‹ Histoire de la Confédération suisseChapitre 34 sur 66 · L\ RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

L\ RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES

tous les jours de nouveaux exilés franchissaient le Jura, elles prièrent leurs coreligionnaires d'Allemagne d'ouvrir à leur tour un port à des infortunés. Ils furent accueillis dans le Palatinat, dans la Hesse, et dans les états, agrestes encore, de l'électeur de Brandebourg, où ils introduisirent les manufactures, les arts et la richesse.

Ils n'avaient pas franchi le Rhin qu'une persécution nouvelle amenait en Suisse de nouvelles victimes. En même temps que le roi de France avait banni les religionnaires de son royaume, il avait invité le duc de Savoie à étouffer, de son côté, l'hérésie dans les versants des Alpes. Le duc obéit; il donna quinze jours aux Vaudois des Vallées pour choisir entre l'abjuration et l'exil. Vainement des envoyés de Berne et de Zurich intercédèrent pour ces églises, précieux reste d'une première réforme; vainement ils conseillèrent la soumission; les Vaudois résistèrent; ils furent domptés, et tout ce que les députés obtinrent pour eux fut la permission de s'acheminer vers la Suisse, sous la condition qu'ils n'y fixeraient pas leur demeure.

Trois mille réfugiés des Vallées vaudoises arrivèrent à Genève dans les premiers jours de l'an 1687. Ils reçurent tous les genres de secours. Bientôt toutefois il leur fallut s'éloigner et se diriger vers le Brandebourg, le Wurtemberg et le Palatinat; les villes suisses leur avaient obtenu ces asiles. Mais là même le fer et le feu les poursuivirent; les champs qu'ils ensemençaient furent de ceux que, lorsqu'en 1688 la guerre éclata, Louvois fit ravager, les maisons qu'ils construisaient, de celles qu'il fit livrer aux flammes. Alors 1700

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malheureux, rejetés sur la Suisse, y furent accueillis de nouveau. Ils brûlaient de revoir leur patrie; ils résolurent de tenter l'impossible pour y parvenir. Ayant acheté des armes, ils se donnèrent, par cent chemins divers, rendez-vous sur la rive du Léman, franchirent le lac sous la forêt de Prangins, et passant sur les hautes Alpes ils revirent, le 25 août 1689, la terre de leurs pères. Sous la conduite d'Arnaud, leur pasteur et leur chef, ils en chassèrent les Piémontais et en reprirent possession. A ce moment, le duc de Savoie secouait le joug de la France; il offrit la paix aux religionnaires, à la condition qu'ils combattraient sous ses drapeaux. L'estime qu'ils conquirent par leur courage fit le reste. Un édit, dont les cantons évangéliques furent les garants, leur rendit l'exercice de leur culte et permit à leurs vallées de refleurir.

Les réfugiés français, de leur côté, dispersés en Suisse au nombre de 60000, y répandaient la richesse, A leur école la vigne fut, sur la rive du Léman, cultivée d'une main plus intelligente. Ailleurs ils enseignèrent à tisser par des procédés nouveaux le lin, la soie et le coton. Ils établirent des fabriques de mousseline; ils introduisirent des métiers à bas. La coupe d'abondance qu'ils versèrent eût coulé bien plus largement encore, s'ils n'eussent rencontré partout la jalousie des familles régnantes, leur monopole, et celui des corporations.

Mais non-seulement la révocation de l'édit de Nantes porta aux pays voisins de la France les ressources dont elle s'était privée, elle fit plus : elle souleva l'opinion, l'arma contre l'intolérance et fraya les voies à

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