CHAPITRE XIV
MÈRE SALNTE-SCOLASTIQUE
(Madeleine GUÉRÏN)
Madeleine Guérin. Sa naissance, son éducation, prémices de sa vie religieuse, caractère de son gouvernement, ses vertus. — Arrivée à Reims des Soeurs du Bon-Pasteur. — Mort de plusieurs religieuses. — Sœur Saint-Louis Billier. — Mort de Monseigneur de Numidie, de Monseigneur de Latil et de Monseigneur Gallard. — Départ de M. Gros. — 11 est remplacé par M. Bara. — Révolution de 1848. — Dispense accordée à Mère Sainte-Scolastique pour une quatrième réélection.
A Supérieure qui venait de faire adopter les grandes Constitutions avait conquis de prime abord, malgré sa jeunesse, un prestige exceptionnel. Elle apparaissait, en effet, aux yeux de ses sœurs, comme ce présent longtemps demandé, longtemps attendu, et que le ciel avait enfin accordé à leurs instantes prières. Car depuis bien des années, les Mères anciennes ne cessaient de conjurer Dieu de leur envoyer une supérieure qui pût faire refleurir dans la communauté
les belles et saintes traditions d'une époque déjà lointaine, mais toujours chère à leurs CŒîurs.
Mère Sainte-Scolastique était née à Saint-IIilaire-le- Grand, le vingt-deux juillet 1806, de Claude Guérin et de Marguerite Champenois, qui exerçaient la profession de cultivateurs. Elle avait reçu au baptême le nom de la Sainte que l'Eglise honore en ce jour, Madeleine, et dont elle devait elle-même imiter si fidèlement l'ardent amour pour Jésus-Christ.
Dès ses plus tendres années, cette enfant, prévenue des bénédictions du ciel, sembla n'avoir d'inclinations que pour la vertu. Son cœur innocent, plus pur que le lis, avait horreur des moindres fautes. S'il lui arriva quelques-unes de ces surprises si communes à l'enfance, toute sa vie elle s'en souvint pour s'en accuser avec amertume devant Dieu.
Un jour son père, voulant mettre son obéissance à l'épreuve, lui commanda de couper un peu d'herbe dans le champ d'un voisin. L'enfant demeura interdite. Le respect de l'autorité paternelle ne lui permettait pas de discuter, et, d'un autre côté, elle ne pouvait se résigner à porter la main sur le bien d'autrui. Elle s'arrêta sans voix et sans mouvement. Comme son père la pressait : « Je ne le puis, répondit-elle modestement, ce serait offenser le bon Dieu. » M. Guérin fut profondément touché d'une telle délicatesse de conscience, et, depuis, il ne racontait jamais ce trait sans émotion.
Madeleine avait un frère cadet, qui manifestait, de son côté, les plus belles dispositions à la vertu, et que Dieu avait prédestiné au service de ses autels. Leurs heureux parents, témoins d'aussi belles inclinations, savouraient en silence la joie que ces chers enfants causaient chaque jour à leur cœur. Mais leur tendresse, pour être vive, n'avait rien d'aveugle, et elle était réglée par une sage vigueur qui ne passait rien aux caprices de l'âge. Ce fut grâce à cette fermeté intelligente que Madeleine développa en elle, à côté de la bonté qui lui était naturelle, une force d'âme et une énergie de caractère qui lui permirent, dans la suite, de triompher des plus grands obstacles et de mener à bonne fm les plus difficiles travaux.
Placée d'abord en pension à Saint-Souplet, chez de respectables institutrices, Madeleine ne reparut un instant dans sa famille que pour sa première communion, puis fut remise aux mains de ses maîtresses. Ce fut alors qu'elle commença à s'adonner aux pratiques de la piété chrétienne, pour lesquelles son âme bien née semblait toute faite, et où elle trouva ses plus douces jouissances.
Le huit décembre 1819, son père la présentait au pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame, pour y recevoir un complément d'éducation.
Madeleine fut, au milieu de ses compagnes, un continuel sujet d'édification, et comme un ange de bonté et de paix. « Depuis que je suis chargée d'élever des
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enfants j disait Mère Laleu, je n'en ai jamais vu une seule qui réunît autant de qualités, et qui m'ait donné autant de satisfaction par sa conduite. »
Un jour que les élèves avaient été fort distraites par les événements du dehors, le confesseur de la maison, M. Dombry, se présenta pour les entendre à l'heure accoutumée. Mais aucune d'elles n'étant prête, on le pria d'attendre. « Envoyez-moi d'abord Mademoiselle Guérin, dit-il ; je la connais, elle doit être prête. » Et en effet, elle l'était, et elle accourut au premier signal. Déjà la pensée de Dieu l'accampagnait partout et dominait en elle tout autre sentiment, quelque distrayant qu'il fût.
