Î LA RÉFORME DANS LES PAYS ROMANDS
exprima devant cette assemblée le vœu, que dès longtemps il nourrissait en son cœur, de voir les saintes Ecritures mises, par une traduction française, à la portée du pauvre peuple ; et comme Olivétan savait le grec et l'hébreu, tous les frères lui imposèrent ce travail. Les Vaudois devaient, de leur pauvreté, composer la somme nécessaire à sa mise au jour. La traduction d'Olivétan parut à Neuchâtel, en 1535.
De retour en Suisse, Farel s'arrêta à Genève. (Octobre 1532.) Grand émoi parmi les prêtres ; ils se levèrent, bien armés, et emmenèrent le prescheur devant le Conseil épiscopal, tout en criant confusément : ce Tue, tue ce Luther ! » Ce ne fut pas sans peine qu'un des syndics réussit à l'arracher de leurs mains et à le faire parvenir sur terre vaudoise. Bientôt cependant un nouveau missionnaire. Froment, dauphinois ainsi que lui, prit la place de Farel. Comme il n'eût pu se produire sans s'exposer à être jeté dans le Rhône, il ouvrit une école. L'école se remplit. Les enfants y amenèrent leurs parents, à qui Froment expliqua les Ecritures. Mais le premier jour de l'an 1533, une telle multitude s'y jeta qu'il ne put lui-même y parvenir. Tous alors de s'écrier : « Au Molard ! au Molard ! Prêchez-nous la parole de Dieu. » Porté par la foule, et monté sur le banc d'une poissonnière. Froment prêcha sur ce texte : « Donnez-vous garde des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus de peaux de brebis et sont des loups ravisseurs. » Il continua jusqu'à ce que les prêtres survinrent et le contraignirent à s'enfuir. On proclama dans Genève défense de prêcher, sous peine de trois coups de corde.
GUERRE DE GENÈ\'E 63-
Berne résolut alors de se montrer. Ses seigneurs mirent à leur amitié la condition que Genève laissât libre la prédication de l'Evangile. Comme ils appuyaient les réformés, et les Fribourgeois la vieille foi, les émeutes succédèrent aux émeutes. L'évéque qui apparut en cette confusion, ne put que prendre Genève en dégoût et s'éloigner d'une ville où il ne devait jamais rentrer. (15 juillet 1533.) Les Fribourgeois eux-mêmes finirent par arracher le sceau de l'alliance qu'ils avaient contractée avec Genève, huit ans auparavant. Farel et Viret occupèrent la place qui leur était abandonnée. Ils ouvrirent des débats publics, s'emparèrent d'un temple, d'un autre, enfin de la cathédrale. La réforme ne rencontrait plus qu'une résistance affaiblie et des adversaires découragés.
Charles III avait suivi le cours de ces événements. Après la bataille de Cappel, il s'était approché, dans l'espoir de profiter de l'abaissement des villes suisses; mais il n'avait réussi qu'à être témoin de la promptitude avec -^laquelle elles avaient regagné la confiance de leurs ressortissants. Berne ayant chargé un synode d'organiser son église, et Capiton, l'ami de Bucer, de présider cette assemblée, il le fit si bien que les Actes du synode de 1532, empreints de la douceur de Haller et de la modération de Capiton, établirent pour longtemps l'accord de l'état et de l'église du pays. A l'une la libre prédication, à l'autre le gouvernement extérieur de la société religieuse. Haller avait obtenu de ses collègues qu'ils renonçassent à tout moyen de discipline emprunté à la force matérielle. Le premier effet de ces mesures fut de rapprocher les partis en