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REPRISE DE L'INSTRUCTION

Rétablissement du culte. — Réunion de quelques-unes des anciennes religieuses.— Ouverture dun pensionnat sur la Couture. — Autorisation provisoire accordée par le Gouvernement à l'Institut de la Congrégation. — Demande d'autorisation pour le rétablissement de la maison de Reiras. — L'évêque de Meaux. — M. Tronsson-Lecomte, maire de Reims. — Délai d'autorisation, — Réunion de fait, — Pensions de l'Etat.

ES désirs des servantes de Dieu furent enfin exaucés. Un jour, la Mère Cécile de la Providence et ses deux compagnes apprirent que le premier Consul, éclairé par les malheurs de la patrie, était entré en négociations avec le chef de l'Eglise, et qu'il voulait rendre à la religion proscrite la place qui lui revient au sein d'une grande nation.

Comment dire leurs transports de joie, quand l'allégresse publique leur annonça que le fléau de la Révolution était enfin passé, qu'on rouvrait les églises.

qu'on rappelait les exilés à leurs foyers déserts, qu'on renvoyait les pasteurs à leurs troupeaux désolés, et qu'on rendait la liberté aux associations religieuses? Elles tombèrent à genoux, louant Dieu de ses miséricordes, et chantant des cantiques d'actions de grâces. Chaque fois qu'elles parlaient, dans la suite, de ce moment fortuné, ce n'était jamais sans joindre les mains et sans verser des larmes d'attendrissement et de reconnaissance.

Hélas ! le monde moral offrait l'image de la terre après le déluge. Les âmes portaient les traces douloureuses du terrible cataclysme. Les vertus y avaient péri, ou ne fleurissaient plus que dans un petit nombre de cœurs restés fidèles à Dieu ; les vices y avaient jeté de profondes racines, et répandaient partout des fruits empoisonnés. Les religieuses, jetées violemment dans ce milieu plein de périls, ne trouvaient pas où poser le pied avec sécurité. Aussi, pareilles à la colombe, elles cherchaient l'arche d'un œil inquiet. L'arche allait enfin se rouvrir.

Dès que les dispositions du Gouvernement furent bien connues, la Mère Porriquet et sa compagne, Mère Malot, songèrent à reconstituer leur maison et à reprendre leurs fonctions d'institutrices.

Le moment leur paraissant favorable, elles ne perdirent pas de temps. Il n'y avait à Reims, à cette époque, aucun établissement pour l'instruction des jeunes filles. La Révolution n'avait su que détruire, sans

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rien créer sur les ruines entassées par elle. Ouvrir une maison dans ce but, était donc rendre au public un grand service. Aussi leur projet rencontra-t-il de tous côtés sympathie et encouragement.

Mère Porriquet fit appel aux anciennes religieuses de la Congrégation. Des trente-cinq personnes qui composaient la communauté avant la Révolution, plusieurs étaient mortes ; d'autres étaient malades ou infirmes; quelques-unes manquaient encore de courage ou de confiance dans l'avenir ; mais quelques autres se montraient toutes prêtes à reprendre l'œuvre interrompue par la violence des événements. De ce nombre furent Madame Lacaille (sœur Jeanne de Saint Bruno), Madame de Yigneux de la Mothe (sœur Sainte-Claire), et Madame Lebrun (sœur Saint-Bernard), qui, toutes trois, vivaient à Reims, et qui promirent de se joindre à Mère Porriquet et à Mère Malot, dès que celles-ci auraient trouvé un local convenable.

Ce local, elles le trouvèrent sur la paroisse de Saint- Jacques, dans la rue de la Couture, près de la porte des Promenades; et, dès le mois de juin i803, elles en prirent possession.

La Congrégation renaissait donc, représentée par six personnes : Mère Porriquet, Mère de Yigneux, Mère Malot, Mère Lacaille, Mère Lebrun et sœur Denise. C'était surtout à l'énergique volonté de Mère Jeanne de Saint Bruno Lacaille qu'était due cette résurrec-

lion, et c'était encore grâce à son courage qu'on devait, dans la suite, triompher de toutes les difficultés. Aussi ses compagnes lui décernèrent-elles plus tard ce bel éloge que « jamais, sans elle, la Congrégation ne se serait rétablie. »

Pleines d'une sainte impatience, et heureuses de se retrouver enfin sous le même toit, ces pieuses Mëres reprirent sans tarder leurs pratiques régulières, autant du moins que le permettait la situation.

