LA RELIGION ET LES MŒURS
à des besoins nouveaux, créa le premier pour les jeunes filles un enseignement supérieur à celui des écoles primaires (1774), et, quatre ans aprèS, il adopta un plan d'instruction pour les écoles de campagne. C'est en ces circonstances que Lavater, le célèbre physionomiste, composa ses chants nationaux, et que Pestalozzi écrivit son roman populaire, Léonard et Gertrude. Le livre parut en 1781, et dès lors Pestalozzi consacra sa vie au soin d'éveiller dans les classes indigentes la conscience de la noblesse de l'âme humaine.
Lucerne n'avait qu'un petit nombre d'écoles. Même celles de la ville offraient peu de ressources. Il continuait à défendre contre Rome son droit souverain, mais moins encore que les cantons protestants il savait tolérer des divergences de foi. En 1747, son tribunal cantonal condamna Jacob Schmidlin à la strangulation, sa maison aux flammes, sa femme, six enfants et soixante et onze personnes à l'exil ; le crime de Schmidlin était de lire la Bible, de l'expliquer à d'autres et de la prendre pour base de sa religion.
Ce n'était pas que Lucerne n'eût des magistrats éclairés. Urs Balthazar, l'un d'eux, fut le premier président de la Société de Schinznach, à laquelle il exprimait l'espoir qu'un jour se ranimeraient les os épars et desséchés de la Confédération. Félix, son fils, employa sa vie à la réalisation de cette pensée. Son livre Des Libertés helvétiques [De Helvetiorum jurïbus circa sacra) mit sous les yeux de magistrats, trop souvent partagés entre l'indépendance nationale et l'obéissance au souverain pontife, les procédés d'une politique sans cesse occupée à envenimer des plaies que le temps