‹ Histoire de la Congrégation de Notre-Dame de ReimsChapitre 11 sur 35 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

(Marie-Anne JUDAN)

Election de Mève Saint-Alexis. — Sa vie. — Acquisition du couvent des Antonins. — Acquisition d'une partie de l'abbaye de Saint-Pierre-les-Daraes. — Souvenirs de ces deux maisons.

EUF mois s'écoulèrent dans cette situation anormale. La paix et le bon ordre n'eurent pas à en souffrir, grâce à l'humilité et au bon esprit des religieuses. Il était toutefois évident que cet état de choses ne pouvait se prolonger davantage sans compromettre l'avenir.

La communauté ressentait douloureusement le vide qui s'était fait dans son sein. Mais personne n'osait se dévouer pour prendre la direction. Les Mères anciennes, par sentiment de modestie, redoutaient le fardeau et abritaient leur refus derrière leur grand

âge ou leurs infirmités. Les plus jeunes comprenaient, outre la réserve qui leur était commandée, qu'elles manquaient d'expérience et qu'elles n'étaient pas encore assez initiées aux traditions de l'Ordre.

Il fut enlln décidé qu'on ferait une élection rég-ulière, et l'on choisit à cetefTetledix-huit janvier 1818. En l'absence de l'évêque de Meaux, et à défaut de supérieur majeur, la communauté invita quelques ecclésiastiques de la ville à y assister. Les suffrages se portèrent sur Marie -Anne Judan, Mère Samt- Alexis, ancienne professe de la Congrégation de Laon, venue à Reims avec sa sœur en 1816. Elle était âgée de soixante-quatre ans, et devait son élévation aux rares qualités dont elle avait fait preuve depuis son entrée dans la maison.

Marie-Anne était née en 1754, à Vervins, d'une honnête famille. Son père se nommait Simon Judan, et sa mère Marie-Madeleine Robert. Elle manifesta, dès son enfance, des sentiments de tendre piété. A l'âge de neuf ans, fidèle aux catéchismes de sa paroisse, elle espérait être admise à la première communion; mais quand on lui apprit que son âge l'obligeait à attendre quelques années encore, elle fut inconsolable de ce délai.

A quatorze ans, elle entrait comme pensionnaire à la Congrégation de Laon, déjà bien résolue, au fond de son cœur, à se consacrer à Dieu. Cependant sa vocation subit une éclipse, et ses pensées se retour-

nèrent vers le monde. Un jour qu'une respectable Mère lui disait gTavement : « Mademoiselle, vous serez religieuse chez nous, » elle prit cette prédiction en mauvaise part, et répondit toute c(»ntrariée : « Madame, j'en serais bien fâchée ! » Mais Dieu, qui avait des desseins particuliers sur cette belle âme, fit bientôt renaître en elle, plus vif que jamais, le désir qu'il lui avait inspiré le jour même de sa première communion.

Avertis de son intention, ses parents la firent sortir du couvent et la produisirent dans le monde, afin de l'éprouver. Pendant six mois, elle subit la contrainte qu'on lui imposait, mais sans cesser de faire instance pour obtenir sa liberté. Elle l'obtint enfin, et se hâta d'en profiter pour retourner à Laon, où elle fut reçue parmi les novices sous le nom de sœur Saint-Alexis. Bientôt après, elle fut admise à la profession. Sa sœur cadette, Marie-Madeleine, alla la rejoindre un peu plus tard.

Sœur Saint-Alexis , une fois consacrée à Dieu , s'adonna au travail de sa perfection avec une ardeur qui fit craindre pour sa santé, et qui obligea ses supérieures à lui imposer des règles de modération. A un caractère aimable et oblig-eant elle joignait le don si rare de conseil ; mais elle n'en usait qu'avec grande prudence. L'affection que lui portait toute la communauté permettait aux supérieures, malgré sa jeu-

nesse, de se reposer sur elle de plusieurs affaires importantes, sans crainte d'exciter l'envie.

Elle vivait heureuse dans son couvent, quand la Révolution vint la forcer d'en sortir. Nous avons dit en son lieu comment elle se retira, avec sa sœur, chez sa mère qui vivait encore, et comment toutes deux s'occupèrent, selon l'esprit de leur vocation, de l'instruction des jeunes filles.