La même année, elles ouvrirent un petit pensionnai, et y reçurent huit jeunes internes, les demoiselles Yanin, Roger, Cliquot-Grevin, Duchêne, Camus, Grognot, Goubron et Dubureaux, et vingt à vingt-cinq externes. Elles en formèrent deux classes, sous la direction de Mère Sainte-Rosalie Malot et de Mademoiselle Henriette de Yinay, nièce de Mère Henriette Lebrun, qui avait étudié autrefois à la Congrégation.

En 1804 et 1805, on leur amena seize nouvelles pensionnaires, et le nombre des externes s'éleva à une soixantaine.

C'était encore peu, sans doute; et l'on pourrait s'étonner à bon droit du manque d'empressement des familles, en un temps oii toutes les jeunes filles de la ville auraient dû, semble-t-il, accourir vers la nouvelle institution. Mais on ne doit pas oublier combien les circonstances étaient encore difficiles. Tous les vivres étaient fort chers, et le commerce languissait, paralysé par les guerres de l'Empire. l\ n'y avait donc

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que les familles opulentes qui fussent en état de procurer à leurs enfants une éducation de choix.

D'autre part, les nouvelles maîtresses, fidèles à cet esprit d'humilité, qui est le propre de l'Institut du Bienheureux Pierre Fourier, n'étaient encore connues que de peu de personnes. Elles ne s'étaient d'ailleurs acquis aucun renom par leurs talents, et elles auraient eu horreur de la moindre réclame. Attentives à se sanctifier dans la pratique des devoirs de leur vocation, elles s'y adonnaient tout entières, sans rien faire d'extérieur qui pût attirer sur elles les regards ni l'attention du monde. Les fatigues et les difficultés qu'elles avaient à supporter pour le rétablissement de leur communauté étaient déjà audessus de leurs forces. Mais qu'elles les portaient joyeusement, et qu'elles les estimaient peu de chose, au prix de ce qu'il leur avait fallu souffrir sous la Révolution !

Bien que ces saintes filles fissent peu de bruit, l'autorité municipale les suivait d'un œil attentif, et leur donnait, en toute occasion, des marques de bienveillance. Dès le commencement de 1806, le Conseil de ville fit même des démarches pour faciliter la reconstitution de leur maison religieuse.

Leurs sœurs de Yitry venaient de se rétablir à Châlons, dans l'ancien couvent des Récollets, et l'Empereur leur avait accordé, par décret du onze prairial

an XIII ^, une autorisation pure et simple de se réunir dans cet édifice, sans les assujettir à aucune relation obligatoire avec l'administration, et sans les mettre sous la direction d'aucune commission civile.

Le maire de Reims, M. Tronsson-Lecomte, qui en fut informé, fit connaître au préfet l'intention de la municipalité d'aider au rétablissement, dans cette ville, de l'ancienne maison des Dames de la Congrégation , et lui demanda dans quelles conditions s'étaient réunies leurs sœurs de Châlons. « Ces dames, lui répondit le préfet, apportaient un établissement tout formé, des ressources suffisantes pour le soutenir, un mobilier très considérable et prenaient l'engagement d'instruire gratuitement deux cents jeunes filles pauvres, sans recevoir de la ville aucun supplément de revenu.

« Ne demandant que l'édifice et n'exigeant de la ville que les frais de premier établissement et l'entretien du bâtiment, ces Dames ne se sont présentées que comme institutrices particulières.

« A ce titre, nulle dépendance de l'autorité sous le rapport de leur administration et de la direction de l'établissement. Point d'autres relations nécessaires avec l'autorité que celles qui résultent des lois générales sur la police des maisons vouées à l'enseignement.

< 31 mai 1805.

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(( Le projet que vous avez formé ne peut qu'être infiniment avantag-eux à votre ville ^. »

Sur ces entrefaites, Napoléon, cédant aux sollicitations qui lui étaient adressées de tous côtés, surtout par les évoques, accorda à l'Institut de la Congrégation une autorisation provisoire, par le décret suivant :

Au palais de Saint-Cloud, le 19 juin 1806.

