LA RELIGION ET LES MOEURS
même était impuissant à cicatriser. Mais ces magistrats étaient livrés à la discorde.
Deux familles, celles des Meyer et des Schoumacher, se portaient une mortelle haine. Elles s'accusaient mutuellement d'administration infidèle des deniers publics, et, tour h tour, celle qui l'emportait se montrait sans pitié pour les vaincus. Valentin Meyer fit condamner à mort Placide Schoumacher, un fils unique, quoiqu'on n'eût pu le convaincre d'aucun acte criminel. Ses adversaires ne songèrent qu'à la vengeance. Meyer étant haï des gens d'église, ce fut le côté par lequel ils l'attaquèrent. Ils prirent prétexte de deux opuscules, parus à Zurich, et dont l'un demandait la suppression des couvents, l'autre leur réforme, pour accuser Meyer d'en être l'auteur. Il ne l'était pas, mais le soupçon leur suffit; l'église fut proclamée en danger. En un jour de marché un long cortège défila, trompettes en tète, entre deux haies de soldats; il s'arrêta sur la place où déjà brillaient les flammes d'un bûcher, et quand les deux opuscules eurent été jetés dans les flammes, mille cris de joie montèrent au ciel. Cet acte accompli, il ne restait qu'à frapper la victime, quand un ami de Meyer réussit à persuader au Conseil qu'en alimentant des dissensions toujours renaissantes, ils travaillaient h la ruine de ce gouvernement aristocratique, péniblement élevé par la main de leurs pères. Il supplia les partis de se rapprocher pour proclamer un édit de pacification. Le mot prit faveur, et Meyer se sacrifia au repos de ses concitoyens par un exil volontaire. (1749-1770.)
Ces choses se passaient alors que les gouvernements