Mais à la première nouvelle que la Congrégation de Reims s'était reconstituée, elles demandèrent à y être admises, n'ayant pas de plus vif désir que de finir leurs jours dans un monaslère. Elles y entrèrent le premier mai 1816. Il fallut bien peu de temps à la communauté pour apprécier leur mérite. Mère Saint- Alexis s'étant surtout fait connaître par la prudence de ses conseils et par son aptitude pour la direction, ses sœurs n'hésitèreiil pas, bien qu'elle fût étrangère, à la mettre à leur tête pour remplacer la Mère Porriquet.

Sa première préoccupation, dès qu'elle eut pris en mains le gouvernail , fut de chercher une nouvelle installation, qui répondit mieux aux besoins croissants de la communauté.

Le local des Magneuses, qui avait toujours été insuffisant, le devenait chaque année davantage. Il n'était pas possible , malgré la bonne volonté , d'y observer exactement les pratiques ni le cérémonial de la vie religieuse.

Le réfectoire était, en effat, une simple pièce de famille, sans aucune disposition monastique. La chapelle, qui n'avait pas de grille, était commune aux religieuses et aux gens du monde. Quand on l'ouvrait pour la messe, les religieuses devaient se retirer à la tribune, et, pour la communion, elles se présentaient à la porte de la sacristie, placée sur un côté du sanctuaire. C'était à peine si quelques-unes d'entre elles avaient une cellule personnelle: les autres vivaient par petits groupes dans des chambres communes. L'unique parloir était sans grille, et rien n'y séparait les religieuses des séculiers qui leur faisaient visite. Le pensionnat ne comptait que quatre classes, faute d'espace pour en établir d'autres. Les pensionnaires, demi-pensionnaires et externes étaient réunies dans les mêmes classes ; et un seul dortoir abritait toutes les internes.

Malgré le vif désir des religieuses, il avait fallu, faute d'espace, retarder jusqu'en 1814 l'installation des classes gratuites. Enfin la commission des hospices, en louant la maison, s'était encore réservé le droit de tenir ses séances dans la grande salie qui servait de sacristie.

Cependant, un nouveau bail de neuf ans avait été fait en 1817. Mais la commission hospitalière refusant de faire les réparations nécessitées par la vétusté des bâtiments, et, d'autre part, la Ville pressant les religieuses de lui abandonner cette maison pour y étan 13

blir le bureau général des postes, il devenait impossible de prolonger cette situation sans exposer gravement l'avenir de la communauté.

Il fallut donc se mettre en quête d'un nouveau local. L'ancien couvent de Saint-Denis était à vendre ^ Pendant la Révolution, il avait servi de mag-asin, de collège et d'hôpital militaire. Depuis, on en avait fait une caserne pour les Russes, et, en dernier lieu, le siège de la sous-préfecture. Par sa position centrale, il tentait les dames de la Congrégation ; mais elles craignirent, en même temps, que l'aération n'en fût insuffisante pour une communauté cloîtrée.

Tandis qu'elles réfléchissaient et priaient , elles furent averties que M. Dérodé -Jamin cherchait à vendre sa filature, située dans la rue de l'Université. Ce bâtiment était fort à leur gré. Etabli dans un quartier très sain, bien aéré, près des remparts, il formait un vaste ensemble, avec deux cours, un jardin, des celliers, des remises, et plus de quatre-vingts pièces habitables.

Une fois leur parti pris, et il le fut vite, Mère Vincelet court chez AI. Dérodé et entre en pourparlers avec lui. « Ma maison, lui dit-il, vaut cent mille francs, mais puisque vous me la demandez, Madame, pour votre communauté, je vous la céderai pour soixante mille. Je veux faire cette bonne œuvre. » Sur l'heure,

^ Aujourd'hui le grand séminaire.

l'affaire est conclue et la communauté rend grâces à Dieu d'un succès où le doigt de la Providence était si visible (1820).

Au premier bruit de cette acquisition , quelques industriels qui convoitaient l'établissement éclatent en murmures, et portent plainte à la Ville, faisant opposition à la vente, comme dommageable au commerce de Reims. Mais l'autorité civile, respectueuse des droits de la liberté, prêta son appui aux religieuses, et les mécontents finirent par se résigner.

