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Convoquée en hâte (5 avril), la diète renouvela l'interdiction de corps francs, mit sur pied des forces considérables, sollicita une amnistie et négocia l'élargissement des captifs. Lucerne accorda l'élargissement, moyennant une rançon de 350000 francs, dont une partie fut acquittée par les cantons de Berne, Argovie, Soleure, Bâle-campagne, et une autre par la Confédération. A la demande d'amnistie, il opposa son droit, et en usa sévèrement. Steiguer, qui se trouva du nombre des prisonniers, fut condamné à mort; cette peine allait toutefois être commuée en celle d'une captivité perpétuelle, dans une forteresse étrangère, quand des amis réussirent à le faire évader de prison. Leu avait recommandé la clémence. « Mettez Steiguer hors d'état de nuire, avait-il dit, mais ne faites mourir aucun des captifs. » Il venait de voir les jésuites s'installer à Lucerne ('26 juin 1845), et avait été témoin de la délivrance de son peuple; il se rendit à Einsiedlen, à la tête de quelques mille pèlerins, pour en rendre grâces au ciel. Le parti de la foi triomphait, quand un crime changea subitement sa joie en un deuil profond; comme la foudre, se répandit dans toute l'Europe la nouvelle que Leu, objet de la vénération des uns et de l'exécration d'un grand nombre, avait été tué par la balle d'un assassin, de nuit, couché dans son lit, auprès de ceux de sa femme et de ses enfants.
Au deuil succéda l'inquiétude. Un mot sorti des lèvres d'un magistrat faisait le tour de la Suisse, et partout l'on redisait : « Ce que n'ont pu les corps francs d'Ochsenbein, les volontaires légaux l'accompliront. » Le parti radical travaillait avec ardeur à composer une
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diète qui répondit à ce dessein. A Berne, le gouvernement avait laissé les corps francs agir; après leur défaite, il crut pouvoir soumettre ceux qui étaient ses ressortissants à une enquête; mais il ne réussit qu'à provoquer la formation de nouvelles assemblées populaires et à soulever la question d'un renouvellement constitutionnel. L'avoyer Neuhaus, âme du Conseil d'état, avait le cœur trop haut pour recourir aux moyens par lesquels beaucoup recherchaient autour de lui la faveur du grand nombre. Blœsch, qui le secondait, ne connaissait, non plus, d'autre éloquence que celle qu'il puisait dans la justesse de son esprit et la droiture de son cœur. Quelque temps, le peuple parut se partager entre eux et le chef des corps francs. La jeune génération finit toutefois par l'emporter et par remettre le sceptre du pouvoir, des mains de Neuhaus, dans celles de ses adversaires, d'Ochsenbein, de Stœmpfli, de Niggeler et de Stockmar. Une constituante fut nommée. (Février 1846.) La loi qu'elle formula fut acceptée par le peuple à une majorité de 35 063 voix contre 1280. Elle élargissait, comme l'avait fait celle du canton de Vaud, la base électorale. Elle limitait à neuf le nombre des membres du pouvoir exécutif, et reconnaissait au peuple le droit de révoquer son Grand Conseil. Ce corps était nommé pour quatre ans. Sur sa présentation, le peuple nommait ses préfets et les présidents des tribunaux. Sur des questions d'une gravité exceptionnelle, le peuple aussi se réservait de prononcer en dernier ressort. Le rachat des derniers droits féodaux était facilité. Les biens des pauvres étaient centralisés sous la main de l'état. Un
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nouveau gouvernement fut composé des chefs du parti vainqueur. Ce fait avait d'autant plus d'importance que Berne allait, quand commencerait l'an 1847, devenir Vorort.
Ainsi le pouvoir avait à Berne, comme à Zurich et à Lausanne, passé aux mains du parti de l'action. Néanmoins il y avait encore à conquérir deux voix pour arriver à la majorité légale. Genève apporta, le premier, la sienne. Sur le refus de son Grand Conseil d'entrer dans la voie radicale, une insurrection avait éclaté dans le quartier de Saint-Gervais. Des deux parts on avait couru aux armes. (7 octobre 1846.) Le Rhône séparait les combattants. Les insurgés ayant, sur la rive droite, dépavé les rues et construit des barricades, le canon fut dirigé contre ces remparts. Les carabines lui répondirent. Déjà beaucoup de sang avait coulé, quand des citoyens, pressés de mettre fin à la lutte engagée, réussirent à faire agréer par les deux partis les termes d'un accord. Ce fut la fin de la vieille Genève. Le Conseil d'état donna sa démission, le Grand Conseil reçut la sienne. James Fazy se saisit du pouvoir. Il avait devant lui trois partis, les conservateurs, les catholiques et les radicaux; habile aux jeux de la politique, il fit reposer la sienne sur le rapprochement des radicaux et des catholiques; dans Genève, il s'assura l'appui des ultramontains par des concessions toujours nouvelles; à Berne, il donna la main aux hommes qui voulaient l'expulsion des jésuites de la Confédération.
Il restait une voix à obtenir. On espérait celle de Bâle- ville, qui venait de réviser sa constitution ; mais
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Belle demeura fidèle à son rôle de médiateur entre les partis. On crut, un moment, que Fribourg allait apporter ce douzième suffrage. Lorsque commença l'année 18-47, et que Berne eut pris possession du pouvoir directorial, trois colonnes d'insurgés, parties, dans la nuit, de Morat, de Bulle et d'Estavayer, se mirent en marche sur Fribourg, dont les conjurés de cette ville devaient leur ouvrir les portes ; mais l«ur précipitation les trahit; l'éveil fut donné; de toutes parts les communes fidèles, convoquées au son du tocsin, accoururent dans la capitale, leurs curés en tête. Se voyant prévenus, les insurgés se dispersèrent. Fribourg, comme naguère Lucerne, se rempht de prisonniers. C'était à Saint-Gall qu'il était réservé d'apporter le suffrage décisif. Deux années durant, les partis, comptant chacun 75 membres dans le Grand Conseil, s'étaient tenus en échec. Mais, le 2 mai 1847, de nouvelles élections ayant donné quatre voix de prépondérance au parti libéral, ce fut lui qui déposa en diète le suffrage nécessaire à la condamnation du Sonderbound.
Guerre du Sonderbound.
L'Europe avait suivi d'un œil attentif les événements que nous venons de raconter. Les peuples s'en étaient préoccupés, les cours y avaient vu de sérieux sujets d'inquiétude. Toutes, se plaçant au point de vue du congrès de Vienne, voulaient la Suisse fédérative,