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LA RELIGION ET LES MOEURS

européens ordonnaient, l'un après l'autre, l'expulsion des jésuites, et que le pape Clément XIV prononçait leur suppression. (1758-1773.) La Suisse catholique suivit, mais sans colère, l'exemple donné. Lucerne sécularisa l'ordre et conserva les jésuites. (1774.) Ils ne sortirent de leurs collèges que pour changer d'habit, et y rentrer comme professeurs. Fribourg ne fit pas autrement. En Vallais, où l'évêque essaya de retenir les pères, qui desservaient les collèges de Brigue et de Sion, le résident de France le contraignit à les abandonner à leur malheureux sort. Schwitz n'avait pas admis les jésuites; Augustin Réding choisit le moment où partout on les renvoyait, pour proposer à ses compatriotes leur admission. Il offrit église, collège, maison, prairies et 80000 florins. Mais un capucin, s'adressant au peuple, lui montra comment, partout où les jésuites s'établissaient, fermes, alpages, maisons de plaisance, hypothèques ne tardaient pas à tomber en leurs mains. « Ils ouvrent, dit-il, un abîme de mainmorte, où vont s'engloutir les richesses du pays. Sans doute, ils ne mendient pas du pain, du fil, des chandelles; mais ils acceptent créances, biensfonds, vaisselle d'argent, chames d'or, et si quelque chose leur manque encore, vive la bourse de l'état ! » Réding ayant répondu à ces raisons en promettant un écu à tout Schwitzois qui lèverait la main en sa faveur : « Je n'ai pas vu dans l'Evangile, lui répondit son interlocuteur, que Jésus- Christ ait acheté les apôtres à prix d'argent. » Le peuple rejeta la proposition, et défendit, sous des peines sévères, de la renouveler jamais. (1758.)

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