L'établissement acheté par la Congrégation n'était autre que l'ancien couvent des Antonins.

Les Antonins, ou religieux de Saint Antoine, s'étaient établis à Reims sur la fin du xiv° siècle. L'Ordre avait pris naissance au xi^ siècle. Des malades, attaqués du feu sacré, ayant obtenu leur guérison en faisant un pèlerinage au village de Saint-Didier, près de Vienne, en Dauphiné, où l'on vénérait les reliques de saint Antoine, premier ermite^ s'étaient dévoués, par reconnaissance, au culte du saint et au service des malades qui recouraient à son intercession.

Appelés à Reims, où cette maladie s'était déclarée, ils furent logés dans un hôpital fondé par l'archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains, et déjà nommé hôpital de Saint-Antoine. Pendant trois siècles qu'ils y demeurèrent, ils se consacrèrent avec beaucoup de dévouement au service des malades et des pauvres

de la ville. Ils relevaient de la maison des Antonins de Troyes.

En 1749, leur église tombant en ruines, l'archevêque Armand-Jules de Rolian les obligea à la reconstruire, ainsi que d autres parties du couvent '.

En 1775, les Antonins de France furent réunis à l'Ordre des chevaliers de Malte. Le commandeur de Reims prit possession de l'hôpital de Saint- Antoine, fit chevaliers les deux religieux qu'il y trouva, et vendit l'église avec ses dépendances à l'abbesse de Saint-Pierre-les-Dames 2.

L'abbesse, Jacqueline de Lauzières de Thémines, en abandonna le mobilier à quelques communautés, et loua tout le couvent, malgré l'archevêque, à des gens de commerce.

A la suite de la proscription des Ordres religieux, l'église de Saint-Antoine et les bâtiments annexés furent mis à l'encan, et vendus cinquante mille francs à M. Deligny-Declèves. Ils passèrent de ses mains, en 1807, entre celles de M. Dérodé-Cornette, puis entre celles de son fils, M. Dérodé-Jamin, qui fit construire, dans la chapelle, une très belle filature.

< La date de la reconstruction, 1747, se voit encore sur la clef (l'une des fenêtres placées au-dessus de la grande porte.

2 L'acte de vente, du trois février 1780, avec tous les papiers qui s'y rattachent, se trouve aux archives actuelles de la Congrégation. L'abbesse acheta la chapelle 28,000 livres, à charge d'acquitter quatorze services de messes qui y étaient attachées

Napoléon et Marie-Louise la visitèrent, lors de leur passage à Reims, comme le chef-d'œuvre de l'industrie rémoise. La machine à vapeur était une des premières qui furent établies dans la ville; elle était alimentée par un immense puits, creusé dans les caves, sous la chapelle, et d'un débit de quarante hectolitres d'eau à l'heure.

M. Dérodé, pour faciliter la vente du matériel de son établissement, s'était réservé un délai de cinq ans avant l'entrée en jouissance de la communauté. Mais sa mort, survenue peu de temps après, permit d'abréger ce délai. Les travaux d'aménagement du local destiné au pensionnat furent achevés on 1824. Le vingt-neuf juin de la même année, on en prit possession, et, au mois de décembre, rancienne chapelle fut rendue à sa destination.

Peu de temps avant d'entrer dans leur nouvelle propriété, les religieuses delà Congrégation avaient saisi au vol une occasion propice, et acquis, en 1822, une maison attenante au couvent des Antonins, et qui avait fait partie de l'ancienne abbaye de Saint-Pierreles-Dames.

Elle se composait de deux petits corps de logis, dont l'un, nouvellement construit, prenait jour sur la rue neuve de Saint-Pierre-les-Dames, et l'autre, remontant au xvi° siècle, occupait le fond de la cour. C'est là qu'elles projetaient d'établir leur externat gratuit.

Ainsi, par une heureuse conduite de la Providence, d'autres religieuses allaient reprendre la place de celles que la Révolution avait dépossédées.

