‹ Histoire de la congrégation canadienne de Winooski, au VermontChapitre 7 sur 12 · DE WINOOSKI, VER MONT · texte numérisé non relu

DE WINOOSKI, VER MONT

toire est connu par tout le Vermont. Il mourut comme il avait vécu. Etant allé à la Grande- Ile, chez un de ses amis, du nom d'Allen comme lui, il fit une orgie de trois jours. Dans une ivresse complète, son serviteur, un nègre, le coucha, enveloppé dans une robe de buffalo, sur un voyage de foin, et prit le chemin de Burlington. Arrivé à sa résidence sur la Old Van-Ness Farm à peu près où est l'orphelinat catholique aujourd'hui, son serviteur le trouva mort dans son jus. C'était le 12 février 1789. En 1873, le 4 juillet, l'enthousiasme lui érigea une statue dans le Green Mount Cemetery de Burlington.

Si l'Amérique infidèle n'a que des héros de cet acabit à offrir en imitation aux générations futures, on pourra se faire une idée de ce que seront ces générations, en fait de principe, d'honneur et de moralité. Nous pouvons espérer cependant que Dieu dans sa bonté saura arranger les choses, pour sauver ce pays-ci d'un tel malheur, comme il a déjà su le faire dans la personne même de ce fa-

meux brigand, en choisissant parmi ses enfants un sujet digne d'un plus bel exemple

Histoire de Fanny Allen

Nous lisons dans l'histoire de l'Hôtel Dieu de Montréal que Fanny Allen, fille du général américan Ethan Allen, et de Françoise IMontrésor (en secondes noces des deux côtés ; Mlle Montrésor, étant mariée en première noce à un M. Buchanan), ayant perdu son père étant encore fort jeune, sa mère épousa en troisième noce le Dr Jabez Penniman, de Colchester. Mlle Allen, douée d'un esprit précoce et pénétrant, se livra de bonne heure à la lecture. Mais n'ayant sous la main que des romans et des ouvrages composés par des déistes, elle devint incrédule avant même d'avoir connu la religion. Toutefois la rectitude naturelle de son jugement, lui faisait soupçonner que la vérité ne pouvait se trouver dans de pareils ouvrages. Souvent elle avait avec sa mère des conférences pour es-

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sayer de discerner le vrai du faux. Ayant entendu parler des catholiques, qu'on lui dépeignait sous les couleurs les plus désavantageuses, elle désira faire un voyage à Montréal, pour connaître par elle-même si ce que l'on disait d'eux était vrai. Elle prévoyait que son beau-père, qui lui était tendrement attaché, consentirait difficilement à son dessein, dans la crainte qu'elle n'embrassât la religion catholique. Sans lui découvrir donc le motif de son voyage, elle lui allégua pour prétexte son désir d'apprendre la langue française, et M. Penniman se rendit à ses instances. Cependant, avant son départ, ses parents exigèrent qu'elle reçut le baptême.

Elle résista beaucoup à leur volonté, enfin, par complaisance pour sa mère qui était une Huguenotte d'origine française, et très fanatique, elle se prêta à ce qu'on demandait d'elle. Etant alors incrédule, elle ne fit que rire pendant la cérémonie, ce qui fut cause que le ministre presbytérien, M. Barber, ne put s'empêcher de lui adresser une sévère réprimande. Elle était âgée d'environ 2 i ans.

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A Montréal, elle se présenta au pensionnat des filles de la Congrégation, et quelque inconvénient qu'on pût craindre de l'admission d'une jeune protestante dans cette maison, on accueillit volontiers sa demande, dan'j l'espérance qu'en y apprenant la langue française, elle y trouverait la connaissance plus précieuse encore de la vraie foi. On remarqua bientôt en elle un esprit très attaché à son propre sens. Elle ne se rendait au sentiment d'autrui que sur des preuves irrécusables, et ne dissimulait pas à ses maîtresses son incrédulité en matière de religion. Un jour, une sœur de la Congrégation, par un mouvement qu'on doit attribuer à une inspiration divine, demanda à Mlle Allen si elle ne voudrait pas porter sur l'autel, ou reposait le Très Saint Sacrement, un vase de Heurs qu'elle lui présenta ; en même temps elle lui recommanda d'adorer Notre-Seigneur, en entrant dans le sanctuaire. La jeune personne partit en riant bien résolue de n'en rien faire. Arrivée à la balustrade, elle ouvre la porte, et soudain, elle se sent arrêtée sans pouvoir passer outre.

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Surprise d'un obstacle si extraordinaire, elle fait effort jusqu'à trois fois pour avancer. Enfin, saisie et vaincue elle tombe à genoux et adore, dans la sincérité de son cœur, Jésus- Christ, de la présence duquel elle est convaincue à l'heure même. Immédiatement après, elle se retire au bas de l'église, où elle fond en larmes, et se dit : Après un tel miracle, je dois me rendre à mon Sauveur.

Elle ne parla cependant pas encore à ses maîtresses de ce qui venait de lui arriver ; seulement, elle demanda à être instruite, et consentit quelque temps après à se confesser. Lorsqu'elle eut été suffisamment instruite, elle fit son abjuration solennelle, et f^ut baptisée par M. Le Saulnier, curé de Ville-Marie : le premier baptême de Mlle Allen étant nul par défaut de consentement de sa part. Enfin elle fit sa première communion et résolut dès ce moment d'embrasser la vie religieuse. M. et Mme Penniman, informés de son changement, arrivèrent à Ville-Marie très mécontents et la ramenèrent chez eux. Le carême étant survenu, elle observa rigoureusement le

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jeûne et l'abstinence, et porta même si loin sa ferveur, qu'elle épuisa sa santé naturellement fort délicate. Sans être arrêtée par des considérations de famille, elle déclara à ses parents qu'elle voulait embrasser la vie religieuse, et qu'elle en avait pris le parti décisif. Sa mère, qui l'aimait beaucoup, et qui ne désirait que le bonheur de sa fille, consentit enfin à son désir, et l'accompagna à Montréal, au printemps. Mlle Allen ne pensait encore à aucune communauté en particulier, son unique désir étant de se consacrer à Dieu par la vie reliofieuse. En vue de connaître sa vocation elle visita les églises de Ville- Marie et entr'autres, celle de l'Hôtel- Dieu. A peine eut-ellejeté les yeux sur le tableau du maîtreautel, qui représente la Sainte Famille, et les eut-elle fixés sur le visage de saint Joseph, qu'elle poussa un cri, et dit à sa mère : C'est tout son portrait. Vous voyez, ma chère mère, que saint Joseph me veut ici, c'est lui qui m'a sauvé la vie en me délivrant du monstre qui allait me dévorer.

Elle rappelait ici à sa mère un fait mémo-

rable qui lui était arrivé à l'âge de douze ans. Se promenant un jour au bord de la rivière, et portant sa vue sur les eaux qui étaient alors très agitées, elle en vit sortir un animal énorme, d'une forme monstrueuse, qui se dirigea vers elle, et lui causa une grande frayeur. Ce qui augmenta son effroi, c'est qu'il lui semblait ne pouvoir retirer sa vue de dessus ce monstre, et qu'il lui était impossible de faire le moindre mouvement pour s'enfuir. Dans une si accablante extrémité, elle crut apercevoir auprès d'elle un vieillard chauve, couvert d'un manteau brun, un bâton à la main, qui la prit par le bras, et lui rendit le mouvement en lui disant : Petit fille, que faites-vous là ? Fuyez. Ce qu'elle fit avec vitesse. Etant un peu éloignée, elle se retourna pour voir ce vieil lard, et elle n'aperçut plus rien. Dès qu'elle fut rendue à la maison, sa mère qui la vit hors d'elle-même et le visage tout décomposé, comprit qu'il lui était arrivé quelque chose d'extraordinaire. L'enfant lui raconta le mieux qu'elle put, le sujet de son effroi, et l'assistance qu'elle venait de recevoir de ce vieillard

-8 HISTOIRE DE LA CONGRÉGAÏION CANAUIKNNK

inconnu. Sa mère envoya tout aussitôt un serviteur à la recherche de ce vieillard, afin de lui témoigner sa reconnaissance. Quelque diligence qu'on put faire, toutes perquisitions furent inutiles et l'on ne put jamais savoir ce que ce vieillard était devenu.

