‹ Histoire de la Confédération suisseChapitre 39 sur 66 · V.K\EL · texte numérisé non relu

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la baïonnette au fusil. Les jours suivants, trois cents Vaudois, brillante élite, et cent Zuricois entrèrent dans la ville. Fatio, condamné à être arquebuse dans sa prison, suivit avec recueillement la prière prononcée par le pasteur Bénédict Pictet, et tomba percé de quatre balles. La garnison de Genève fut portée à 720 hommes.

Six ans après, un mouvement semblable à celui que nous venons de voir se produire à Genève, fut apaisé dans Zurich par le moyen de la modération. Zurich était gouvernée par des hommes, marchands pour la plupart, qui siégeaient, leur gazette et leur correspondance à la main, occupés de leurs affaires personnelles au moins autant que de la chose pubhque. Ils avaient laissé le désordre pénétrer dans le mihtaire, l'éghse, l'école, dans toute l'administration. La justice était vénale, leur suffrage au plus offrant. Le mécontentement fermentait dans les tribus. Chacune d'elles choisit quatre délégués, et ces délégués chargèrent de parler pour eux un savant d'un nom européen, J.-J. Scheuchzer, connu comme physicien et comme naturaliste; sa religion était pratique, sa méthode celle qui a conduit l'esprit humain à plus de découvertes depuis deux siècles, qu'il n'en a fait dans d'autres voies pendant des milliers d'années ; il accepta le mandat de ses concitoyens. Mais les bourgeois de Zurich ne surent pas formuler, comme l'avaient fait ceux de Genève, leurs requêtes sous uii«petit nombre de chefs ; ils en composèrent de longs cahiers, vaste amas de plaintes, de vœux, souvent contradictoires; ils ne s'accordaient que dans leur opposition à l'établissement des demi-

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ciliés. La discussion se prolongea des mois; mainte assemblée, commencée par la prière, finit dans le tumulte et les cris. Alors Escher, respecté de tous ses concitoyens, s'adressant séparément aux Conseils, aux tribus et aux corporations, sut les engager à se contenter des améliorations reconnues les plus nécessaires, et les tribus, en acceptant sa proposition, rendirent le calme au pays. Tandis que Zurich rentrait ainsi dans le repos, Fribourg, Berne, Bâle et Schaffhouse recouraient dans les élections au sort, dernier remède à la corruption des républiques, et les cinq cantons de la Suisse primitive, les regards baissés, ne songeaient qu'à la vengeance.

La Suisse romande était, à cette époque, devenue, plus qu'aucun autre pays, le séjour d'étrangers. La nature, l'hospitalité, la paix les attirait, et les guerres allumées par Louis XIV éloignant la noblesse protestante de Paris, alors que la langue et la littérature françaises devenaient européennes, des princes et des gentilshommes en grand nombre accoururent sur cette terre, illustrée par la réforme, dont la langue était la française et la religion la leur. Ils furent accueillis par une noblesse qui, se voyant exclue de toute part de la chose publique, s'était fait des distractions de la vie sociale une étude et une occupation. Le temps se partageait entre la chasse, les divertissements et les banquets. Plusieurs gentilhommes s'y étaient ruinés et avaient vendu leurs fiefs. Beaucoup de châteaux, l'ornement du rivage, avaient été acquis par de riches étrangers. Cependant de nombreux Vaudois s'étaient jetés gaiement dans les compagnies franches, levées

par Stouppa. Plusieurs avaient fait une brillante fortune militaire et s'étaient acquis un rang envié par leurs seigneurs. Ils avaient formé de hautes relations à Paris, à Turin, dans toutes les cours. Accoutumés au grand monde, ils en avaient la politesse exquise. La société de Lausanne passait pour une des plus cultivées et des plus aimables de l'Europe.

Ce fut parmi ces fêtes que se glissa la liberté. Ce n'était pas la liberté antique; ce n'était plus celle du moyen âge. Quoique Lausanne, à l'arrivée de chaque nouveau bailli, ne négligeât pas de tendre la chaîne dans Saint-Etienne, jusqu'à ce que le Bernois eût juré d'observer les franchises de la ville, et quoique les bonnes villes vaudoises n'eussent pas cessé de réclamer le droit de s'assembler, ces franchises d'héritage ne s'en mouraient pas moins. Mais la liberté moderne prenait leur place. Elle cherchait sur les bords du Léman son point d'appui, comme la réforme religieuse y avait trouvé le sien deux .siècles plus tôt.

L'esprit humain avait pris en lui-même une confiance nouvelle. 11 eût suffi, pour s'en convaincre, de comparer aux réfugiés du XVI" siècle ceux que la révocation de l'édit de Nantes venait de jeter hors de leur patrie. Les nouveaux venus avaient l'intelligence éveillée par l'industrie et le commerce. Descartes, Locke avaient paru. Pascal avait dit : «Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. » Bayle, précepteur des comtes de Dohna dans le château de Goppet, publiait à Genève son Dictioyinaire , vaste arsenal de libres pensées. Elèves de leur siècle, les pasteurs réformés français n'avaient pas retenu tous les enseignements de Calvin.

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