A cette acquisition s'en joignirent en effet quelques autres dont nous parlerons bientôt, et qui établirent réellement la communauté de la ConoTé^ation de Notre-Dame dans une partie notable de l'ancienne abbaye de Saint-Pierre-les-Dames.

On nous permettra donc, pour relier le présent au passé, de tracer ici, en peu de mots, un aperçu historique de cette illustre maison et d'évoquer quelques-uns des souvenirs attachés à ses murs^

Sous le roi Childéric II, la vierge Bove, fille de Sigebert, roi d'Austrasie, forma le dessein de renoncer à toutes les grandeurs humaines et de fuir le monde, pour devenir l'humble servante de Jésus-Christ. Son frère, Baldéric ou Baudry, qu'elle aimait tendrement, aspirant comme elle à la perfection, ils abandonnèrent tous deux la cour, au grand regret de leur royale famille, et ils se rendirent à Reims.

Il y avait, près de cette ville , un monastère de filles, fondé par la reine sainte Clotilde, et situé à peu de distance des murs. La vierge Bove s'y retira et y vécut saintement pendant plusieurs années.

^ Prosper Tarbé, Reima, ses Rues et ses Monuments, in-4*>, 1844, chez Quenlin-Dailly. Nous lui empruntons la plupart des détails historiques qui vont suivre.

Mais comme ce monastère était exposé à tous les dangers de la guerre, Bove et son frère Baudry firent construire dans l'intérieur de la ville, en 6.^5, un magnifique couvent. Bove y vint demeurer en 670, et y amena toutes les religieuses de l'ancien monastère. L'archevêque de Reims, saint Nivard, qui était son proche parent, en dédia l'église sous le vocable de la sainte Vierge et de saint Pierre, prince des Apôtres, dont le couvent prit le nom.

Elue abbesse du nouveau monastère , Bove y établit, selon la croyance commune, la Règle de saint Benoit; et, après y avoir vécu dans toutes les pratiques de la perfection chrétienne, elle mourut sur la fin du siècle, laissant une mémoire entourée dé Fauréole de la sainteté.

Dode, sa nièce, fut l'héritière de son mérite et de sa dignité. Formée à la piété par son illustre tante, elle se sanctifia comme elle par l'observation la plus exacte de sa règle. A l'avènement de Pépin-le-Bref, elle obtint de ce prince pour son monastère de magnifiques privilèges. Elle quitta la terre pour le ciel vers 7o4.

Les restes vénérables de ces deux saintes abbesses furent d'abord déposés dans un cercueil, au pied des anciennes fortifications de la ville. Par dessus, on érigea une grande croix de pierre, qui prit plus tard le nom de Croix de Sainte Bove, et qui subsista jus qu'au xvi'' siècle,

Les miracles opérés par rinlercession de sainte Bove et de sainte Dode engagèrent les religieuses à exhumer leurs reliques, et à les renfermer dans des châsses, qui furent portées à l'église du couvent de Saint-Pierre, où on les conserva avec grande vénération.

Un noble rémois, saint Gombert, avait fait aussi bâtir, en l'honneur de saint Pierre, un couvent de vierges, près de la porte Basée. Ces deux couvents, par suite de la similitude de noms, furent souvent confondus par les auteurs. On donna au dernier, pour le distinguer de l'autre, le nom de sainte Mariela-Rotonde, à cause de la forme de son église.

Les religieuses de Saint-Pierre-les Dames portèrent, jusqu'en 1328, le nom de chanoinittes de Saint- Benoit, dont elles continuèrent à suivre la règle. Nuit et jour elles chantaient les louanges de Dieu, et jamais le service divin n'était interrompu dans leur église.

Jusqu'au début du xwif siècle, leurs vêtements et leur linge restèrent en commun. Leurs chemises étaient de serge, et leurs robes, de laine blanche. En 1650, elles adoptèrent un costume noir.

Leur monastère, qui prit peu à peu une très grande importance et qui parait avoir absorbé les propriétés de celui de Sainte-Marie-la-Rotonde, s'ouvrait généreusement à toutes les religieuses des couvents situés hors de la ville, que la guerre forçait souvent à chercher un refuge ^ l'intérieur des murs.

