LE PEUPLE SOU\'ERAJN
ramené l'ordre dans le pays. La diète, qui avait sanctionné la convention, conseillait cette mesure; mais Bàle n'ayant accordé qu'une amnistie partielle, les chefs du mouvement, qui s'en virent exclus, se répandirent dans les cantons voisins, s'y firent de nombreux amis et rallumèrent l'insurrection. Les citadins reprirent, de leur côté, les armes ; mais ils ne tardèrent pas, cette fois, à se voir contraints à la retraite. (6 avril 1832.) Vainement la diète avait fait occuper Bàle-campagne par des troupes fédérales ; vainement elle s'efforça de rétablir l'ordre de choses qu'elle avait sanctionné par son suffrage ; les campagnards ne cessèrent pas de demander une constituante ou leur séparation d'avec la ville. De guerre lasse, la diète laissa se fortifier la séparation.
Une tâche plus difficile encore lui restait à remplir. Longtemps deux affections s'étaient partagé le cœur des Neuchâtelois : la fidélité à leur prince et l'amour de la patrie suisse. Longtemps ils les avaient conciliées tant bien que mal. On avait vu jadis, durant les guerres de la Fronde, le prince de Neuchâtel, Henri de Longueville, prisonnier dans Vincennes, envoyer au capitaine neuchâtelois Félix de Marval, qui avait été chargé de monter la garde devant la prison, l'ordre d'obéir, parce que ce n'était pas comme sujet de son prince, mais comme Suisse, qu'il servait le roi de France. Dans les visites qu'il fit plus tard à ses bons amis de la Comté, Henri fut toujours le premier à porter la santé de « la bonne patrie suisse. » Mais les temps n'étaient plus où la monarchie et la république buvaient ensemble au pied du Jura, alliant la fidélité à la
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fraternité. Le prince était devenu l'un des plus grands rois de l'Europe, et la république faisait chemin de son côté, s'inspirant des pensées d'un siècle nouveau. Neuchàtel avait pu prendre rang dans une confédération d'états; mais quand la Suisse, voulant sortir de sa faiblesse , céda au besoin de se transformer en un état confédéré, des Neuchâtelois, les uns se montrèrent pressés de la suivre dans sa régénération, tandis que les autres s'appuyèrent plus que jamais sur leur prince. La prudence conseillait au parti suisse d'attendre, pour entrer en scène, que les Confédérés eussent accompli l'œuvre de leur transformation, mais son ardeur ne le lui permit pas. Le jour anniversaire de la réunion du canton à la Suisse, 400 républicains, ayant le lieutenant Bourquin à leur tête, s'emparèrent du château de Neuchàtel et y firent flotter l'étendard fédéral, (42 à 43 septembre 1831.) Obligée à intervenir, la diète fit occuper la principauté, rendit le pouvoir au gouvernement légal, et refusa d'obtempérer aux instances des insurgés, qui la pressaient de soumettre au peuple la question de savoir s'il voulait demeurer « suisse et prussien. » Ce refus fut le motif qu'invoquèrent les républicains pour tenter un nouveau soulèvement, dont les royalistes triomphèrent sans effort. (17 décembre 1831.) Condamnés à mort, les chefs du mouvement n'échappèrent à cette peine que par la clémence du roi, qui la commua en une détention perpétuelle.