Mlle Allen, reconnaissant donc dans les traits de saint Joseph peint sur le tableau de la Sainte Famille, la figure de ce vieillard à ^ qui elle devait la vie, se sentit plus affermie \ que jamais dans le désir d'embrasser la vie \ religieuse, et demeura convaincue qu'elle de- \ vait être fille de saint Joseph. Il importe peu s de savoir si ce monstre et ce vieillard se sont ^ montrés à elle d'une manière corporelle et ré- ^ elle, o.u si cette vue n'a été qu'une impression faite dans son esprit. De quelque manière que la chose soit arrivée, Mlle Allen demeura convaincue que ce vieillard l'avait préservée de la mort, et le souvenir de ses traits lui demeura si présent, que, comme nous venons de le dire, treize ans après, dès qu'elle eut, ; jeté les yeux sur le tableau de l'Hôtel-Dieu, \ elle fut frappée de l'identité de visage et de ^^

costume, et ne put s'empêcher d'en témoigner tout haut sa surprise et son étonnement. Cet animal dont elle ne pouvait fuir l'approche, et qui était prêt à la dévorer, était sans doute une figure du monstre, plus cruel encore, de l'incrédulité et de l'hérésie, dont saint Joseph la délivra, pour la conduire dans la maison de son institut comme dans un asile assuré. Aussitôt après, elle alla donc trouver la Mère de Célozon, supérieure générale, pour lui demander qu'elle voulût bien la recevoir au nombre de ses filles. La supérieure, qui n'avait point été prévenue, ne jugea pas à propos de l'admettre immédiatement dans la maison. Elle l'invita à retourner chez les sœurs de la Congrégation pour se perfectionner dans la langue française, et pour achever de s'instruire de la religion. Mlle Allen suivit ce conseil. Elle rentra au pensionnat, y resta jusqu'au mois de septembre de cette année 1808, et fut enfin reçue au noviciat des filles de St-Joseph, le 29 du même mois.

Au printemps, M. et Mme Penniman arrivèrent à Montréal pour la voir ; ils visitèrent

le monastère dans tous ses détails, et ils furent bien surpris d'y voir les religieuses heureuses et contentes de leur sort, et unies entre elles par les liens de la charité la plus sincère et la plus vive. Ils s'étaient imaginé que les monastères catholiques étaient autant de prisons ou l'on ne menait qu'une vie languissante. Ils furent si frappés de tout ce qu'ils virent dans la communauté de St- Joseph, qu'ils ne pouvaient se lasser de parler du bonheur de ces filles, et de féliciter Mlle Allen, du genre de vie qu'elle avait choisi. De son côté, la jeune novice fut si satisfaite de voir ses parents si parfaitement désabusés de leurs anciens préjugés sur la vie religieuse, qu'elle sembla redoubler d'ardeur et de fidélité pour remplir tous les devoirs de son saint état. Lorsque le temps de sa profession fut arrivé, un grand nombre de personnes de sa connaissance vinrent des Etats-Unis pour être présents à cette cérémonie. Ils remplissaient tout le chœur, et l'église pouvait à peine contenir la foule. Tous ces étrangers étaient frappés d'étonnement, en vo) ant cette jeune fille de leur m-

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tion se renfermer ainsi dans un monastère pour le reste de ses jours. La sœur Allen, justifia par sa régularité, son zèle et toutes les autres vertus religieuses, les espérances que la communauté avait conçues d'elle après une telle vocation. Elle remplaçait quelquefois les hospitalières dans les salles des malades, et fut l'instrument d'un grand nombre de conversions à l'égard des hérétiques qu'on recevait à l'Hôtel- Dieu. Il y en eut même jusqu'à quatre, qui dans la même semaine, firent leur abjuration.

La onzième année après son entrée en religion, elle fut atteinte d'une fluxion de poitrine. Le mal ne fit que s'aggraver de plus en plus. Lorsqu'il était le plus alarmant, elle demanda à la supérieure d'être traitée par un médecin américain de sa connaissance qui résidait à Montréal. Ce médecin était protestant, et par intérêt pour la sœur Allen, il lui prodigua ses soins, quoiqu'il ne vit aucun espoir de la guérir de cette maladie. La Providence voulut qu'il se trouva présent à ses derniers moments. Ayant été introduit

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auprès d'elle, et voyant toute la communauté à genoux, priant et fondant en larmes, et le prêtre qui récitait les prières de la recommandation de l'âme, il fut vivement ému, tomba lui-même à genoux et demeura immobile, dans l'attitude la plus respectueuse. La supérieure le pria ensuite de juger si la sœur Allen avait rendu le dernier soupir. Elevant les yeux au ciel : oui, répondit- il, elle a expiré. Le prêtre, qui était M. Hubert, commença alors le Siibvenite ; le docteur se remit à genoux pour l'achèvement des prières, paraissant extrêmement édifié et pénétré d'un spectacle si nouveau pour lui. L'impression qu'il éprouva dans cette circonstance le porta même à insérer dans les gazettes une relation de la mort de la sœur Allen, où il s'étendit sur le bonheur que la religion catholique fait goûter aux âmes fidèles dans leur passage du temps à l'éternité. Il fit plus encore : dix-huit mois après, il vendit ses biens, et avant de quitter le pays, il écrivit à la supérieure de l'Hôtel- Dieu, lui assurant qu'il n'oublirait jamais le ravissant spectacle qu'il avait eu sous les yeux à la mort de la

Dt; WINOOSKI, VEKMONÏ

sœur Allen. Il ajoutait qu'il ne verrait jamais plus dans ce monde-ci les sœurs de St-joseph, mais qu'il espérait se réunir à elles dans la céleste patrie. 11 disparut en effet sans parler à personne de son départ. Les religieuses de l'Hôtel-Dieu, malgré les informations qu'elles prirent, ne purent savoir dans quel pays il s'était retiré, et jugèrent qu'il s'était embarqué pour l'Europe, dans l'intention de s'y faire catholique et religieux". Ce récit pourra peutêtre paraître à quelques-uns, un peu long, et quelque peu en dehors de mon sujet. Mais comme Mlle Allen était une fille de Winooski, j'ai cru que cette relation si belle, empruntée tout entière, aux " Mémoires particuliers de l'Hôtel-Dieu de Montréal," pouvait plus que tout le reste, intéresser et surtout édifier le lecteur.

En 1893, un riche fermier de Winooski, M. Michael Kelly, pour perpétuer le souvenir de Mlle Allen, fit don à l'évêque de Burlington d'un magnifique terrain à proximité du lieu où, en 1798, Mlle Allen eut cette apparition de saint Joseph, ci-haut racontée, à condition

IIISTOIKK IJK I.A CONGkiiOATION CANADlKNNt:

d'y fonder un hôpital sous la charge des Révérendes Sœurs hospitalières de St-Joseph de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Monseigneur John-S. Michaud, évêque coadjuteur de Monseigneur Louis de Goësbriand, ayant accepté ce magnifique don, avec ses conditions, a pu offrir au public catholique du Vermont et d'ailleurs, Fanny Allen Hospital, dès l'été de 1S94.

Les canadiens à Winooski

Après deux cents ans, les cris de guerre cessèrent avec les expéditions sanglantes dont cette belle vallée du lac Champlain avait été presque constamment le théâtre, pour laisser à la civilisation, dans le calme de la paixprendre possession de ses fertiles plaines, et développer dans une louable émulation tous les avantages de la culture et de l'industrie. En peu d'années, toutes les vallées du Vermont se peuplèrent de villages, et même de petites villes, qui rivalisèrent d'ardeur et d'émulation

DK WlNOOSKr, VERMUNl'

entre elles pour savoir laquelle arriverait à offrir le plus d'aisance et de confort.

En 1 8 14, on trouvait à Winooski les familles Despins, Cotard et Chaillot.

En 1816, Augustin Davignon, jeune homme originaire de Chambly. vint ici et travailla à la construction de l'église unitarienne de Burlington, appelée communément par les Canadiens, l'église du cadran. Il maria cette même année une fille du père Cotard pour faire souche aux familles Davignon d'aujourd'hui.

En 1826 et 1828, les années de misères causées par les mauvaises récoltes au Canada* disent les vieux, et aussi les grands chantiers de bois dans Colchester et Milton, amenèrent un bon nombre de familles des paroisses de Chambly, Ste- Marie de Monnoir, St- Jean- Baptiste de Rouville et même de Verchères. Les Lafontaine, les Damme, les Labossière, les Leclaire, les Brault, les Goyette, les Domingue, les Picotte, les Pépin, les Foisy, les Allard, les Niquet émigrèrent ici vers cette époque.

Quelques années plus tard, vers 1840 a 1845, les Maher, les Villemaire, de St Henri de Mascouche ; les Cormier, les Moiigeon, les Lavallée, du comté de Verchères, vinrent s'adjoindre aux premiers, attirés par la manufacture : la Burlington Woollen Mill Company, fondée en 1835, ^^ en bonne opération depuis quelques années. Mais la population canadienne de Winooski, reçut son accroissement le plus fort après la guerre de Sécession, Les affaires ayant été reprises avec un affollement tel, qu'on se lançait dans les entreprises, tout épris de vertige, sans considération pour la valeur de l'argent. Tous ceux qui pouvaient travailler, n'avaient qu'à faire le prix de leur salaire, et on le leur payait.