Ses revenus étaient des plus considérables. Lorsque l'abbaye fut mise en commende, vers le milieu du xvi" siècle, l'abbesse, qui, d'après l'usage, recevait le tiers du revenu total, eut pour sa part une rente annuelle de ving-t mille livres. Mais si l'importance de ces biens était capable d'exciter l'ambition , il faut aussi reconnaître que toutes les abbesses surent en faire le plus noble usage.

Et comment ne l'eussent-elles pas fait ? Elles sortaient pour la plupart des premières familles de France. L'illustre maison de Lorraine se fit elle-même un honneur d'en fournir plusieurs.

Renée de Lorraine, sœur du célèbre cardinal archevêque de Reims, Charles de Lorraine, et tante de la jeune Marie Stuart, gouverna la maison avec éclat durant la dernière partie du xvi® siècle. Sa nièce, Renée II de Lorraine, lui succéda, de 1602 à 1626, et sa petite nièce, Françoise-Renée de Lorraine, dirigea encore l'abbaye de 1639 à 1644. La fin du xvii° siècle, jusqu'en 1711 , fut occupée par deux femmes de haut mérite, Catherine-Angélique d'Orléans-Longueville et Marguerite-Angélique de Béthune \

* Voici la nomenclature des cinquante-huit abbesses de Saint-Pierre -les -Dames, empruntée, en grande partie, au Gallia Christian(i,i. ix, p. 271, édition de 1751.

Sainte Dove élue vers 670

Sainte Dode morte vers 734

Les noms des dix-sept abbesse$ suivantes sont extraits

«Ul II ■■ ■ ■' -- - ■ ■'■■ —.■■-■—■■. ■ -■■■ I ...i— I .,———■■ ,,..,— - , , i.i. . . ■■■—

Toutes ces nobles abbesses et celles qui les suivirent, firent exécuter tant de travaux dans le couvent et dans l'ég-lise, que l'histoire ne les connaît plus guère que tels qu'elles les ont laissés.

L'abbaye se composait de Tég-lise, du cloître, des bâtiments destinés aux religieuses, de ceux que se réservait Tabbesse, de plusieurs cours, de vastes jardins qui se prolongeaient jusqu'aux remparts, et enfin du cimetière.

d'un nécrologe du monastère, mais sans ordre chronologique: Helvide, Renilsende,

Rixende, Helende,

Hildeburge, Agnès,

Aélide, Himiltrude,

Hermengarde, Adèle,

Eustasie, Chrétienne,

Clarice, Ragentrude,

Rissende, Mathilde,

Falsende, Odile,

Frédesinde, vers 1095

Elisahefh I H19 H34

Hermengarde II H34 H45

Sibylle 1 1145 1163

Asceline 1163 1164

Sibylle II 1164 1165

Gèle 1165 1195

Ledwide 1195 1201

Elisabeth II 1211 1219

Guiburge.. 1219 1250

Sibylle III 1250 1263

Cécile 1 1263 1284

Marie 1 1284 1297

Emmeline de Neuville , 1297 1303

Le palais abbatial était situé au fond de la cour dont la porte crénelée donnait sur la place Saint- Pierre et lui faisait face. Aujourd'hui la rue Saint- Pierre-les-Dames traverse l'emplacement de cette cour d'honneur, et coupe ce palais en deux. Le corps de logis, qui occupait le milieu, a disparu pour faire place à la rue ; les deux pavillons plus élancés, qui le terminaient de chaque côté et formaient ailes en retour, subsistent encore, l'un à gauche et l'autre à

Isabelle de Saint-Lambert 1306

Emmeline II 1307

Marguerite de Saint-Lambert 1315

Marie de Humont 1316 1328

Cécile de Saint-Lambert 1328 1340

Marie de Sainte-Livière 1341 1343

Jeanne de Haute-Verne 1343 1363

Catherine de Berrieux 1363 1366

Catherine de Beau-Ruisseau 1366 1374

Thomasse Thésart 1374 1394

Matthieue de Lonroi 1395 1439

Jeanne de Riveri 1439 1471

Jacobe de Lor 1471 1474

Jacobe Dubos, ou Dubois 1474 1517

Jacobe de Grandpré ! 1517 1532

Renée de Lorraine 1532 1602

Renée II de Lorraine 1602 1626

Marguerite Kirkaldi 1626 1639

Françoi=;e de Lorraine 1639 1644

Catherine-Angélique d'Orléans-Longueville. . 1645 1653

Marguerite-Angélique de Béthune 1653 1711

Isabelle de Royede Roucyde la Rochefoucauld 1711 1744

Marthe-Charlotte de Roye<le la Rochefoucauld 1744 1762

Jacqueline de Lauzières de Thémines 1762 1792

droite de la rue. Celui de droite fait partie du couvent de la Congrégation.