Napoléon, Empereur des Français et roi d'Italie,

Sur le rapport de notre Ministre des Cultes, Nous décrétons et ordonnons ce qui suit :

Article I. — L'Association religieuse des Dames charitables, connues sous le nom de Sœurs de Notre- Dame, et qui a pour but de former gratuitement les jeunes lilles aux bonnes mœurs, aux vertus chrétiennes et aux devoirs de leur état, est provisoirement autorisée.

Article IL — Elle est placée, pour la discipline intérieure, sous la direction des Evêques diocésains.

Article III. — Les statuts de cette association, soumis à notre approbation impériale, seront vus et vérifiés au Conseil d'Etat, sur le rapport de notre Ministre des Cultes. Ils y seront portés dans les six mois qui suivront le présent décret.

^ Lettre du préfet de la Marne au maire de Reims, du 13 mai i806.

Article IV. — L'Association des Sœurs de Notre- Dame pourra admettre de nouvelles associées, en se conformant aux lois de l'Empire, qui prohibent les vœux perpétuels.

Article V. — Quand les Sœurs de Notre-Dame voudront se réunir dans une commune, elles exposeront au préfet du département qu'elles désirent profiter du bénéfice du présent décret, et elles lui transmettront la copie de leurs statuts. Cette copie sera signée individuellement de chacune d'elles, et l'évêque diocésain en certifiera la conformité avec les statuts soumis à notre approbation. Le préfet du département instruira notre Ministre des Cultes de cette demande, ainsi que des mesures d'exécution qu'il aura jugé devoir prendre.

Article YL — Notre Ministre des Cultes est chargé de l'exécution du présent décret.

Napoléon.

Des que les Sœurs de Reims eurent connaissance de ce décret, elles songèrent à obtenir l'autorisation de se réunir en communauté.

Sures de l'appui du maire de la ville, elles s'empressèrent d'adresser au préfet de la Marne une demande, qui renfermait un aperçu sommaire de leurs statuts.

« Les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Reims, lui disaient-elles, désirant profiler dubéné-

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fice du décret impérial donné au palais de Saint- Cloud, le 19 juin 1806, ont recours à votre autorité, et vous représentent :

1° Que la fin de leur Association est d'instruire gratuitement les enfants pauvres, de les élever, selon les principes de la religion, à l'amour du travail et des bonnes mœurs, et de rendre les mêmes services à des jeunes filles riches dans un pensionnat ;

2° Qu'elles sont gouvernées, dans chaque maison, par une supérieure, une assistante et trois conseillères , élues tous les trois ans, à la pluralité des voix, en présence d'un supérieur ecclésiastique ;

3" Que le choix des sujets pour les autres offices de la maison appartient à la supérieure ;

4° Que le temps de probation est de deux ans ; mais qu'en tout temps les personnes qui troubleraient l'ordre peuvent être renvoyées ;

5** Qu'elles conservent la propriété de leurs biens, et qu'elles sont, en tout temps, libres d'en disposer, mais qu'elles remettent l'usufruit au commun de la maison;

6° Qu'elles sont soumises en tout pour le spirituel à l'Evêque diocésain, et, pour le civil, aux magistrats des lieux qu'elles habitent.

« Ce considéré, il vous plaise, Monsieur le Préfet, leur accorder votre protection, et leur obtenir de Son Excellence le Ministre des Cultes la permission de se

réunir en communauté et de reprendre les exercices de leur état. »

Pour être plus sûres du succès, les religieuses se ménagèrent un appui dans Févêque de Meaux, Monseigneur Paul Faudoas . En ce temps-là, il n'y avait plus d'archevêque à Reims. Cet illustre siège, trop riche sans doute en souvenirs importuns pour les maîtres du jour, avait été supprimé, et Reims se trouvait réuni à l'évêché de Meaux.

Dans cette supplique, comme dans la demande au préfet, les religieuses reprenaient déjà, bien qu'elles vécussent encore en séculières, le nom de Dames de la Congrégation, renouant ainsi au passé le présent et l'avenir, et considérant comme non avenue la suspension violente de leur vie monastique.

« Les Dames de la Congrégation de Reims, lui disaient-elles, désirant profiter du décret qui les autorise à rentrer dans l'esprit de leur Institut, qui est l'éducation des jeunes demoiselles, supplient Monseigneur l'Evêque de Meaux de leur accorder sa protection, et de faire les démarches nécessaires auprès de M. le Préfet et des autres autorités pour les faire approuver par la ville de Reims.