Aussi le village qui possédait déjà deux grandes manufactures et plusieurs autres usines, se vit-il agrandir par l'arrivée d'un grand nombre de familles venant un peu de partout, mais surtout des comtés de Napierville, de Champlain et de Portneuf. De 1865 à 1870, la population fit plus que doubler. Presque \ toute la partie ouest qui est aujourd'hui la \

Fi!\N(;i>is Lkci.viuk,

n«'> à .St-Jcan-15ai>tiste de Ri.uvilk' on ISIS; «lôci'iK; :1 Winooski, Vt., en 1889 ; homme cl(^v(ui<'' envois TK^rlisc et envers se? conn>ntriote.«.

it.

plus populeuse, et presque toute canadienne date de cette époque.

En 1839, parut à Burlington, le premier journal de langue française. Le Patriote Canadien, publié par Ludger Duvernay, exilé politique de 1837. Ce journal n'eut qu'une courte existence. {History 0/ Chittenden Couuty, Ver mont, page 273).

La famille Leclaire

En 1828, une famille canadienne de St- Jean- Baptiste de Rouville arrivait à Winooski. La Providence qui prend soin de toute chose, semble l'avoir amenée ici tout exprès pour préparer d'avance un refuge à ses compatriotes. Un grand nombre de canadiens gravement compromis dans l'insurrection de '37 et '38, obligés de quitter leur pays pour éviter le sort fatal de l'échafaud, trouvèrent dans la famille Leclaire une hospitalité généreuse et cordiale avec un asile assuré. Les Duvernay, les Bouchette, les Bouthillier, les Blanchard,

les Marchessault, les Maillet et plusieurs autres, pourraient dire combien ils doivent de reconnaissance à cette noble famille qui, quoique alors dans une aisance bien ordinaire, ouvrit toute large sa maison, offrant cordialement sa table à ces malheureux proscrits.

Ce fut dans ces circonstances, et à l'école si pratiquement chrétienne de son père, que Frank (François) Leclaire, encore jeune homme, apprit l'amour de l'hospitalité et le respect de ses compatriotes qu'il sut si bien pratiquer toute sa vie. De 1830 à 1840, il y avait malheureusement à Winooski, comme partout ailleurs, des familles canadiennes qui ne faisaient pas toujours honneur à leurs compatriotes. Malgré ce milieu malsain où le jeune Leclaire était naturellement obligé de vjvre, il sut conserver sa dignité d'honnête homme et de chrétien. Fidèle observateur des principes de bonne première éducation, sa sobriété lui valut la protection des messieurs Pecks, une des plus florissantes maisons de commerce de Burlington, en 1845. Homme d'un cœur reconnaissant, Frank

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Leclaire aimait à raconter à ses amis les questions qu'un des messieurs Pecks lui fit, lorsqu'il se présenta chez lui la première fois : Do you use liquors ? Do you use tobacco ? . . . Et, sur sa réponse qu'il ne faisait usage ni de l'un ni de l'autre, les messieurs Pecks lui ouvrirent leur crédit, l'assurant de leur protection. " Je dois mon existence en affaires, disait-il, à ces messieurs; sans eux, j'aurais été parfois fort embarrassé." La reconnaissance est le plus beau témoignage qu'un gentilhomme puisse donner de la perfection de son cœur. Catholique sincère, il fit toujours honneur à sa foi. Le Rév. Père O'Callaghan, premier missionnaire de Burlington, aimait et respectait tout particulièrement Frank Leclaire. Tous les ans, à Noël, \ c'était alors la coutume, comme encore aujour- ^ d'hui, que chaque fidèle fit une offrande à son \ pasteur. Loin de s'absenter de l'église ce \ jour-là, comme le faisait la plupart de ses j compatriotes, Frank Leclaire était heureux \ de pouvoir offrir à son curé un témoignage \ sensible de sa foi, et de son respect pour

l'église et pour le prêtre. Aussi, chaque année, à cette occasion, le Père O'Callaghan lui faisait un compliment que Frank étai't impitoyablement forcé de recevoir en public, dans l'église : Frank Leclaire, of Winooski, five dollars. Frank is a Frenchman, but nol oj the kind of the rest, lie is a ge7itleinan. T/iank you Frank, God bless you . . .

Les souhaits du Père O'Callaghan, qui n'était pas ce que l'on pourrait pourtant appeler un prophète, semblent néanmoins s'être réalisés parfaitement. Ses affaires prospérant, M. Leclaire continue d'être un secours à l'église. Il fut l'instigateur, le promoteur, le fondateur de la paroisse de St- Joseph de Burlington.

Pour les fins religieuses, tout le Vermont était compris dans les limites du diocèse de Boston. Il n'y avait aucun prêtre résidant au Vermont, en 1830. Des vieillards vivant encore aujourd'hui se rappellent que leurs parents leur ont dit bien des fois qu'ils les avaient portés à Chambly pour les faire baptiser par M. Migneault, curé du lieu. Ce ne

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fut que vers 1835 que Father O'Callaghan, venant d'Irlande, fut envoyé par Mgr Fenwick, de Boston, pour prendre soin des catholiques de Burlington et des environs. Mais, comme on disait au temps de Notre-Seigneur : Non coiUuntw' Samaritani cum Jtidœis, les Samaritains ne s'entendent pas avec les Juifs ; il en est malheureusement de même entre les Canadiens et les Irlandais, sans qu'aucun n'ait pu nous en donner le motif et n'ait même tenté de le rechercher. Ils sont pourtant tous deux catholiques et appelés à pratiquer les mêmes vertus et à concourir à la même fin. Dieu va-t-il les séparer dans le ciel ? Je crois que non ; car Dieu ne dérange rien dans l'ordre éternel pour remédier à des choses qui ne proviennent naturellement que du caprice. Irlandais et Canadiens qui se seront haïs et détestés sur la terre libre d'Amérique, je crains fort, à moins qu'ils ne changent euxmêmes de dispositions, que leur dernier râle ne les jette pour toujours dans une rage éternelle.

Afin de se dégager des effets de ce manque

de sympathie entre les deux races, les Canadiens firent des démarches auprès de l'évêque Fitzpatrick, de Boston, successeur de Mgr Fenwick, pour se construire une église à leur ; usage, avec un prêtre de leur nationalité. L'évêque leur fit réponse que quand ils ; auraient ramassé tout l'argent nécessaire pour l bâtir, il leur en accorderait la permission. Ils s'organisèrent tout de même, aussi bien qu'ils purent, n'ayant aucun prêtre pour les diriger et les encourager. Les Canadiens de Burlington et de Winooski offraient alors si peu de confiance tous ensemble, que les fournis- l seurs du bois et de la brique pour la cons- \ truction de leur église ne voulurent pas li- \ vrer les matériaux sans que M. Leclaire se \ rendit caution pour tout le montant de la \ somme demandée. \

Plus tard, en 1868, lorsque l'évêque du \ diocèse de Burlington, Mgr Louis de Goës- v briand, crut nécessaire de séparer Winooski l de Burlington, M, Leclaire se fit encore ^ l'appui, et, j'oserais dire, l'unique auxiliaire de la nouvelle Congrégation. Sa libéralité dans j

les bonnes œuvres, son zèle à seconder les vues de son curé furent la pratique constante de sa vie. Favorisé de la fortune, avec un esprit large et entreprenant, doué d'un coup d'œil sûr et pratique, M. Leclaire consacra ces heureux moyens à améliorer, comme un bienfaiteur, la condition souvent fort précaire de ses compatriotes nouvellement arrivés à Winooski. Près de deux cents familles canadiennes lui sont redevables de leurs foyers, par les conditions faciles auxquelles M. Leclaire leur concéda des lots et leur construisit des maisons, étant propriétaire de presque tout le terrain sur lequel se trouve actuellement la grande moitié du village.

Si M. Leclaire sut par ses qualités et ses dispositions mériter l'estime et le respect de tout le monde, il était en cela bien secondé et appuyé par son épouse, Marie- Elisabeth Brault. Madame Leclaire était le type de nos bonnes mères canadiennes : toujours agréable dans la conversation, hospitalière par trop de dévouement, heureuse d'ouvrir sa maison et de faire asseoir à sa table de nom-

breiix visiteurs. Quoique d'une éducation ordinaire, elle savait faire les choses avec cette cordialité et ce bon goût naturel qui valent beaucoup mieux que la recherche. Ils eurent plusieurs enfants. Six seulement leur survécurent, trois garçons et trois filles : Pierre, avocat, demeure à Tacoma. dans l'Etat de Washington ; Edouard, qui mourut de mort violente dans l'Ouest, il y a quelques années, et Joseph, qui demeure avec sa sœur aînée, Elizabeth, qui occupe avec sa plus jeune sœur, Augustine, encore fille, la maison paternelle ; Joséphine, mariée à Frank Miville, marchand- droguiste, demeure avec son mari à Manchester, New-Hampshire. Madame Leclaire précéda son mari dans la tombe de quelques années. Elle mourut le 5 décembre 1880, pendant que M. Leclaire représentait la Town de Colchester, comme membre de la législature, à Montpellier.