Ces deux pavillons sont construits en briques maintenues entre des arêtes de pierre de taille. Les portes et les fenêtres étaient ornées de sculptures, dont la plupart ont disparu. iVu sommet, les armes de Lorraine étaient sculptées dans desécussons aujourd'hui mutilés. Les gouttières se terminent en gueules de lion. Le sous-sol se compose de celliers remarquables, divisés en plusieurs berceaux de voûtes, dont les élégantes nervures viennent se reposer sur des colonnes placées au centre. C'étaient les cuisines de l'abbaye. On ne s'étonnera pas de leur importance, si Ton songe aux illustres hôtes que recevait souvent le monastère.

Dans chacun de ces pavillons, à l'un des angles, on peut admirer un escalier aussi artistique que monumental. Il est tout en pierre dure. Ses soixante-dixsept marches se déroulent en spirale autour d'une colonne qui est formée par leurs extrémités arrondies et disposées de telle sorte, qu'en se superposant, elles se servent à elles-mêmes de point d'appui.

Dans le pavillon de gauche, qui fait actuellement partie d'une immense filature, se trouve, au premier étage, une salle, connue sous le nom de Salle de la Ligue. C'est là que, sous le règne d'Henri III et d'Henri IV, les princes de Lorraine et les membres de la Ligue se réunissaient pour délibérer. Le pavé

est composé de dalles oclogonales, allongées et séparées par d'autres dalles plus pelifes, carrées et circulaires. Toute la salle était jadis tendue de velours vert. Mais une loge de francs-maçons, qui s'y installa pendant quelques années, fit disparaître tout ce qui pouvait en rappeler l'origine et tous les souvenirs qui s'y rattachaient.

Dans le pavillon de droite, bâti par Renée II de Lorraine, en 1601 et 1602, et compris dans les bâtiments actuels de la Congrégation, se retrouve une salle de mêmes dimensions. Elle a huit mètres de côté et reçoit le jour par deux vastes fenêtres à petits carreaux. Les murs sont couverts de fresques, représentant des marines, des cascades, et les ruines d'une porte trajane à Rome.

L'église de l'abbaye pouvait prendre rang parmi les plus beaux monuments de la ville de Reims , comme l'attestent les dessins qui nous en ont été conservés. Toutes sortes de motifs auraient dà la sauver de la destruction, si la Révolution était capable de respecter quelque chose. Les beaux-arts l'avaient, en effet, à ditrérentes époques, relevée, entretenue et décorée.

Le portail avait été reconstruit au xvi" siècle sous Henri II. Le style de la Renaissance y avait jeté à pleines mains toutes ses richesses décoratives. La porte du milieu, la seule qui y donnât accès, était formée par un cintre de très grande élévation. Douze

élégantes colonnes divisaient le premier étage de la façade. Ce premier ordre d'architecture était surmonté de deux autres, élégamment décorés de niches, de statues et de brûle-parfums. Chacune des deux tours se terminait par un dôme flanqué de quatre clochetons. Le milieu de la façade était rempli par une gracieuse rosace, surmontant une belle galerie, et dominée elle-même par la statue de saint Pierre ; qui formait, avec ses accessoires, l'armortissement de la corniche.

L'intérieur se composait d'une nef principale s'appuyant sur deux bas-côtés. Seize piliers soutenaient la voûte. Les nefs latérales se terminaient par un mur plat, et la nef médiane par une abside, qui renfermait l'autel principal. En avant de l'autel, le chœur, où les Dames de Saint-Pierre assistaient à l'office. Un magnifique pavé de mosaïques s'étendait sous leurs pieds. En 1665, Marguerite de Béthune le remplaça par des dalles. La grille, qui séparait le chœur du sanctuaire, portait les châsses de sainte Bove et de sainte Dode.

