L.\ RELIGION ET LES MŒURS
commerce et de l'industrie, ne s'amélioraient que lentement. Des droits de péage, de pontenage incommodaient le voyageur et chargeaient le transit. Les mendiants abondaient; vainement les gouvernements leur donnaient la chasse. Depuis le milieu du siècle, le service mercenaire avait diminué; mais ce que le pays avait reconquis de bras, il ne tarda pas à le perdre par l'émigration.
La religion et les mœurs.
Le Christ avait enseigné les hommes à trouver le bonheur dans le devoir, et la force d'accomplir le devoir dans la foi en un Père juste et miséricordieux. Cette foi s'étant altérée, la réforme avait cherché à la ramener à sa pureté primitive. Mais la réforme s'étant elle-même égarée en se fourvoyant dans les formules d'une aride orthodoxie et se prêtant à devenir la servante du pouvoir, elle avait ouvert les voies à la philosophie , qui chaque jour lui livrait de nouveaux assauts. Deux hommes représentaient la puissance nouvelle sur la rive du Léman, Voltaire, qui faisait consister la liberté dans la jouissance, et Rousseau, qui la faisait reposer sur les droits et la dignité de l'homme. Ce dont le disciple d'Epicure faisait l'objet de son léger badinage était pour la stoïque imagination de son rival celui d'un légitime orgueil. Rousseau ne savait pas, comme le Christ, accorder la grandeur et la faiblesse dans l'homme; il n'en fut que plus en-
26fi L\ RELIGION ET LES MOEURS
traînant lorsque, rejetant les données historiques du christianisme, il montra comment, sans être chrétien, l'on pouvait parler avec enthousiasme des choses divines. Sous l'influence de ces guides de l'opinion, l'église modifia ses enseignements. Ses pasteurs marquèrent d'une main peu sévère les limites de la cité du monde et delà cité de Dieu. Ils allièrent, tant bien que mal, la raison à la foi, la philosophie à la tradition. Tout en maintenant les anciens symboles, ils se réservèrent d'interpréter ces témoins de la foi des aïeux dans l'esprit d'un siècle nouveau.
Avec la pensée, la presse s'.émancipait de jour en jour. En 1762 parut VEmilede Rousseau. Ce fut moins un événement littéraire que civilisateur. Plein des souvenirs de Genève, sa patrie, et d'un idéal qu'il poursuivait hors des réalités sociales, Pvousseau combattait les erreurs de son siècle en éducation, et son éloquence entraîna les amis de l'humanité dans les voies d'une réforme. La France, l'Allemagne, la Suisse s'inspirèrent d'un enthousiasme pratique. Les écoles étaient rares dans la campagne. Dans la plupart on se contentait d'enseigner à lire, à écrire, à réciter le catéchisme; à peine s'élevait-on aux éléments du calcul; les méthodes s'adressaient moins à l'intelligence qu'à la mémoire ; des hommes de bien songèrent h les faire servir au développement de l'âme humaine. En Allemagne, des théoriciens conçurent le projet de régénérer l'humanité par le moyen d'une éducation facile, amusante; la mode tournait à la philanthropie. En Suisse, de sérieux essais furent tentés. Zurich, après avoir réorganisé son collège Carolin, pour l'approprier