Après la mort de son épouse, le chagrin, et le travail pour mettre ordre à ses affaires, l'affectèrent sensiblement. Avec une santé d'ailleurs assez précaire, on le vit descendre

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graduellement jusqu'à ce qu'enfin, le 8 juillet 1889, sur les trois heures de l'après-midi, il alla rejoindre les siens, en s'éteignant dans la grâce de Dieu et la paix du Seigneur. Son gendre, M. Adolphe-A. Graves, qui occupe la résidence paternelle, demeure comme administrateur-gérant de la succession de feu François Leclaire, d'heureuse mémoire.

Fondation de la Congrégation catholique

CANADIENNE DE St- FRANÇOIS- XaVIER,

À WiNoosKi, Vermont

Au commencement de janvier 1868, à la suite d'une grande retraite donnée à l'église St-Joseph de Burlington par les RR. Pères Lagier, Garin et Dédébant, de la Congrégation des Oblats, de Montréal, l'énorme affluence à cette retraite ayant évidemment démontré que l'église était bien trop petite pour contenir tous les catholiques canadiens de Burlington, Colchester et Williston, une séparation fut résolue. L'évêque du diocèse,

Mgr Louis de Goësbriand, fit publier le 19 janvier, dans l'église St-Joseph, un mandement dans lequel il exprimait aux Canadiens de Colchester et d'Essex, le désir de les voir se séparer de Burlington, pour se former en congrégation distincte, en bâtissant une église à Winooski. En même temps, il retenait, dans un immense block alors en construction, à Winooski, une grande salle qu'il loua pour trois ans, à raison de $700.00, pour y faire les offices divins, en attendant que l'église fût construite.

Au mois de février, Monseigneur de Burlington sollicitait, en personne, auprès de l'évêque de St-Hyacinthe, Mgr Charles Larocque, le secours d'un prêtre pour prendre ^a charge de cette nouvelle congrégation, comme il appert par la lettre suivante :

St-Hyacinthe, 17 février 1S68.

Mon cher Monsieur,

Mgr l'évêque de Burlington, m'ayant vivement sollicité de lui accorder le secours d'un prêtre pour procurer à sept ou huit cents de nos pauvres compatriotes le l)ienfait d'une desserte un peu régulière, j'ai jeté les

DE WINOOSKI, VERMONT

yeux sur vous pour rendre cet important service. Si vous vous trouvez par là un peu maltraité, prenez-vousen à votre curé, qui m'a rendu de vous un si bon témoignage que je n'hésite nullement à croire que vous remplirez bien les intentions du digne et saint évêque de Burlington. D'ailleurs, s'il y a quelque sacrifice à faire pour accepter cette mission, il sera bien largement compensé par l'avantage que vous aurez eu de servir l'Eglise pendant un temps qui sera plus; ou moins long, selon les circonstances, sous un si véritable apôtre. Il vous aura fait bon de vivre avec Mgr de Goësbriand. Mous devrez être à Burlington pour le premier dimanche du carême. Aussitôt donc ((ue vous aurez l'agrément de votre curé, vous pourrez quitter St-Alexandre, venir visiter votre famille et passer par St- Hyacinthe pour prendre le mot d'introduction que je devrai vous donner pour Mgr de Burlington qui vous connaît et vous attend. Mes compliments à M. le curé qui va sans doute vous voir partir avec bien de la peine, puisqu'il, croit qu'il m'eût été impossible de vous remplacer adéquatement... et qu'en conséquence, il préfère demeurer seul.

Avec bien de l'affection,

Votre très humble serviteur, '

f C. Ev. DE St-Hvacinthe.

I\;[onsieur J.-F. Audet, Ptre., St-Alexandre.

Quoique le missionnaire, monsieur J.-F.

Audet, fût rendu à Burlington dès le 4 mars, pour se m'ettre au service de l'évêque dans

48 IIISIUIRE I>K I.A CONCRÉC.ATION CANADIENNE

l'organisation de la nouvelle congrégation de Winooski, ce ne fut cependant que le 20 mars qu'il reçut sa nomination définitive comme curé de Winooski, quoique de vive voix, l'évêque eût soin cependant d'y mettre une certaine solennité. Ce 20 mars, il prit M. Audet avec lui, en voiture, et sur le haut de la grande côte, sur le chemin qui descend de Burlington à Winooski, il arrêta son cheval. Voyez-vous, lui dit-il, ces montagnes là- bas. . , montrant Mansfield et Camel's Hump, n'est-ce pas que c'est beau ? . . . Eh ! . . . maintenant, voyez-vous ce beau grand village ici, en bas ?, . . eh ! bien, mon cher, j(; vous nomme curé de ce trou-là . . . Monseigneur, reprit le nouveau curé, y aurait-il inconvenance de ma part à demander à votre Grandeur, d'y descendre avec moi, pour me le faire voir de plus près ? Go along, go along, et presse son cheval pour descendre plus vite à Winooski. On visita la salle où devait débuter la nouvelle congrégation, on était à )• donner la dernière couche de plâtre. Le lendemain, le curé la fit nettoyer, et prenant une boîte qui avait

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servi à faire du mortier, la disposa pour s'en servir en guise d'autel, pour dire la première messe qui ait jamais été célébrée dans cette localité auparavant. Ayant préalablement fait circuler parmi les Canadiens, qu'ils allaient avoir la messe, le lendemain, 22 mars, 4^™^ dimanche du carême, l'évêque avec le nouveau missionnaire se rendirent sur les 9 heures du matin, à la Fall, comme disaient nos gens, avec tout ce qu'il fallait pour dire la messe et conférer le baptême. Lorsque tout fut prêt, et qu'une centaine de personnes furent entrées, l'évêque se tournant vers elles, leur dit : " Ecoutez, mes enfants, voici M. Audet ; ce " jeune prêtre est votre curé. Désormais, vous " aurez à vous adresser à lui pour tous vos " besoins spirituels. Ecoutez-le, ayez-en bien " soin, et le bon Dieu vous bénira. Je re- *' viendrai vous voir plus tard..." Deux cents personnes assistèrent à cette première messe. Comme dans le bail de location, le propriétaire s'engageait à poser tous les bancs nécessaires à l'usage de cette salle, à la demande des intéressés, le curé, dans le cours

de la semaine, ht poser loo bancs de trois, quatre et cinq places, pouvant asseoir 425 personnes. Le dimanche de la Passion, le 29 mars, on chanta la première grand'messe, et le curé fit son- premier sermon. Déjà l'ensemble de la physionomie, semblait prendre un air de paroisse canadienne; on remarquait le reflet d'un certain contentement sur toutes les figures. Il fut annoncé que le dimanche suivant, jour des Rameaux, on procéderait à la vente des. bancs. Dans le cour de la semaine, 1 evêque venant à entrer dans la chambre du curé, qui, en attendant, se retirait à levêché, le trouva à tracer des lignes sur un carton. Que faites-vous-là ? — J'arrange une sorte de tarif pour chaque banc de la salle, dont j'ai annoncé la mise en vente pour dimanche prochain. — Expliquez-moi votre mode de vente de bancs. — Je vendrai les bancs à l'enchère, dit le curé, en partant d'un prix fixe pour chaque banc, variant l'un à l'autre selon \ la position du banc. Pour vous en don- ) ner un exemple, voici : un banc dont le tarif \ sera trois dollars, à la vente de ce banc,