La décoration intérieure de l'édifice était des plus somptueuses ; on y avait prodigué le marbre et les sculptures. Le maître-autel était rehaussé de huit colonnes de marbre, et le tabernacle en bronze doré offrait de magnifiques ciselures. Un saint-sépulcre et un autel des trépassés attiraient les regards par leurs élégantes proportions.

Les abbesses ayant presque toutes leur sépulture dans l'église, les tombeaux et les pierres tumulaires s'y voyaient en grand nombre. Ici, devant la g-rilledu cbœur, sous de petites cloches destinées à marquer la division des offices, reposent Frédcsinde et Guiburge. Là, devant l'autel des trépassés, c'est la tombe de Cécile. Ce beau tombeau de marbre, placé en avant du chœur, renferme les restes de Renée de Lorraine, ceux de sa nièce, qui lui succéda dans sa dignité, et ceux de ses deux sœurs, Marie de Lorraine, reine d'Ecosse, et mère de l'infortunée Marie-Stuart, et la turbulente duchesse de Montpensier, l'une des têtes les plus ardentes de la Ligue.

Un peu plus loin, sous une stèle de marbre, sont déposés le cœur du cardinal Charles de Lorraine, frère de Renée l""", l'illustre archevêque et le bienfaiteur de Reims, et celui de son neveu, Louis de Lorraine , frère de Renée II, qui parut rarement sur son siège archiépiscopal.

Près de ces tombeaux de famille, reposent encore le cœur du cardinal de Guise, massacré à Blois, et celui d'un autre prélat d'origine anglaise, le cardinal Giffort, qui fut aussi archevêque de Reims '.

* Les restes de ces Prélats de la maison de Lorraine furent sauvés en 1793. Ils étaient contenus dans une boîte de plomb. On les conserva longtemps dans une des chambres du monastère. Depuis ils furent portés à Notre-Dame, où ils reposent dans une urne placée à l'entrée de la chapelle absidale, du côté de l'Evangile.

Parmi les épitaphes qui décoraient l'église, on remarquait surtout celle de Ilildegarde, comtesse de Poitiers, femme de Guillaume YII, duc d'Aquitaine, morte en 1122.

Le trésor était des plus riches. Il n'en reste plus que le charmant reliquaire, dit de la sainte Epine, qui se voit aujourd'hui dans le trésor de la cathédrale.

L'église était desservie par quatre chapelains, institués au xiif siècle par Sibylle , troisième abbesse de ce nom, dont le testament est souvent cité à cause des renseignements qui s'y trouvent. C'est là que chaque année, au retour du printemps, se célébrait la gracieuse cérémonie de la bénédiction des rameaux. L'archevêque s'y transportait à la tête de son chapitre et bénissait les branches de buis apportées de toutes parts, que les chanoines distribuaient ensuite aux jeunes enfants.

Les abbesses avaient seules leur sépulture dans l'église. Les autres religieuses étaient inhumées, de temps immémorial, dans le cimetière de l'abbaye. Aussi ne peut-on remuer ce sol sans mettre au jour des ossements humains. Des épitaphes étaient placées jadis le long des murs, et l'on voit encore des sentences latines gravées sur des marbres noirs. De tous côtés, on aperçoit des chiffres et des monogrammes, les armoiries et la double-croix de Lorraine, les armes de l'abbaye et celles de plusieurs grandes

familles, parmi lesquelles on peut reconnaître celles d'Orléans-Longueville.

C'est dans l'abbaye de Saint-Pierre-les-Dames que descendirent, depuis le milieu du xvi° siècle jusqu'en 1722, les princesses de la maison de Lorraine. Quand cette illustre famille fut contrainte de quitter la France, elle ne put refuser de tristes adieux à cet antique monastère, qui lui devait la plus grande partie de sa célébrité.

La reine d'Ecosse, Marie de Lorraine, mère de Marie Stuart, vint y finir ses jours. Elle mourut en 1560. Son tombeau y fut conservé jusqu'à la Révolution. La jeune Marie Stuart, amenée en France à l'âge de six ans, y fut envoyée auprès de sa tante, l'abbesse Renée de Lorraine, qui se cliargea du soin de son éducation.