Sensible aux soins assidus dont elle était l'objet, Madeleine ne laissait passer aucune occasion de témoigner sa reconnaissance à ses chères maîtresses.
Son regard perspicace savait déjà discerner la vertu prédominante en chacune d'elles, et comme un peintre habile, elle s'appliquait à reproduire fidèlement dans son âme les traits qui la frappaient davantage en leurs personnes.
Elle se sentait surtout pénétrée d'une respectueuse admiration pour l'une d'elles , sœur Scolastique Marandelle, dont le calme, la modestie et la piété attiraient instinctivement son attention. Madeleine se plaisait à l'observer silencieusement, et à contempler son profond recueillement à l'heure de la messe, lorsque celle-ci était retenue hors de la chapelle par
quelque surveillance. Elle lisait sur son visage, avec un charme indicible, l'étroite union de son âme avec celles de ses sœurs réunies à ce moment aux pieds des autels.
Ces beaux exemples, qui agissaient si fortement sur Madeleine, étaient précisément l'infiocent appât dont Dieu se servait pour captiver son âme et l'attacher à jamais à son service. Chaque jour la grâce frappait à la porte de son cœur des coups plus pressants et l'excitait plus vivement à se donner tout entier. Dès qu'elle eut bien entendu l'appel divin, son parti fut bientôt pris. Elle s'ouvrit de ses désirs à ses pieux parents, qui n'y mirent pas d'obstacle, et, en 1821, elle fut admise au noviciat, à la grande satisfaction de toutes celles qui la connaissaient. La sœur Sainte- Scolastique, qu'elle avait tant aimée, étant partie pour un monde meilleur, Madeleine obtint la faveur de reprendre le nom qui lui était devenu cher.
La communauté, alors établie auxMagneuses, était encore dans une situation bien précaire. Sœur Sainte- Scolastique ne se rebuta de rien, ni des privations de la pauvreté, ni de l'insuffisance des secours spirituels. Sa ferveur, plus ardente que discrète, lui fit même ajouter de nouvelles mortifications à celles que lu imposait la vie commune ; et elle exerça contre sa chair innocente des rigueurs dont elle ne prévoyait pas les suites. Privation de sommeil, longues prières à genoux sur des dalles humides, pieuses industries
pour crucifier tous ses sens, elle ne négligea aucun des moyens de pratiquer la pénitence. Aussi sa santé n'y put tenir, et ses parents furent obligés de la reprendre pour lui faire respirer l'air natal.
Trop pressée de regagner son cher couvent , Madeleine vit encore son courage trahi par sa faiblesse , et retourna de nouveau dans sa famille, où elle dut se résigner à rester dix-huit mois. Enfm elle rentra dans la communauté, mais, cette fois, pour n'en plus sortir, et, après le temps ordinaire de l'épreuve, elle fut reçue à la prise d'habit et à la profession.
Comment dire les sentiments de sa reconnaissance pour la grâce qu'elle avait reçue? Elle en était toute pénétrée, et elle n'en pouvait contenir les élans. « Quel bonheur d'être religieuse ! » disait-elle souvent à ses compagnes, à l'heure des récréations.
Quand le silence régulier ne lui permettait pas de parler, elle exhalait la joie de son cœur devant Dieu, comme un doux parfum. « Ah ! que vous êtes bon. Seigneur, répétait-elle souvent, que vous êtes bon d'avoir pensé à moi de toute éternité, à moi, pauvre petite fille ! que vous êtes bon de m'avoir aimée, de m'avoir choisie de préférence à tant d'autres, pour habiter, tous les jours de ma vie, dans votre sainte maison î »
Tout entière dans ces effusions de gratitude, elle se réjouissait en pensant qu'elle aurait l'éternité pour chanter à Dieu des hymnes d'actions de grâces. Par
ses élans de ferveur elle faisait passer dans les âmes de ses compagnes le feu divin qui brûlait dans la sienne.