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celui qui voudra l'avoir dira au crieur : trois dollars et vingt- cinq centins, un autre, voulant également ce banc, dira au crieur : quatre dollars, et si personne autre ne met sur l'enchère, le banc est alors adjugé pour trois mois au plus haut et dernier enchérisseur, et ainsi de suite pour chaque banc. Les trois mois expirés, le prix du banc tombe à celui du tarif, et l'occupant le garde à ce prix aussi longtemps qu'il paye fidèlement le trimestre échéant.— Comment se monte votre tarif par trimestre ?— Trois cent vingt-cinq piastres, lui fut-il répondu. — " Bien, mon cher, c'est " une affaire manquée . . . Vous n'aurez rien, " les canadiens ne loueront pas de banc à ce " haut prix-là . . . Vous ne les connaissez pas . . . " Je vous assure qu'ils ne sont pas très don- " nants pour l'Eglise."— Mais enfin, Monseigneur, comment voulez-vous fonder une Congrégation avec eux alors ? — Si vous pouvez dans l'année, reprit l'évêque, collecter trois cents piastres parmi eux, pour payer le loyer de la salle, vous aurez fait une magnifique affaire ; puis il quitta la chambre. Le curé,

tout décontenancé, après quelques instants de réflexion prend son chapeau, et se dirige vers Winooski. Il va voir M. Leclaire, l'interroge sur la condition, et, surtout, sur les dispositions des Canadiens. M. Leclaire, qui est homme d'affaires, ne donne guère d'encouragement ; l'hiver a été très dur, dit-il, je ne crois pas que vous puissiez trouver trois cents dollars dans tout Winooski, parmi les Canadiens ; ils sont pauvres, ils ne peuvent pas même payer leurs dettes chez l'épicier. Le curé laisse M. Leclaire, et marchant à l'aventure, il arrête celui-ci, interroge celui-là. — Ah ! Monsieur le curé, vous allez vendre les bancs dimanche, ah ! bien, moi j'en prends un, moi aussi dit un autre, je crois, dit un troisième, qu'ils vont bien se vendre. Plusieurs sont contents ; on vous comprend, vous, quand vous prêchez, vous parlez franc. M. Cardinal, le vieux curé de St-Joseph, ah!... c'est un bon prêtre... bien charitable, maïs tenez, quand il prêche, on ne le comprend pas. Puis, aller à St- Joseph, monter la côte toutes les fois qu'il faut aller à l'église, c'est trop dur. — Ça devenait

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un peu plus rassurant. Continuant à sonder ici et là les dispositions, le curé revint à l'évêché, bien déterminé à tout risquer. Le dimanche suivant, les bancs numérotés, son plan tout arrangé, avec un tarif spécial pour chaque banc, le curé commence la y^rand'messe. La salle est comble. A l'évangile, il annonce qu'il va vendre les bancs après la messe, et explique le mode de vente. Les gens écoutent avec la plus grande attention. La messe finie, il s'empresse de prendre la liste des bancs, et ceux qui sont marqués quatre dollars, il marque cinq dollars et les élève ainsi tous d'une piastres chacun au tarif. Il a remarqué l'enthousiasme général sur toutes les figures, il en profite. Il leur adresse encore quelques mots, et commence la vente. Le tarif des douze premiers bancs est de cinq piastres par trois mois, dit-il, eh bien, commencez, mettez sur l'enchère. Un acheteur crie cinq piastres et demie, un autre six, un autre 8, lO, 12, le premier banc est loué $14.00 dollars pour trois mois. Un autre suivant, $17.00 dollars, un autre $18.00 dollars, et ainsi de suite avec un

enthousiasme extraordinaire et soutenu ; ce fut un vrai boom, comme dirait un Yankee. La vente, commencée à midi, se poursuit jusque vers trois heures Après avoir vendu 53 bancs, le curé, fatigué, demande à remettre la vente des autres bancs au dimanche suivant. Sorti de la salle, on se rend chez M. Leclaire, 1 tout étonné du succès ; on compte l'argent de la vente de ces 53 bancs pour trois mois . il y a sept cents et quelques dollars. " Vraiment, dit M. Leclaire, je n'y comprends plus rien ; \ je n'aurais jamais cru qu'il ) eut autant d'argent dans Winooski, parmi tous ces pauvres s Canadiens." Le grand coup était donné. Sur | les cinq heures du soir, le curé, tout joyeux, retourne à l'évêché. Au souper, l'évêque \ lui demande bien indifféremment : eh ! bien, avez-vous vendu vos bancs aujourd'hui ? Oui, \ Monseigneur. Combien en avez-vous vendu } \ — 53, Monseigneur. — Mais. . . . c'est magnifi- \ que ! . . . Combien avez-vous eu pour ces 53 bancs ? Pardon, Monseigneur, mais enfin, qu'en s pensez-vous vous-même : je vous le laisse à \ deviner. Hein ! ... Ce n'est pas aisé, mon cher, ^

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les Canadiens ne sont pas, comme ils disent, très argentés . . . Cinquante piastres ? — Non, Monseigneur. — Moins que cela ? — Non, un peu plus. — Pas cent piastres toujours. — Non, Monseigneur, mais un peu plus de sept cents dollars, et je vous ferai remarquer que ce n'est que pour trois mois. " Ah ! farceur, dit 1 evêque, vous vous moquez du monde, vous !". . . et le curé de tirer de son habit une botte de greenbacks en billets de 2, 5, 10, et 20 dollars, qu'il dépose sur la table devant 1 evêque. — Voyez et comptez. Monseigneur. — Alors 1 e- I vêque tout ébahi devant un tel succès, dépo- I se couteau et fourchette, et de sa main droite I frappe sur la table en disant avec des larmes de joie aux paupières : " Voilà le secret, mon ) cher, en s'adressant au curé de la cathédrale, M.Cloarec, donnez aux Canadiens des prêtres canadiens, et vous obtiendrez tout ce que vous voudrez d'eux ; ils seront aussi généreux que qui que ce soit. " Tous les bancs furent vendus le dimanche suivant, et rapportèrent dès la première année 1770 dollars. On fit faire un autel, et on se procura immédiatement les arti-

56 HISTOIRE DE LA CONGRÉGAl ION CANADIENNE

des les plus nécessaires à l'usage du culte, et dès le 25 avril, le curé vint résider dans sa nouvelle mission, en pension dans une maison privée en face de la station du chemin de fer^ où il demeura durant les trois premières années. Le 31 mai, jour de la Pentecôte, une quête faite pour avoir des ornements rapporta la somme de cent soixante dollars.

Les canadiens de Winooski peuvent se dire à bon droit, que ce sont leurs succès tout à fait inattendus, dans la fondation de leur nou velle congrégation, qui ont inspiré 1 evêque de Burlington, Mgr Louis de Goësbriand, de créer un mouvement en faveur de la fondation de paroisses exclusivement canadiennes avec prêtres canadiens pour les desservir, dans tous les centres delà Nouvelle-Angleterre, et dont il se fit l'apôtre infatiguable, travaillant avec un zèle et une ardeur sans relâche, jusqu'à ce que son dévouement fut couronné d'un heureux succès. Aujourd'hui, dans sa belle vieillesse épiscopale, il a le bonheur de ce réjouir en reposant sa pensée sur deux à trois cents belles paroisses canadiennes dans les

Etats du centre de la Nouvelle- Angleterre et ailleurs, et de se donner àlui-même le consolant témoignage d'avoir été au moins l'instigateur et le promoteur originaire de leur existence.

Ecole paroissiales

Après avoir quelque temps exercé le saint ministère, le curé de Winooski ayant acquis une certaine connaissance de l'état moral de sa paroisse, comprit naturellement qu'il ne pourrait jamais arriver à assurer un établissement religieux vraiment durable, à moins de commencer tout de suite par établir des écoles catholiques pour l'éducation des enfants. D'ailleurs, l'Eglise non-seulement conseille, mais fait un devoir rigoureux à tout pasteur qui prend charge d'une congrégation ou d'une mission, d'établir de telles écoles, sous menace de peines canoniques. (Voir Concile IP, de Baltimore, page 221, Nos 430 et 431, et Concile IIP, page 104, No 199.)

Deux révérendes Sœurs, depuis quatre ou cinq ans, venaient bien tous les jours de l'orphelinat catholique de Burlington, faire deux petites classes à Winooski, l'une pour les filles et l'autre pour les garçons, mais elles n'étaient pas résidentes, obligées par conséquent de faire le trajet de l'orphelinat catholique de Burlington à Winooski tous les matins, par les froids les plus rigoureux de l'hiver, comme par les pluies incommodes de l'automne et du printemps. Le curé se fit autoriser par l'évêque à leur construire une maison proportionnée aux moyens et aux besoins du lieu, pour les avoir résidentes, et ajouter deux autres classes aux deux déjà existantes. Le 26 juillet, un appel fait à la congrégation pour venir en aide à l'exécution de ce projet éprouva un peu d'opposition de la part d'un certain nombre qui voyaient plus d'urgence à bâtir une église qu'une école. Comme leur manière de voir, sans être mauvaise, assurément, n'était pas la plus sage, on fit dans cette circonstance ce qu'il y avait à faire, on passa outre. Sur 1200 dollars de souscrits.