« Le zèle que ces Dames Religieuses ont toujours montré pour l'instruction des jeunes filles a engagé les personnes les plus distinguées, tant de la France que de l'étranger, à leur confier leurs enfants, et leur

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confiance n'a pas été trompée. Ces Dames se sont empressées de répondre à lem' attente.

« La Religion étant le principe et la base de toutes les vertus, c'est par cette étude que l'on commence leur éducation. Mais comme l'étude de la religion n'exclut pas les talents et les connaissances nécessaires à une bonne éducation, les jeunes demoiselles sont formées à toutes sortes d'ouvrages utiles et agréables. La couture et les broderies leur sont montrées avec le plus grand soin, ainsi que la grammaire française, la géographie et le calcul. On cultive aussi leur mémoire, en leur faisant apprendre des morceaux choisis dans l'Ecriture Sainte, dans l'histoire et dans les meilleurs auteurs. Ces Dames ne négligent rien pour que leurs élèves deviennent l'ornement de la société et la consolation de leurs parents. On pourra leur procurer des maîtres pour les arts d'agrément.

« Ces Dames, voulant se rendre de plus en plus utiles au public, ont des classes externes qui n'ont aucune communication avec les demoiselles pensionnaires. Les enfants externes reçoivent la même éducation chrétienne. On leur apprend à lire, à écrire, à calculer, à coudre et à faire toutes sortes d'ouvrages utiles.

« Ces Dames supplient Monseigneur de les approuver, et de les prendre sous sa protection. Elles ne ces- 11 10

seront de prier le Seigneur pour sa conservation, et leur reconnaissance sera aussi grande que leur respect. »

L'évêque de Meaux accueillit avec empressement leur supplique et les appuya de tout son crédit.

C'est alors que s'engagea entre les religieuses, la mairie de Reims et la préfecture, une correspondance suivie, dans laquelle le maire fit preuve d'une exquise courtoisie et d'une rare bienveillance. Les fréquents rapports qu'il avait eus avec ces dames lui avaient appris aies connaître. L'exposé simple et vrai qu'elles lui avaient fait des motifs qui les portaient à se réunir, motifs tirés de l'obligation contractée par elles de se dévouer à l'éducation des jeunes filles et du désir de rendre service au public, les manières franches et éloignées de toute vaine prétention avec lesquelles elles lui parlaient, avaient fait une vive impression sur son esprit élevé, et leur avaient concilié son estime.

Quant à l'autorité préfectorale^ elle se préoccupait surtout de connaître les ressources des religieuses, dans la crainte que leur rétablissement ne devînt, dans la suite, une charge pour la ville de Reims. Le préfet exigeait d'elles, avant toutes choses, la possession d'un local fixe et assuré, et des ressources suffisantes pour les frais de premier établissement et

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crentretien. Il voulait en outre savoir à combien d'enfants pauvres ces dames s'engageaient à donner gratuitement l'instruction '.

Le maire, qui avait à cœur le succès des démarches commencées, suggéra lui-même les raisons à faire valoir, et, le dix-huit octobre 1807, la Mère Porriquet lui remit en mains l'exposé suivant :

« Les Religieuses de la Congrégation de Notre- Dame sont très sensibles à l'intérêt que vous voulez bien prendre à leur établissement dans la ville. Elles s'empressent de répondre à la lettre dont vous les avez honorées, et aux demandes que vous leur avez faites.

« Elles ont déjà eu l'honneur de vous annoncer qu'elles étaient pourvues d'un local convenable à leur établissement, à titre de loyer ; elles ont un bail de neuf ans dont elles vous envoient la copie. D'après les observations de M. le Sous-Préfet, nous sentons qu'un tel bail n'annonce rien de fixe ; nous joignons une pétition à notre lettre pour obtenir un bail emphythéotique, sous la redevance annuelle du prix du bail. Nous nous engageons à instruire gratuitement quinze à vingt jeunes filles, et à leur apprendre à travailler à toutes sortes d'ouvrages propres à leur état, confor-

^ Reims. Registres des conclusions du Conseil. Voir les lettres 4e M. Le Roy, sous-préfet, et de M. le maire de Reims, des 28 et 29 septembre et des 17 et 31 octobre 1807,

lïiément à nos statuts. Que si le gouvernement apprécie l'utilité de notre établissement, et consent à nous accorder le local oii nous sommes actuellement, sans payer aucun loyer, nous nous engageons à instruire cinquante jeunes filles et à leur apprendre à travailler i.