Appelée au pensionnat comme maîtresse déclasse, sœur Sainte-Scolastique sut, par sa bonté, par sa douce fermeté et par ce charme indéfinissable qui faisait partie de sa vertu, s'attirer l'estime et l'affection de toutes ses élèves. Celles qui eurent le bonheur de la connaître lui vouèrent l'amour le plus tendre et le plus respectueux.
Se sentant ainsi chérie de toutes les personnes qui l'entouraient, parfois sa conscience en concevait du trouble. Son humilité lui persuadant qu'elle n'avait qu'une vertu de nature, de nul mérite pour le ciel, elle craignait que ce ne fût là toute sa récompense. Plusieurs fois, sous l'empire de ce trouble, elle courut se prosterner aux pieds du tabernacle, disant à son Seigneur Jésus : « Faites donc, ô mon Dieu, je vous en prie, que l'on ne m'aime pas tant! » Touchante prière, bien agréable sans doute au cœur de Dieu, mais qui ne fut jamais exaucée.
Cependant les épreuves ne lui manquaient pas. La Mère Sainte-Angélique Molet, qui portait dans son gouvernement la vivacité d'un caractère naturellement prompt et impétueux, ne lui ménageait ni mortifications, ni humiliations publiques. Sachant combien la jeune professe était déjà dépouillée d'elle-même , elle semblait prendre à tâche de la faire entrer plus avant
dans cette voie du parfait renoncement, et la reprenait souvent, même pour des actes de vertu. L'humble religieuse s'inclinait avec déférence et s'en remettait à Dieu du soin de sa justification.
L'esprit malin s'abattit à son tour sur cette âme d'élite, et essaya d'arrêter ses progrès en la jetant dansle trouble et l'inquiétude. La jeune vierge chercha son refuge entre les bras de sa Mère du ciel, dont la douce main chassa le tentateur et dissipa l'orage.
Quoique bien jeune, sœur Sainte-Scolastique ne tarda pas à être jugée capable des fonctions les plus délicates et qui demandent le plus de maturité. Elle fut nommée maîtresse des novices. « Mes chères enfants, dit en se retirant la maîtresse qu'elle remplaçait, on vous ôte un caillou, et l'on vous donne un diamant ! » Si l'humilité de cette respectable Mère l'abusait sur son propre mérite, son appréciation n'était que juste sur celle qui lui succédait, et elle obtint l'assentiment de toute la communauté.
Les novices eurent bientôt discerné les dons éminents de leur nouvelle maîtresse . Bien que Mère Sainte-Scolastique exigeât beaucoup, parce qu'elle eût voulu les rendre tout de suite parfaites, celles-ci la chérissaient sitendrement, qu'elles s'imposaient, pour lui être agréables, des sacrifices que la nature eût trouvé trop pénibles.
Mais l'ardente maîtresse ne tarda pas à sentir les dangers de son zèle. Elle comprit, comme autrefois
saint Bernard, qu'elle devait se modérer, et, quoi qu'il en coûtât à son ardeur, le devoir connu devint aussitôt le devoir accompli. Elle demanda moins de celles qui lui étaient confiées, s'appliqua à suivre pas à pas la grâce, sans la devancerjamais, et sut attendre patiemment l'heure de Dieu.
Ce qui avait été en elle une imperfection devint l'occasion d'une précieuse vertu ; car elle s'attacha à l'exemple de saint François de Sales, à exceller dans la patience et la longanimité, et elle y réussit merveilleusement. Quand on la pressait, dans la suite, de prendre une décision: « Attendons, mes chères sœurs, répondait-elle souvent, attendons encore; jamais je ne me suis repentie d'avoir temporisé. » Et souvent, en effet, la suite donnait raison à ses sages lenteurs.
Elue supérieure à l'âge de trente ans, comme nous l'avons raconté plus haut. Mère Sainte-Scolastique justifia, sans plus tarder, les grandes espérances que sa vertu avait fait concevoir. Dès les premiers jours, nous avons dit comment elle sut tirer parti de sa situation pour faire adopter par le chapitre les grandes Constitutions du Bienheureux Pierre Fourier. Cette réforme opérée^ elle saisit d'une main ferme le gouvernail de la maison, et, tout en s'humiliant et en ne se regardant que comme le petit instrument de la Providence, elle réussit à le diriger avec une rare habileté.