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il n'y eut que 738 dollars de payés. Avec cette somme, tout de même, nous entreprîmes, appuyés sur le revenu des bancs et comptant avec confiance sur le secours de la divine Providence, la construction en briques, d'une maison à deux étages, de 36 pieds de long par 30 pieds de large, avec cuisine en arrière. Au mois de septembre, l'entreprise fut donnée à M. Leclaire, pour la somme de trois mille piastres. Pour y asseoir la nouvelle maison, deux lots de terre furent achetés du même M. Leclaire, à raison de $250 chacun, en arrière des deux déjà occupés par la vieille école, et les travaux commencèrent. Le 7 janvier 1869, la maison étant prête, les religieuses en prirent possession. Sœur Olier du S. Sacrement fut chargée par sa communauté du temporel de cette nouvelle mission, ayant pour compagnes Sr Pierre d'Alcantara pour la classe des grandes filles et Sr Marie-Julie pour la classe des petites filles. Ces deux classes s'ouvrirent dans le couvent même. Sr Marie de la Croix, aidée d'une jeune fille de Midlebury, Vermont,

(iO HISTOIRE DK LA CONGRÉGATION CANADIENNE

Mlle Anna Burke, fut chargée de la classe des garçons dans la vieille école. Le 27 janvier 1869, le couvent fut béni par Monseigneur L. de Goësbriand. Pour l'entretien de la maison et la vie des religieuses, il fut entendu que les Sœurs exigeraient, de chaque enfant fréquentant leurs écoles, la gratification bien légère de 50 centins par mois, ce à quoi les gens s'astreignirent sans murmure, quoique impitoyablement obligés par la loi de payer taxe pour l'entretien des écoles publiques qui ne sont rien déplus que des écoles sans Dieu.

Achat du terrain de l'éc.lise

Le temps arrivait où il fallait pensera acheter un terrain pour y bâtir l'église. Déjà l'évêque en avait parlé plusieurs fois au curé. Ce terrain était déjà tout trouvé dans l'idée du curé. Dès les premiers jours de son arrivée à Burlington, une après-dîner, étant devant l'église St-Joseph et jetant les regards sur

Winooski, le panorama de la future église avec son cimetière, et le presbytère avec son bocage et ses jardins, se dessinèrent tout naturellement devant lui, dans la position qu'ils occupent aujourd'hui. Cette première pensée de faire l'établissement catholique en cet endroit resta fixée dans son esprit jusqu'à ce qu'il en eut obtenu la réalisation. Il fit en sorte qu'il put arriver à concentrer l'attention de l'évêque à cet endroit, bien persuadé d'avance que tout enchanté du lieu, l'évêque conviendrait que c'était bien là le plus beau site pour une église. Aussi quand le curé lui eut dit qu'il pouvait avoir ce terrain, dix arpents en superficie, pour quatre mille piastres, il lui donna immédiatement l'ordre de l'acheter. Vous pouvez l'acheter en votre nom, lui dit-il, vous me le transférerez quand vous l'aurez payé. Le 13 mai 1869, le contrat d'achat du terrain de l'église, du presbytère et du cimetière, qui est sans contredit le plus bel endroit de tout le village, fut fait et passé entre Frank Leclaire, vendeur, et J.-F. Audet, acheteur, pour la somme de quatre

C2 HISTOIRE DE I.A CONtJRÉGATION CANADIENNE

mille dollars ; 500 dollars comptant et le reste en sept paiements annuels de 500 dollars, avec intérêt à six par cent.

Erection et construction DE l'église (1869.)

Le terrain étant acheté, on agita la question de bâtir une église. Question toujours plus ou moins délicate, et quelquefois même très épineuse, parce qu'elle soulève toujours \ dans le public une multitude de divergences d'opinion, particulièrement dans sa location, le plan, le mode de construction, et surtout dans la manière de prélever les fonds nécessaires à la construction, qui vérifient bien souvent l'axiome reçu dans le clergé : çui bâ iii, pâtit.

Le 1 1 juillet 1869, une assemblée générale de tous les Canadiens intéressés à la construction d'une église fut convoquée pour aviser aux meilleurs moyens d'action pour en arriver à une réussite.

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Comme il y avait eu, quelques années auparavant, des difficultés à l'église St-Joseph de Burlington, entre l'évêque et les paroissiens, à propos des titres de propriété, pour ne pas transporter à Winooski, ces vieilles rengaines de fabrique, syndics et marguilliers, qui toutes très bien applicables et appliquées au Canada, parce que là, elles se revêtent de la double autorité du pouvoir civil et canonique, comme partie intégrante de la jurisprudence du pays. Mais ici, aux Etats-Unis, le Congrès ne reconnaît pas d'E- \ glise, et la laisse se tirer d'affaire, non pas toujours comme elle l'entend, mais seulement comme elle le peut, et voilà tout. Il fut clairement annoncé qu'il ne pouvait y avoir rien de semblable ici, que le seul mode jusqu'alors employé pour recueillir des fonds était la souscription volontaire et les collectes ou quêtes. Un vieillard — et où n'y en at-il pas, surtout dans une assemblée populaire — mais le nôtre avait été marguillier dans sa paroisse natale, imaginez-vous . . . , il était évidemment à craindre. Le voilà qui se

lève . . . Devant les oracles qui vont sortir de ■cette vieille machine branlante, que va donc devenir ce pauvre jeune curé, à peine âgé de 26 ans ? " Monsieur le curé, j'aimerais à savoir pourquoi on n'aurait pas dans l'Amérique une fabrique avec des syndics et des marguilliers comme au Canada. Au Canada, les curés ne se mêlent pas des affaires de la fabrique. Quand on bâtit une église, on fait une répartition, et ce sont les syndics nommés par la paroisse qui ramassent l'argent. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose ici ? Je trouve que les évêques ne devraient pas exiger que toutes les propriétés des églises soient à leur nom, et vouloir que les gens n'aient rien à faire avec l'église. Voyez-vous, nous autres dans le monde, on connaît naturellement le prix des choses, des matériaux qui entrent dans la construction d'une église. On connaît mieux l'ouvrage. Il y a parmi nous des maçons, des ouvriers qui, sans mépriser et sans dire que les évêques, les prêtres ne peuvent connaître comme les autres, connaissent mieux parce qu'il sont dans le métier ; ils

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peuvent faire les contrats avec les entrepreneurs, à meilleures conditions, et peuvent sauver bien de l'argent. Puis surtout, ça donne une satisfaction au monde, il prend intérêt à 1 église et sa va mieux. . .", et ainsi du reste sur le même ton. Lorsqu'il eut terminé son discours, le curé, sans s'émouvoir, lui donne la direction du IP Concile de Baltimore, approuvé par le Pape, sur ce qui regarde la gérance et le soin des biens de l'Eglise dans ce pays (IP Concile de Baltimore, page III et suivantes).

Partout, l'obéissance ou le respect que nous devons avoir pour l'Eglise, dit le curé, comporte toujours celui que nous devons avoir pour les évêques, dans le mode même de leur administration, surtout lorsque ce mode d'administration est approuvé par le Souverain Pontife, c'est ce qui a lieu ici. Soyons confiants dans la sagesse de nos évêques, qui connaissent bien mieux que nous les devoirs de leur charge. Il ne nous appartient pas de leur donner des leçons, mais c'est à nous d'en recevoir d'eux. Ce sont les évêques, père, lui

fut-il dit en dernier lieu, qui nous confirment, et par institution divine encore, ça, c'est dans tous les vieux catéchismes comme dans les nouveaux. — Un peu d'hilarité, et tout fut fini. — Quelques années après, ce bon vieux gallican, redevenu non pas ultramontain, c'était impossible, mais moins gallican, mourut dans de grands sentiments de foi et de pénitence. Immédiatement après ces réflexions de part et d'autre entre le curé et ce vieux Canadien, on passa sans plus ample discussion à la nomination d'un certain nombre de personnes dans Winooski, Colchester et Essexpour prendre une souscription et la collecter : la souscription ayant été préalablement approuvée par l'assemblée, comme le mode le plus acceptable pour arriver à construire l'église. Pour le village, furent nommés : Frank Leclaire, Bruno Pépin, Pierre Allard, Pierre Desautels, Pierre Fontaine et Louis Bérubé. Pour Essex : Mésippe Lavallée, David Guindon, Hyacinthe Laporte. Pour Colchester : John Grignon et Pierre Duprat. Et l'assemblée fut ajournée, sine die.

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Le 12 octobre, Monseigneur vint fixer l'emplacement de l'église, et quelques jours après, les travaux d'excavation pour y asseoir la nouvelle église, commencèrent.

Dans l'automne de 1869, messieurs François Leclaire, Bruno Pépin et Joseph Niquette, allèrent comme en députation auprès de l'évêque, pour lui demander s'il voulait bien venir en aide à leur nouvelle congrégation de Winooski, en voulant se servir de son influence pour disposer les intéressés de l'église St-Joseph de Burlington, que les citoyens de Winooski avaient quittés sans murmure, après en avoir été pour ainsi dire les fondateurs et les membres les plus fidèles, à leur accorder quelques secours en argent, sachant que cette église St-Joseph, qui avait été la leur, restait sans dette avec un bon revenu annuel.