(( Nous avons eu l'honneur de vous dire que les frais de premier établissement étaient faits ; vous avez pu le voir par vous-même. Nous vous envoyons un état général de tout notre mobilier, tant de chacune de nous en particulier, que de ce que nous avons en commun, dont nous faisons acte d'abandon à la future Congrégation de Reims.

« Les moyens d'entretenir notre maison et de la faire subsister, nous les trouvons, premièrement, dans les pensions sur l'Etat dont nous jouissons ; deuxièmement, dans celles que nous exigeons de toutes celles qui se joignent à nous, à moins qu'elles n'aient des talents supérieurs ; troisièmement, dans les secours volontaires de nos familles ; quatrièmement, dans le bénéfice de notre pensionnat, qui est déjà nombreux.

(( Les personnes honnêtes nous ont toujours honorées de leur confiance en nous donnant leurs enfants en pension ; nous tâchons d'y répondre par nos soins et nos talents. Nous avons à présent les enfants des

^ Ce local était la maison des Magneuses, rue de la Pei.rière, qu'elles venaient de louer.

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mères que nous avons instruites ; c'est une preuve qu'elles sont contentes de notre éducation.

« Ces ressources ne nous ont jamais manqué tant que notre maison subsistait ; elles nous manquent si peu en ce moment que nous sommes arrivées au point d'avoir nos provisions pour l'année. Ayant fourni le mobilier existant, nous avons encore des ressources pécuniaires suffisantes pour parer à tout pendant un certain temps, et nous ne devons rien à personne.

« Yous voyez, Monsieur^ que nos ressources sont le fruit de notre constance dans le travail, de la confiance qu'on accorde à notre genre d'éducation , qui nous a toujours fourni un assez grand nombre d'enfants pour soutenir nos dépenses, et enfin de l'ordre et de l'économie, qui sont la première richesse de notre institution. Tout nous fait espérer qu'avec le secours de la Providence, nous n'aurons besoin de l'aide de personne. Nous désirons nous rendre utiles au public, conformément aux engagements que nous avons contractés.

« Notre établissement parait inspirer une telle confiance que toutes nos Religieuses, ou presque toutes, n'attendent que l'autorisation du Gouvernement pour se réunir, et plusieurs jeunes personnes, pour se vouer à cet état. Veuillez, nous vous en prions, être favorable à notre requête ; vous obligerez celles qui ne cesseront de prier pour la prospérité de

l'Etat, de cette ville en particulier, et de vous. Monsieur le Maire, qui méritez noire estime et notre reconnaissance à tant de titres. »

Le maire répondit à la confiance qu'on lui témoignait, en mettant tout son crédit au service de ses clientes. Il représenta au gouvernement que l'établissement de la Congrégation était connu anciennement sous les rapports les plus utiles, et qu'il était d'autant plus digne de la faveur du pouvoir, qu'il présentait pour la ville de précieux avantages, et que la consistance qu'il avait su prendre en si peu d'années, grâce aux habitudes d'ordre et d'économie, donnait tout lieu d'espérer qu'il remplirait sa charitable mission sans aucun secours de la ville.

Malgré la bonne volonté du maire et les pétitions qui furent adressées en leur faveur au gouvernement, les dames de la Congrégation n'obtinrent pas alors l'autorisation qu'elles sollicitaient, et leur requête resta sans résultat. Elles continuèrent encore à subsister pendant vingt et un ans sans reconnaissance légale, comme simple société de fait.

Dans les premières années de leur reconstitution, n'étant encore qu'un petit nombre, elles se partageaient entre elles les profits de leur pensionnat. Ce système dura tant qu'elles restèrent dans le quartier de la Couture.

Pour augmenter leurs ressources, elles eurent soin de réclamer à l'Etat le paiement des pensions que

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leur avait votées l'Assemblée Constituante de 1789. Ces pensions n'avaient pas été payées durant le cours de la Révolution. Mais en permettant aux associations religieuses de se rétablir, Napoléon avait voulu qu'on assignât pour les acquitter un fonds spécial. La réclamation des religieuses eut un plein succès. Il est vrai qu'elles reçurent très peu par tête ; mais à mesure que s'accrut le nombre des retours, la rente alla croissant. Elle finit par s'élever jusqu'à près de trois mille francs en total, ce qui était un appoint considérable dans le budget d'une petite communauté.

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