père pour de patientes études, et le léguèrent à leur neveu Léopold. Ab Yberg, abbé d'Einsiedlen, écrivit les Annales de Schwitz, tandis qu'un de ses conventuels, Christophe Hartmann, retraçait dans un latin élégant les destinées
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du monastère. L'amitié les unissait à Guilliman, jeune Fribourgeois que J.-J. de Staal, chancelier de Soleure, avait fait appeler à l'enseignement de l'histoire dans cette ville ; mais comme l'ambassadeur de Henri IV y flétrissait du nom d'Espagnol tout ce qui s'opposait à ses vues, Guilliman, élevé à Paris, dans les doctrines de la ligue, se vit contraint à s'éloigner de sa patrie. Ce fut à Fribourg en Brisgau, les yeux tournés vers ses montagnes, qu'il écrivit ses Antiquités. 11 les dédia aux treize cantons. Son livre n'en fut pas moins si mal reçu par ses compatriotes , qu'il se vit réduit à attendre de l'étranger l'accueil qu'ils lui refusaient; l'empereur Rodolphe le nomma son conseiller et l'historiographe de sa maison. Goldast, pauvre gentilhomme thurgovien, paya pareillement de l'exil son amour pour une muse ingrate : l'homme qui, le premier, a jeté du jour sur les origines du droit germanique traîna dans la misère une vie aventureuse.
Les lettres furent plus négligées encore durant le cours de la guerre de trente ans. Les fléaux, qui avaient, au delà du Rhin, ruiné l'instruction publique et livré jusqu'à la langue allemande en proie à l'étranger, avaient aussi chez les Confédérés arrêté la civihsation dans sa marche. Les écoles n'avaient pas été renversées , mais il est douteux qu'elles servissent plus à affranchir les intelligences qu'à les enchaîner. L'enseignement supérieur se renfermait, peu s'en faut, dans l'étude du latin, du grec et de l'hébreu. Il eût donné davantage qu'où puiser l'inspiration? Le seul champ permis aux muses était l'éloge de quelque épais et orgueilleux Mécène. La satire demeurait dans les
cœurs, amère, vengeresse. L'histoire presque seule fit entendre de généreux accents ; après avoir combattu pour leur patrie, Jean Gouler, Fortuné Sprecher de Bernegg et Juwalt écrivirent son histoire et les souvenirs de leur vie agitée. Chez les Confédérés, l'âge des beaux récits était passé, avec celui des grandes actions ; toutefois Hospinien écrivit , à Zurich , son Histoire des jésuites, et Henri Hottinger répandit autour de lui son vif amour des saintes lettres et de la belle antiquité, tandis que les noms de Théodore Tronchin, de Diodati, de Spanheim entouraient Genève d'une considération méritée. Seuls encore ces hommes défendaient les libertés publiques et s'efforçaient de renfermer le magistrat dans les limites des lois.
Dans tous les cantons se manifestait la tendance des gouvernements à s'ériger en caste régnante et à s'affranchir du contrôle populaire. Il se formait une Suisse nouvelle, que deux peuples habitaient : l'un déshabitué de la guerre, l'autre composé d'un petit nombre d'hommes enrichis, façonnés aux mœurs des cours, accoutumés au commandement, environnés de milliers de soldats à leurs gages. A Lucerne, ils siégeaient, leurs chiens à leur côté, traitant légèrement les choses civiles. Nominations, pensions, ambassades, ils disposaient de tout. Pour n'avoir plus à consulter les citoyens, LL. EE. de Berne avaient adjoint au Deux- Cents, pouvoir dominant dans la répubhque, 99 membres choisis parmi les bourgeois les plus influents. Elles avaient accru les salaires du clergé et l'environnaient de respects. Leurs sujets du pays romand ne pouvant perdre leurs habitudes de gouvernement
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propre, elles convoquèrent les états du Pays de Vaud, mais comme ce fut pour leur demander 30000 écus, il ne fut plus de longtemps question de les rassembler.
Jamais le sénat ne refusait durement une grâce. Accordait-il quelque privilège, il en limitait la durée au temps où ceux qui le recevaient se conduiraient en sujets obéissants. Les indigents étaient persuadés par des bienfaits que le gouvernement pensait à eux. Leur nombre était grand. L'abolition du servage avait fait entrer dans l'état légal une multitude affranchie, mais sans ressource; une loi, de l'an 4571, chargea chaque commune d'entretenir les pauvres, ses ressortissants. La conséquence en fut la transformation de la commune libre du moyen âge en une association nouvelle ; les bourgeois furent distingués avec soin des domiciliés; leur condition fut précisée; ce fut un nouvel aliment à l'esprit de localité, à l'esprit national un nouveau coup.
A Genève, un grand développement dans les fortunes avait été, depuis les temps de la Saint -Barthélémy, suivi d'un changement non moins grand dans les mœurs. Comme Bàle, cette ville s'était mise à faire valoir ce qu'elle avait amassé de capitaux et ce qu'une position heureuse lui donnait de crédit. Le petit commerce fut abandonné pour le grand, le grand pour la spéculation. En même temps, les membres des Conseils se drapèrent dans de longues robes, pareilles à celles des magistrats des villes suisses. Des oreillers de plume couvrirent leurs sièges, jadis de bois. Des femmes se montrèrent parées de guimpes et de bracelets d'or. On entendit déclarer le Consistoire inutile. Les pas-
teurs n'étaient pas, il est vrai, témoins muets du renversement de l'ordre de Calvin. « On répand, disaientils, que chacun est banquier dans cette ville, ce qui est bien odieux. » Mais Messieurs de Genève n'en cherchaient pas moins à s'affranchir du contrôle du clergé et de celui du peuple. Plus leurs fortunes croissaient, plus il leur paraissait humiliant et dangereux de laisser formuler la loi par l'assemblée des citoyens. Déjà s'était introduit l'usage de regarder comme inamovibles les membres des Conseils ; ils s'enhardirent jusqu'à demander d'être seuls chargés de la révision des édits; mais le Conseil général rejeta la proposition .