Monseigneur leur demanda s'ils seraient satisfaits de recevoir de l'église St-Joseph, la somme de deux mille cinq cents dollars. Ils répondirent que oui. Eh ! bien, dit l'évêque, je donnerai ordre aux autorités de l'église

St-Joseph de vous payer deux mille cinq cents dollars En effet, l'ordre de 1 evêque fut communiqué au curé et aux paroissiens de St- Joseph, mais son exécution est encore à venir. De mauvaises langues ont osé dire que pour ne rien donner à Winooski, on s'était mis à l'œuvre immédiatement après le départ de l'évêque pour le grand Concile œcuménique du Vatican, en 1869, pour déchirer et jeter par terre la voûte de l'église de St-Joseph, pour en faire une autre qui ne valait guère la première, afin, disait-on, de créer une dette et par là une excuse pour ne rien donner à Winooski.

Le jubilé de 1870

A l'ouverture du grand Concile œcuménique, Le Pape Pie IX avait publié une encyclique ordonnant un jubilé dans toutes les églises du monde. Au mois de mars de cette année jubilaire, 1870, I\I. Charles Beaubien du diocèse de Montréal, fut invité à venir

prêcher ce jubilé aux Canadiens de Winooski. Pendant cinq jours, la salle où se faisaient les offices religieux fut constamment remplie, au point de décourager les confesseurs qui, au nombre de six ou sept, ne pouvaient répondre au zèle de la foule qui demeurait une grande partie des nuits à attendre aux portes des confessionnaux, le moment d'y pouvoir discuter leur conscience. M. Beaubien fut parfaitement bien écouté, et sa parole éloquente et persuasive fit rentrer dans le devoir plusieurs vieux pécheurs qui en ont gardé le plus heureux souvenir.

Travaux de construction

Les travaux de construction de l'église commencèrent le premier mai 1870. M. Leclaire en prit la direction générale, fournissant lui-même à un prix assez avantageux toute la brique et le gros bois de la charpente. Messieurs Pierre Villemaire et Pierre Fontaine, en société, entreprirent toute la maçonnerie,

à 90 centins la perche pour la pierre et quatre dollars et demi le mille pour la brique : 1 église fournissant la pierre et la brique, eux fournissant le reste. L'ouvrage en bois fut confié à G. Rouillard, charpentier, avec l'aide d'autres ouvriers communs, tous à leur journée de salaire. — Le 20 août, c'est-à-dire un peu plus que trois mois après avoir commencé, la maçonnerie et l'ouvrage de charpente étaient finis, et le 15 septembre, la couverture posée et l'église fermée aux intempéries.

Le 9 septembre, une somme de $2,500 fut empruntée à la Mutuel Life Ins. Co., à Montpellier, pour rencontrer les affaires de la Congrégation, et faire justice au salaire des ouvriers. Sur cette somme de $2,500, $1,550 furent données à IVL Leclaire pour la construction d'une toute petite sacristie et d'un bien humble presbytère.

Le 1 5 octobre, les dames du village organisèrent un magnifique souper, comme les dames canadiennes seules, disent les Américaines, savent en faire, qui donna à l'église

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un profit net de $240. Un autre souper le soir du Thanksgiving, (24 nov.) rapporta $200 de profit net.

Monsieur le curé dans son presbytère

Ce fut le 7 décembre au soir, 1870, que le curé put jouir enfin pour la première fois à Winooski du bonheur qu'on éprouve naturellement après beaucoup de travail, de se trouver chez soi. Il entra dans son presbytère. Placé sur le haut d'une côte, près d'un bois, un peu retiré du reste du village, dans le temps, ses paroissiens, gens naturellement bons et naïfs, trouvaient qu'il avait l'air abandonné. Vous devez vous ennuyer tout seul de même, loin des autres, dans le champ, lui disaientils. Le monde, en général, ne peut se faire à l'idée que la tranquilité de la solii:ude est plus agréable au prêtre que bien des compagnies avec toutes leurs distractions, surtout au prêtre qui veut être sérieux, homme d'étude et de prière. Il était vrai, tout de même, que les alentours étaient assez tristes

à voir, ce n'était qu'un champ inculte, couvert de broussailles et de souches, zigzagué de ravines ici et là, présentant à l'œil un aspect bien différent de ce que l'on voit aujourd'hui avec tant de plaisir.

Ouverture de l'église au service divin

Quoique l'église, à l'intérieur, ne présentât à l'œil que l'aspect d'une immense carcasse, n'ayant pour nous abriter que le toit et les quatre murs, nous préférâmes quitter la salle du Winooski Block, et entrer dans l'église telle quelle, pour l'occuper définitivement. Là au moins, on entrait chez soi — ce n'est pas peu dire.

Le i8 décembre, un beau dimanche, on y célébra la première messe, Monseigneur nous honora de sa présence et fit le sermon ; malgré toute la chaleur qu'il sut mettre dans le débit de son discours, il faillit tout de même se geler, tant il faisait froid. Dès ce moment, on

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cessa d'occuper la salle. Deux fournaises furent placées dans la cave de leglise, pour essayer de chauffer ce bâtiment de 1 20 pieds de longueur, 60 pieds de largeur, 55 pieds de hauteur, du plancher à la couverture, et une couverture en ardoise encore. On comprend que dans les grands vents froids, il devenait presque inutile de faire du feu. On demeura trois ans ainsi, sans qu'on ait eu connaissance cependant, que quelqu'un soit venu à l'église dans les grands froids, attraper son coup de mort. En même temps, un orgueharmonium, du coût de $450 était acheté pour aider au chant sacré.

Première vente des bancs dans l'église neuve

Le premier janvier 1871, furent loués les 150 premiers bancs dans l'église neuve.

Ces bancs furent vendus à l'enchère avec un tarif fixe pour chaque banc et rapportèrent

avec les primes, la somme ronde de $1474 dollars pour les trois premiers mois. Voici le règlement approuvé par 1 evêque pour tout ce qui concerne la location des bancs dans i eg-lise St- François- Xavier de Winooski, fait le premier janvier 1871, et publié le même jour au prône de la grand'messe paroissiale.

Règlement pour la régie des bancs

Les bancs de cette église sont loués à l'enchère. Le locataire d'un banc paie d'abord le prix d'adjudication, et obtient dès lors l'usage du banc pour trois mois. Tous les trois mois, ensuite, il est libre de garder l'usage du banc, pourvu qu'il paie au recteur de l'église ou au collecteur nommé pour cela, le prix du tarif mentionné le jour de la location générale des bancs. Toute personne qui n'aura pas payé le loyer de son banc le premier dimanche qui commence les trois mois sera considérée comme ayant remis à l'église l'usage de son banc, et alors le recteur, ou le collecteur du revenu des bancs, fera vendre ce banc d'après la méthode indiquée ci-dessus. .

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Toutes les fois qu'il deviendra nécessaire, soit pour l'embellissement ou la commodité de l'église, ou pour toute autre raison jugée nécessaire par l'évêque ou le recteur, qu'un ou plusieurs bancs soient raccourcis ou enlevés, le locataire ou les locataires du ou de ces bancs devront céder en bon accord l'usage de ces bancs à l'église. Les bancs vendus aujourd'hui, premier janvier 1871, et les jours suivants dans ces trois premiers mois-ci de l'année, aux personnesqui ont contribué àl'érection de cette église, seront considérés comme des bancs de familles aussi longtemps qu'elles les occuperont en payant bien fidèlement leur loyer à chaque trimestre, de sorte qu'au décès de ce premier locataire depuis la première location des bancs, sa femme ou son fils, par droit de reconnaissance pour la famille, pourra garder le banc, s'il n'en a pas d'autre, pourvu qu'il paie à l'église une piastre et le tarif ordinaire.

Le présent règlement ne pourra être changé que par l'autorisation de l'évêque.

J.-F. AuDET, ptre, recteur.

Pour accomplir la promesse faite à la congrégation que si elle se montrait généreuse dans la construction de son église, une mission lui serait donnée, les Pères Lagier et Barreau furent appelés à ouvrir une retraite le 25 mars pour la terminer le 3 avril, tenant lieu des pâques. Au delà de mille personnes s'approchèrent des sacrements. L'entrain du zèle amena plusieurs personnes charitables à faire des dons à la nouvelle église, tels que garnitures d'autel, voile de tabernacle, nappe de communion, etc. Les statues de la Sainte Vierge, de St Joseph et de Notre-Dame de Pitié, firent leur entrée dans l'église à cette époque. Les demoiselles de la congrégation de Marie présentèrent la garniture de grands chandeliers d'argent qui décorent encore aujourd'hui le maître-autel.

