‹ Histoire de la Confédération suisseChapitre 40 sur 66 · DA^-EL · texte numérisé non relu

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Leurs docteurs avaient commencé d'appliquer aux saintes Ecritures les mêmes règles de critique historique et grammaticale qu'aux œuvres classiques de l'antiquité.

Ils trouvèrent en Suisse la lutte engagée entre les doctrines anciennes et l'esprit nouveau. Les deux camps avaient chacun un triumvirat à leur tète. Alphonse Turretin , à Genève , Frédéric Osterwald , à Neuchâtel et Samuel Werenfels à Bàle se distinguaient par leur douceur et leur tolérance. L'amitié les unissait. Leur morale avait un parfum de délicatesse exquise, étrangère aux premiers siècles de la réforme. Leurs adversaires leur reprochaient, non sans raison, de prêcher avec moins de puissance les vérités immuables de la foi que le bonheur qui découle pour l'homme et les sociétés de l'accomplissement des devoirs moraux.

Les défenseurs de l'orthodoxie avaient pour chefs, à Genève, François Turretin, l'antistès Gernler à Bâle et Henri Heidegger à Zurich. Ils s'attachaient avec inquiétude à la confession helvétique , et comme, à leurs yeux, elle avait laissé bien des points inéclaircis, ils résolurent de la compléter. Zurich, qui ne voulait point perdre son rang de Vorort en matière spirituelle, chargea Heidegger de l'œuvre de maintenir pures les fontaines d'Israël, et Heidegger écrivit le Consensus. (1675.) Œuvre d'une orthodoxie aride et spéculative, le nouveau formulaire, bien plus tranchant que ceux dont Berne avait, au XVI^ siècle, repoussé les doctrines comme trop absolues, n'en fut pas moins, au XYII^, érigé en loi de l'état. N'importait la foi, c'était l'uni-

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formité de la profession que l'on voulait. Mystiques, piétistes, rationalistes, disciples de Spener, de Bœhme ou de M""= Guyon furent enveloppés dans une même condamnation. Les peines portées contre la désobéissance furent l'amende, le fouet, la prison et, dans le cas de récidive, les galères, la confiscation des biens et la mort. La république sembla vouloir lutter en rigueur avec Louis XIV, persécuteur des protestants auxquels elle donnait asile.

Cependant l'opposition calme et raisonnée de l'académie de Lausanne à ces mesures devait, mais tardivement, aboutir à une transaction. Destinée, en ses premiers jours, à former des serviteurs à l'église, l'académie avait vu s'étendre le champ de ses travaux. Les noms de ses professeurs. Constant, Poliez, Bergier, Crousaz, Barbeyrac, n'étaient cités qu'avec honneur. Ils soutinrent la lutte jusqu'à ce que tous les princes protestants leur vinrent en aide. Bâle et Genève avaient, les premières, cherché le repos dans la tolérance. Berne cessa d'exiger le serment de prêcher les doctrines de la confession et se contenta de l'engagement de ne rien enseigner de contraire. Puis, tempérant la sévérité de ses arrêts, elle se borna à laisser subsister ses consistoires , tribunaux civils plus que religieux, police étrangère au ministère chrétien, dont l'arme est, non l'amende ou la prison, mais la parole. Le reste des cantons protestants suivit son exemple, Zurich le dernier. (1723.) Le Consensus n'est plus aujourd'hui qu'un monument, témoin des égarements de la réforme. La liberté triomphante poursuivit son chemin.

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Cependant ces débats avaient occasionné dans le canton de Berne un malaise que bien d'autres causes concouraient à entretenir. Les ambassadeurs du roi de France travaillaient à nourrir ce mécontentement; leur correspondance avec la cour était pleine des motifs qu'avait le roi d'humilier Berne ; il fallait lui arracher le Pays de Vaud, pour en former un quatorzième canton ; Vallais serait le quinzième ; tous , en Suisse, applaudiraient. Davel avait entendu Du Luc tenir ce langage. Il était l'un des quatre majors chargés de diriger l'instruction militaire des milices du pays. Tout à coup, après que les baillis furent tous partis pour Berne, où les appelaient de prochaines élections, il rassemble à Cully, son lieu natal, les milices de La Vaux, prétexte une revue et marche sur Lausanne. (31 mars 1723.) Sa bonté, son courage et cette gaieté, sourire des consciences sereines, l'avaient fait aimer de ses soldats. Il entre, à leur tête, dans Lausanne, les range sur la terrasse de la cathédrale et se rend devant le Conseil de ville. Il montre la possibilité pour le Pays de Vaud de s'affranchir. Il a tout examiné, la misère du pays, le commerce entravé, la justice vénale, la noblesse humiliée, le clergé persécuté, les temples tombant en ruine ; il sait que Dieu l'appelle à offrir à ses concitoyens la liberté; au peuple à choisir entre elle et la servitude. Au reste, il ne s'est ouvert à personne, parce qu'il n'a voulu compromettre personne; s'il n'est pas compris, son sang sera seul répandu, mais il ne l'aura pas été en vain : soit Berne, soit le peuple , auront reçu un salutaire avertissement.

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II n'y avait pour Messieurs de Lausanne de choix qu'entre deux partis : suivre Davel ou le livrer au magistrat; ce fut à ce dernier qu'ils s'arrêtèrent. L'un d'entre eux, que le major nommait son ami, se chargea de le recevoir comme hôte, de l'endormir, de le pénétrer; il apprit tout dans l'abandon d'un souper, prolongé dans la gaieté. Davel se réveilla prisonnier.

Il fut jugé par les bourgeois de la rue de Bourg, selon le Plaid général. Mis à la torture et invité à s'expliquer, il prouva sa iTiission par la folie de la marche qu'il avait suivie. « Un homme comme moi, dit-il, qui entend le service, doit savoir qu'on prend d'autres mesures pour soulever un pays. J'ai défendu à mes gens de prendre aucune munition. Je me suis confié à Messieurs de Lausanne. Si j'eusse suivi mon plan à moi, j'eusse pris possession des portes, du château, du trésor ; j'eusse suivi les lois de la guerre ; mais je n'ai rien osé changer au plan que Dieu m'a inspiré. » Ce plan se rattachait à des idées d'origine mystérieuse ; Davel avait ses hallucinations. Comme Socrate, comme Jeanne d'Arc, comme Nicolas de Flue, il avait « ses voix, y> la poésie de son âme; il avait vu lui apparaître la belle vigneronne, l'idéal de ses rêves, la personnification de la patrie, et il obéissait à ses inspirations. Il était enthousiaste, comme on l'a dit, mais pour le bien public. S'il n'avait pas le sens commun, c'est qu'il en possédait un meilleur. Les douleurs de la torture n'altérèrent pas la sérénité de son esprit. « Vous soulTrez, lui dit un témoin. — Je suis sûr, lui répondit-il, que vous soutTrez autant que moi. » Il repoussa en chrétien l'éloge de son héroïsme. Le 24 avril , jour d'exécution

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