C'est ainsi que, dans tous les cantons, le pouvoir se retirait des campagnes dans la ville et que, dans la ville même, il se concentrait aux mains de quelques familles. La plupart des lois portaient le caractère de la tendance jalouse des classes régnantes. La procédure devenait écrite et secrète. Les tribunaux criminels, qui se tenaient naguère sur les places publiques, se cachaient dans les salles des hôtels-de-ville. Chaque capitale voulait être le seul marché du canton. Les peuples des Alpes ne permettaient pas de vendre des maisons, des champs, des créances, des montagnes surtout à d'autres qu'à des fils du pays. Les gouvernements intervenaient dans toutes les relations commerciales : dans la vente du vin, pour en déterminer le prix; du blé, pour en défendre la sortie; du bétail, pour en interdire l'achat aux étrangers. La diète porta la sollicitude jusqu'à fixer le prix de la table d'hôte : un bon repas ne pouvait coûter plus de six creutzers.
A Bâle, sous le prétexte d'empêcher le monopole, le Conseil se chargea d'acheter et de vendre, lui seul, les fruits de la terre et les métaux précieux. A Genève, les boulangers devaient acheter la farine de la chambre des blés.
Les impôts étaient nés dans les monarchies avec les armées permanentes. L'avidité des cours les avait accrus. Seuls encore les peuples suisses les repoussaient comme une servitude. La taille, en tout cas, devait être volontaire. Berne même, ayant essayé de taxer le Pays de Vaud, « pour le dégrever, » avait éprouvé une telle résistance qu'elle dut s'engager à le reconnaître, à l'avenir, franc de toute imposition qu'il n'aurait pas votée. Cependant Genève, la première, réussit, en 1570, à se faire donner le droit de lever des impôts, sans les avoir demandés au suffrage de la bourgeoisie. Vingt ans plus tard, Bâle essaya, à son tour, de prélever une taxe sur ses sujets; elle établit, en 1591, un impôt d'un rappe par pot sur la vente du vin en détail. C'en fut assez pour faire naître l'insurrection connue sous le nom de la guerre des rappes. La diète n'osa pas intervenir; mais ce que les Confédérés n'avaient pas cru pouvoir tenter, un homme l'entreprit. A la tête de 70 braves, André RyfT marcha sur Liestal. Il gagna les paysans par sa cordialité, les soumit par son éloquence. Les uns après les autres, ils avouèrent n'avoir jusqu'alors rien compris à ce dont il s'agissait et rentrèrent dans l'obéissance. Ryff, de son côté, après avoir montré ce que, dans des jours difficiles, peut un liomme sans colère et sans crainte, fit, à défaut de ses concitoyens, frapper une médaille
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qui représentait l'événement et portait ces mots : « Voilà ce qu'un homme a su faire. »
Les villes suisses applaudirent à l'issue d'une querelle, qui lés avait inquiétées. Zurich, s'enhardissant, essaya de lever un subside de guerre sur ses ressortissants, mais elle ne le put sans occasionner, à son tour, un soulèvement. Vinrent les jours de la guerre de trente ans, où la défense des frontières occasionna de fréquents armements; où les villes crurent devoir s'entourer de remparts, destinés à les défendre, moins peut-être contre l'étranger que contre leurs sujets; elles essayèrent alors de prélever, Zurich un gîte de guerre, Berne une taxe sur les fortunes; mais Tune et l'autre soulevèrent une insurrection, dont elles ne triomphèrent que par la force des armes. La plaie se ferma, la maladie rentra dans le corps. . Telle était la Confédération à l'heure de la paix de Westphalie, et lorsque, à l'âge de la réforme, succéda, dans les monarchies, celui des rois absolus, dans les répubhques, celui des oligarchies. A cette époque, le peuple suisse était encore, de tous ceux de l'Europe, le mieux protégé par les lois, le plus accoutumé aux exercices de vigueur, le mieux nourri, le plus ferme. Sa gloire mihtaire était intacte; mais les Confédérés n'avaient plus ni foi, ni fêtes communes. Ils ne se rencontraient plus que dans une égale soif du service mercenaire, et dans l'habitude d'envoyer, chaque année, leurs représentants traiter en diète de quelques intérêts communs au milieu de beaucoup d'intérêts contraires. Aussi la paix de l'Europe devait donner le signal de la guerre entre les cantons. Les haines ne
s'étaient pas, chez eux, répandues, comme en Allemagne et en France, sur des champs de bataille avec des flots de sang; elles étaient restées dans les cœurs; seule, la crainte d'attirer sur leur pays les maux qui désolaient leurs voisins, les avait empêchées d'éclater. Une rupture entre catholiques et protestants paraissait donc imminente, quand un soulèvement des peuples suspendit les querelles de leurs chefe. On vit tout à coup, sans s'inquiéter s'ils différaient de religion, les paysans de Berne et de Lucerne, de Bâle et de Soleure se donner la main, les gouvernements, de leur côté, s'unir dans l'intérêt de la défense, et l'insurrection de 1653 se jeter brusquement entre la guerre de trente ans et celle qui, trois ans plus tard, ensanglantera les champs des Confédérés.