Le 17 septembre 187 1, Mgr l'évêque fit sa première visite pastorale à l'église de Winooski. Il officia pontificalement à la grand'messe et chanta les vêpres dans l'aprèsmidi. Sur les 5 hrs du soir, il donna la con-

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firmation à cent dix personnes. Il insista, dans ses remarques à la congrégation, sur l'obligation des parents d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques, félicitant les paroissiens de leur zèle et du plaisir qu'il éprouvait de les voir dans leur église, exprimant le désir que dans sa prochaine visite, il aurait la satisfaction de voir la voûte faite, et tout l'intérieur terminé. Pour réaliser le désir de sa Grandeur, et faire faire la voûte au plus tôt, le curé, au printemps suivant, demanda aux paroissiens de lui donner le prix d'une de leur journée d'ouvrage. Le 30 juin 1872, un grand nombre s'approchèrent de la balustrade pendant le service divin, et déposèrent entre les mains du curé le prix de cette journée d'ouvrage qui s'éleva à $556.

Le 15 août de la même année, on ouvrit une souscription toujours dans le même but, de finir l'intérieur de l'église, surtout de faire faire la voûte. C'était horrible, l'hiver, que d'entendre la messe dans cette église si vaste ; il fallait être armé d'une forte santé, et encore d'une plus grande foi pour venir s'ex-

poser pendant une heure et demie dans une atmosphère tellement endiablée de froidure que depuis novembre jusqu'en avril, elle ne permettait pas même à l'eau bénite de dégeler. Nous ne savons plus tout ce que nous avons souffert durant les trois hivers que nous avons été dans cette église sans voûte, mais maintenant que c'est passé, il ne nous reste que le plaisir d'en parler.

Cette souscription n'eut pas tout le succès qu'on était en droit d'en attendre. Tout de même, le 1 1 décembre 1872, l'entreprise de la voûte fut donnée à G, Rouillard.

Pour la somme de $2,500, le dit G. Rouillard s'obligea de faire toute la voûte, les colonnes, le jubé, les sculptures aux chapiteaux selon le plan de l'église fait en petit et en détail par le R. Père Michaud, Clerc de St-Viateur, du diocèse de Montréal, et à donner quatre couches de peinture à ces ouvrages en bois. La congrégation s'engageait à lui fournir la matière brute : le plâtrage et la boisure autour de l'église et au chœur non compris.

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Bazar- LOTERIE

Pour remédier à l'insuccès de la souscription, on organisa pour le 25 février 1873, un bazar-loterie qui rapporta la somme de $1,300. Deux lots à bâtir furent tirés à la loterie : un donné par M. François Leclaire et l'autre par le curé. Le lot donné par M. François Leclaire fut gagné par un jeune Dubrule, et le lot donné par le curé, par une Demoiselle McCarty, de Brattleboro.

Un cheval avait été donné aussi à cette loterie qiii excita beaucoup l'anxiété d'un vieil infidèle pauvre, le vieux Brown. Il avait pris un billet de 25 cents sur ce cheval, si bien assuré de le gagner qu'il s'acheta un licou, et tous les soirs, à la grande hilarité de tout le monde, le vieux Brown arrivait au bazar avec le licou sous le bras ; enfin le cheval ne sortit de l'urne que le dernier soir, et par l'infortune du sort, il ne fut pas l'heureux gagnant, inde irœ. Le vieux, furieux, montrant

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le poing aux messieurs qui présidaient au tirage, les accusa de l'avoir brutalement triché, — assuré que c'était lui qui devait avoir ce cheval-là, parce que trop vieux pour travailler, il lui était nécessaire pour gagner sa vie à pedler. Messieurs Edwards, Leclaire et Jubell qui dirigeaient la loterie cherchèrent en vain à le calmer, s'efforçant de lui faire comprendre que c'était même impossible, de pouvoir le tricher ; le vieux ne voulut rien entendre, et sortit en les envoyant tous au diable. — Aucun d'eux n'eut garde de l'écouter. — Quelque temps après, le vieux mourut d'une indigestion.— Serait-ce de ce cheval ? — Son docteur n'a pu le constater.

Une société de secours mutuel, sous le nom d'Union Catholique, qui mourut malheureu- \ sèment d'infidélité quelque temps après, ayant \ manifesté un grand désir de célébrer la fête \ nationale du 24 juin, la paroisse fut appelée à venir en aide pour organiser au profit de l'église un dîner public qui rapporta la somme de $500. Ce fut un jour de . fête bien célébré ; tout le monde fut satisfait,

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même enchanté de la journée. Les sociétés de Burlington, Montpellier, St-Albans, Ver- \ gennes et même de Plattsburgh prirent part \ à cette célébration. L'ordre dans la procession, à l'église et ailleurs, fut on ne peut mieux observé, à l'étonnement des Américains, qui se figuraient toujours que les Canadiens, parce qu'ils sont pauvres, ne peuvent jamais rien faire de grand. Aujourd'hui, ils en sont bien revenus de cette impression sur notre compte. Depuis un certain nombre d'années, l'élément canadien de la Nouvelle-Angleterre, a montré en mainte et mainte circonstance qu'il n'était pas inférieur sous aucun rapport à aucun autre élément de nationalité différente, pour la bonne raison qu'il est sincèrement catholique, obéissant et respectueux à l'égard du clergé, qri est un corps d'hommes supérieurs par la science, le tact et la dignité. — Preuve, c'est que du moment que le Canadien s'éloigne du prêtre, il perd sa dignité, sa jovialité, sa politesse naturelle : il devient stupide et grossier.

Formation d'un conseil de fabrique

Au commencement d'août 1873, l'évêque de Burlington manifesta au curé, dans une lettre qu'il lui écrivit, l'intention de former un conseil pour la direction des affaires temporelles de la congrégation. Aux suggestions qui lui furent faites, voici ce qu'il décréta :

A Monsieur J.-F. Audet, curé de l'église de St- François- Xavier,

Winooski Falls, Vermont.

Monsieur,

Comme les Canadiens catholiques de Winooski ont maintenant le bonheur d'avoir une belle et grande église, un couvent, un cimetière, un presbytère et un pasteur résident, avec l'espérance, pour ne pas dire la certitude d'avoir toujours désormais un prêtre vivant avec eux pour les desservir, je crois que le temps est venu de donner pour l'administration de la paroisse des règlements spéciaux, tels qu'ils m'ont paru propres à assurer pour l'avenir le bien de cette bonne pa- |

1!ki Ml I'ki'IN,

iiC- i\ Voi-chères, P. Q., un 1827; iliVédû ;\ Wiiiou.-ki, \t., en l'.Hi:;. .Serviteur fidi^le et dévou*'', il fut collecteur du revenu des bancs de r<^gli9e jusqu'à sn mort, pcndnnt .H.'> uns, siins jiiniiiis vimloir ncccjiter iiurune rf-niun^rntion.

roisse. Voici ce que je vous prie de publier comme sanctionné par l'évêque de Burlington :

Règlement pour l'administration temporelle de la paroisse St- François- Xavier, Winooski, Verm.ont.

I. — L'évêque nomme le prêtre, fixe son salaire, le remplace s'il le juge à propos, et dirige tout ce qui regarde les choses spirituelles de la paroisse.

2. — Le curé sera aidé dans l'administration temporelle des affaires de la paroisse par trois conseillers dont l'un sort tous les ans, mais le conseiller sortant sera rééligible.

3. — Je nomme comme membres du premier CONSEIL MM. François Leclaire, Joseph Niquette et Bruno Pépin.

4. — Quand viendra le temps de remplacer le conseiller sortant, le curé et les deux conseillers restant choisiront eux mêmes parmi les paroissiens le remplaçant. Mais pour être nommé conseiller, il faut être catholique, fidè le à ses devoirs religieux et digne de respect en tous points.

5. — Je veux que M. le curé soit non seulement le président du conseil, mais encore le secrétaire et le trésorier de la paroisse.

6. — L'office des conseillers consistera à aider M. le curé par leur coopération dans l'administration des affaires courantes de l'église, à l'aider de leurs avis dans les affaires de construction ou amélioration, et ils seront tenus au courant des recettes et des dépenses, et aideront le pasteur à recueillir les argents dus à l'église.

7. — L'évêque devra être consulté dans les \ cas ou le conseil croirait à la nécessité d'une dépence extraordinaire de $300 ou plus, et son consentement devra être obtenu avant de commencer une entreprise ou travail de cette nature.

8. — En conformité aux rèsfles du Concile plénier de Baltimore sanctionné par Notre St-Père le Pape, le curé nomme l'organiste, les chantres, le bedeau et sacristain, en un mot, tous les officiers de l'église, et a la charge exclusive de toutes les écoles.

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