Se défiant de ses propres lumières, elle chercha un appui et un conseil dans la personne de M. l'abbé Gros, qui était alors vicaire g-énéral et supérieur du couvent, et elle ne voulut rien entreprendre de sérieux sans s'être d'abord inspirée de ses sages avis. Son frère, qui était devenu prêtre, et dont le cœur était, comme le sien, tout rempli de charité et de zèle, fut aussi le confident de ses saintes intentions, et soutint souvent son courage au milieu des difficultés.
Le soin qu'elle mit à se pénétrer de l'esprit du Bienheureux Fondateur de l'Ordre, et le zèle qu'elle déploya pour expliquer et faire goûter ses Constitutions lui assurèrent en peu de temps une grande autorité. Sa jeunesse, qui eût pu devenir un sujet d'objections contre elle, fut, au contraire, un titre de plus à l'affection des Mères anciennes et des jeunes sœurs.
Son extérieur si modeste et si religieux était pour toutes un continuel enseignement. Sa démarche grave et recueillie lorsqu'elle entrait au chœur, l'esprit de foi avec lequel elle imprimait sur elle-même le signe de la croix, la retenue de ses yeux , la façon dont elle joignait les mains ou tirait son livre d'heures, tout en elle inspirait la dévotion, tout semblait un reflet des sentiments qui remplissaient son âme.
Chacun sentait, en la voyant à l'église, que la vivacité de sa foi rendait en quelque sorte visible à ses yeux l'hôle divin de nos tabernacles. Comme le
juste dont parle saint Paul, elle ne vivait que de la foi. « Mes chères sœurs, disait-elle souvent, si nous avions la foi ! » A l'approche des jours oii le Saint Sacrement devait être exposé, elle ne se lassait pas de stimuler la foi de toutes ses filles, et de les exciter à demander à Dieu l'accroissement de cette vertu, qui est la racine de tout bien.
D'une foi si vive naissait tout naturellement un ardent amour pour Dieu . Mère Sainte-Scolastique s'étonnait que les prédicateurs revinssent si souvent sur sa justice et sur ses châtiments terribles, et si rarement sur sa bonté et sa miséricorde. « Pourquoi disait-elle, montrer si souvent le Dieu juste, et si peu le Dieu bon? Ah! il est tant offensé dans le monde, mes chères sœurs, si du moins il était un peu dédommagé par l'amour de notre petite communauté ! »
Ce sentiment de l'amour divin était si vif et si actuel dans son cœur, qu'un simple mot de l'évangile, un verset des psaumes lui fournissait une ample matière d'oraison. Elle trouvait le temps trop court, tant elle éprouvait de facilités et de délices à savourer ces divines paroles. Sans cesse elle demandait à Dieu l'accroissement de son saint amour, et ses désirs grandissaient avec l'amour même.
Chaque année, lorsqu'elle donnait sa bénédiction aux enfants qui allaient faire leur première communion, elle ne manquait pas de réclamer le secours de leurs prières, afin d'obtenir de Dieu la grâce dç
son amour. Un jour qu'elle faisait la recommandation habituelle : « C'est décourageant, s'écria soudain l'une des petites filles, depuis le temps que nous prions pour obtenir l'amour de Dieu à Mère Supérieure, elle ne l'a point encore! » Qu'eût dit cette naïve enfant, si elle eût su que sa vénérée Mère priait tous les jours pour sa propre conversion ?
Cet amour de Dieu, en se reportant sur les créatures, qui en sont les images, remplissait son cœur d'une tendre charité pour le prochain. Elle compatissait aux misères de tous les malheureux, sans se lasser de leurs importunités. On l'entendait souvent souhaiter d'avoir un trésor inépuisable, qui lui permît de satisfaire à tous les besoins et de venir en aide à toutes les bonnes œuvres. Les maisons religieuses qui lui firent connaître leur détresse en reçurent quelque généreux secours. Lorsque les Dames du Bon-Pasteur vinrent à Reims pour y établir une communauté de leur Ordre, elle les invita à descendre à la Congrégation, et leur accorda, en attendant que leur maison fût prête, la plus cordiale hospitalité ^
Mais ses plus vives et plus pures affections étaient pour sa communauté et pour chacune de ses filles. Un seul mot résume sa vie : le dévouement à sa communauté, dévouement de tous les jours et de tous les instants, dévouement porté jusqu'à l'immolation.
J Les Dames du Bon-Pasteur s'établirent à Reims en 1838.