Quand Pïenri IV vint à Reims, au commencement du xvii° siècle, il voulut visiter la célèbre abbaye, d'où était parti le mouvement de résistance contre lui. Les deux pavillons venaient d'être terminés, mais les cloîtres ne l'étaient pas encore. Toujours magnanime et généreux, ce prince donna six mille livres pour les achever.

En 1636, Anne d'Autriche revenant de Liesse, où elle était allée demander à Notre-Dame un héritier du trône, entra à Reims à la nuit tombante, à la lumière d'innombrables flambeaux. Elle se fit conduire à l'abbaye de Saint-Pierre, et y pénétra seulement II 14

avec les princesses qui raccompagnaient. Elle fut servie par les religieuses, et coucha dans la grande salle du pavillon qui appartient actuellement à la Congrégation. On voit encore au plafond la place du baldaquin qui supportait les rideaux du lit sur lequel elle reposa. Les religieuses, pour perpétuer le souvenir de son passage, y firent placer son portrait, qui s'y trouve encore aujourd'hui, avec ceux des deux dernières abbesses K

Deux ans après, Louis XIII assista en personne au Te Deiim qui fut chanté dans l'église de l'abbaye, en reconnaissance de ce que Dieu avait accordé un dauphin à la France.

La dignité abbatiale continua à être occupée, pendant tout le xviii" siècle, par des femmes de la plus haute extraction. Isabelle de Blanzac de Roye de la Rochefoucauld la posséda près d'un demi-siècle, de 1700 à 1744, et la laissa, en mourant, à sa nièce, Marthe-Charlotte de Roye de la Rochefoucauld, qui vécut jusqu'en 1762. Enfin elle passa aux mains de Jacqueline de Lauzières de Thémines, qui fut la cinquante-huitième et dernière abbesse. Jacqueline eut la douleur de voir sa communauté supprimée en 1792, et SOS filles dispersées. Son courage fut brisé par

^ Le portrait original d'Anne d'Autriche a été transporté à l'archevêché en 18i6, et remplacé dans la salle du pavillon par une copie fort bien exécutée.

cette catastrophe. Elle tomba malade et mom^ut quelques mois après.

L'église de l'abbaye fut détruite par la Révolution, et l'œil attristé en chercherait en vain les ruines ; il n'en est pas resté pierre sur pierre. L'emplacement qu'elle occupait et le terrain qui était en avant furent désignés, en 1793, sous le nom de Place de la Révolution ^ La rue neuve Saint-Pierre-les-Dames fut ouverte, vers 1798, au milieu des bâtiments qui formaient le palais de l'abbesse. Le reste du couvent servit, à cette époque, de magasin et d'hôpital.

Après le retour du calme, les dames de Saint-Pierre revinrent à Reims, et essayèrent de racheter ce qui restait de leur monastère. N'ayant pu y réussir, elles se retirèrent à Nancy. Un peu plus tard, on y vit passer successivement les Carmélites et les Frères des Ecoles chrétiennes.

Enfin en 1822, les dames de la Congrégation achetaient le numéro 8 de la rue neuve Saint-Pierre-les- Dames, attenant à l'établissement des Antonins, et en 1836, elles y ajoutaient le pavillon contigu, dont nous avons fait ci-dessus la description. Elles succédaient ainsi réellement aux dames de l'antique abbaye de Saint-Pierre.

Ces deux acquisitions entraînaient pour la petite

^ Depuis 1798 jusqu'en 1842, elle reprit le nom de Place de Saint-Pierre. Elle s'appelle aujourd'hui Place Godinot.

communauté de bien grosses dépenses. Mais la nécessité lui en faisait une loi. Les religieuses se jetèrent avec un parfait abandon dans les bras de la Providence, qui ne leur avait jamais fait défaut, et firent appel à la plus stricte économie. C'était à cette vertu domestique que l'ancien monastère avait dû sa prospérité ; ce fut encore à elle que la nouvelle communauté dut de se libérer, même avant le temps fixé dans les contrats.

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