Quand elle se fut consacrée à Dieu par les saints vœux de religion, Mère Sainte-Scolastique se donna à lui sans réserve ; mais quand elle se vit chargée des âmes de ses filles, ce fut à elles qu'elle se livra, pour elles qu'elle se dépensa. Sans cesse leurs besoins étaient présents à sa pensée, et sa sollicitude n'exceptait personne. Elle se faisait un devoir de visiter chaque jour ses sœurs malades. Souvent malade ellemême par suite d'une faiblesse d'estomac qui la réduisait à une alimentation insuffisante, elle retrouvait de la vigueur dans ses pieux exercices du matin, et en profitait pour aller encourager celles que le mal retenait à l'infirmerie. Une sœur était-elle en danger, elle se prodiguait à son chevet, souvent aux dépens de sa propre santé, heureuse de s'oublier ellemême, pourvu qu'elle lui assurât une sainte mort.
Toutefois la tendresse de son affection n'ôtait rien à la fermeté de son gouvernement. Une jeune sœur, de tête faible et de peu de jugement, étant sortie furtivement de la maison, sous prétexte qu'elle avait besoin de respirer l'air natal, Mère Sainte-Scolastique consentit à la laisser rentrer ; mais après deux rechutes successives dans la même faute, elle sollicita des supérieurs ecclésiastiques l'autorisation de l'exclure définitivement, et elle le fit avec fermeté.
Au soin du spirituel elle savait joindre celui du temporel de la maison. On peut dire qu'elle en fut vraiment la providence visible dans tous ses besoins
et toutes ses difficultés. Mais au milieu des détails où elle se trouvait engagée, elle conservait un calme profond, ne témoignant jamais d'impatience ni même d'empressement. Sa grande sagesse, la rectitude de son jugement et l'esprit de Dieu qui l'animait, lui faisaient toujours rencontrer ce qui était le plus nécessaire pour le bien commun.
L'éducation des enfants excitait au plus haut point sa vigilance. Mère Sainte-Scolastique les aimait d'un cœur tout maternel ; aussi en était-elle bien payée de retour. C'était pour elle une si douce jouissance de secourir les petites filles les plus pauvres des écoles externes, et de leur distribuer des vêtements et d'autres objets utiles ou agréables à leurs parents !
Enfin, ce en quoi excellait cette sainte âme, et ce qui achèvera de la peindre au naturel, c'était, avec un esprit profondément religieux, l'art de rendre heureuses toutes celles qui l'entouraient. Quoi de plus délicieux, en effet, que ces petites fêtes de famille auxquelles elle se prêtait avec tant d'amabilité et de charme? Dans ses conférences, dans les assemblées capitulaires, aux récréations et dans le tête à tête de la cellule, son âme débordait de la charité de Jésus- Christ et semblait faire descendre le ciel sur la terre. Sa parole calme et persuasive allait droit au cœui% et souvent elle faisait couler de douces larmes autour d'elle, quand elle discourait sur les devoirs religieux, sur le bonheur de servir Dieu dans le cloître, ou sur
Mère Saiate SCOLASTIQUE GUERIN.
la faveur d'avoir été choisie pour devenir l'épouse de Jésus-Christ.
Maintenir et accroître de plus en plus dans la communauté l'union des cœurs, qui en est un des caractères dominants, tel était son vœu le plus cher et l'objet quotidien de ses prières. Aussi quelle attention, quelle prudence dans ses rapports intimes avec chacune de ses filles, pour éviter toute parole qui eût pu faire naître un sujet de mécontentement ou diminuer l'estime qu'elles avaient d'autrui ! Comme elle savait profiter de tout pour excuser les fautes et pour faire ressortir les bonnes qualités ! Son exemple était pour toutes une muette leçon, plus éloquente et plus efficace que les plus beaux discours ; et son heureuse influence gagnant de proche en proche, l'esprit de charité ne faisait que s'affermir chaque jour davantage dans la communauté.
Tandis que Mère Sainte-Scolaslique s'appliquait à entraîner ses filles dans les voies de la sainteté monastique, Dieu se plut à éprouver sa soumission, en lui enlevant , par une mort prématurée , l'une de celles qui faisaient sa consolation, et sur qui elle comptait déjà pour lui succéder un jour. C'était la jeune sœur Saint-Louis de Gonzague, née Virginie Billier.
Au village de Chardény, où elle était née, Virginie
s'était fait remarquer, dès son jeune âge, par de si
douces qualités, qu'on ne l'appelait que la Vierge,
Ses parents, témoins habituels de sa vertu, ne savaient