RAISON DE L'IMMOBILITÉ DE L'ARMÉE
jours le véritable motif d'un mouvement, j'augmenterais infailliblement celle de Tennemi, j'ai été obligé de m'arrêter. Je suis loin d'accuser les intentions de M. l'amiral, je les crois trèsbonnes, et je l'ai vu parfaitement dispose à faire tout ce qui dépendait de lui pour favoriser Theureux résultat du débarquement. Je n'en puis dire malheureusement autant de quelques-unes des personnes qui l'entourent ^ »
Ceux qui connaissent l'influence d'une première impression sur un esprit naturellement attaché à ses idées, comme l'était celui de l'amiral Duperré, adopteront le jugement d'une équité bienveillante portée sur cet illustre homme de mer par le commandant en chef, qui, tout impatient qu'il fàt des retards causés par les mesures de l'amiral, n'accusa jamais sa loyauté ni ses intentions. Dans cette persistance de M. Duperré à ne point faire partir les convois avec l'escadre de guerre, ni môme vingt-quatre heures plus tard, on reconnaîtra la trace du premier plan qu'il présentait au gouvernement, à la date du 2 mars 1830, en partageant la flotte en six divisions qui seraient arrivées successivement à jour nommé, du point du rendez-vous, c'est-à-dire de Palma, sur la côte d'Alger, pour opérer six débarquements; de sorte que le seul débarquement des troupes aurait demandé six jours, et que l'on aurait eu, le vingt-septième jour seulement, la partie du gros matériel d'artillerie, des objets de campement et d'administration qui n'auraient pas été embarqués à bord des bâtiments de guerre. En rectifiant son premier plan, l'amiral Duperré n'avait pu se résoudre à l'abandonner complètement. Le séjour de la flottille du convoi à Palma représentait la part feite à sa première idée. Comme tant d'autres hommes supérieurs, il n'avait pu secouer complètement le joug de ses préventions. 11 voyait toujours l'expédition à un point de vue pessimiste, avec une disposition naturelle à s'exagérer ses mauvaises chances et ses obstacles; c'est ce qui explique la lenteur et l'hésitation de plusieurs de ses mesures.
* Lettre du général en chef au ministre de la marine. (Documents communiqués par la famille du maréchal de Bourmont.)
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En outre, il y avait dans son entourage des hommes, possédant sa conCance, qui renchérissaient sur ses dispositions. Dans sa correspondance intime avec le baron d'Haussez, le commandant en chef se plaint formellement d'un de ces officiers qu'il signale comme « s'étant montré le plus opposé de tous aux mesures qu'il a témoigné le désir de prendre pour le succès de Tespédition. » Cet officier* avait l'oreille de Tamiral, qui avait écarté de lui, au début, les hommes de mer favorables à l'expédition et par conséquent ceux qui connaissaient d'une manière pratique la côte d'Alger, surtout le capitaine de frégate Dupetit-Thouars, sur le témoignage et sur les plans duquel l'expédition avait été entreprise'. Le cœur humain est ainsi fait : les supérieurs ne pardonnent guère à leurs inférieurs le tort d'avoir eu raison contre eux, et ce n'est que par un effort héroïque que les plus grandes âmes parviennent à se vaincre ainsi elles-mêmes.
L'amiral Duperré n'arriva point à cette hauteur. Le capitaine Dupetit-Thouars, qui eût pu rendre tant de services à bord du vaisseau amiral, avait été relégué dans la réserve; il était dans une sorte de disgrâce. Nous trouvons dans une lettre écrite par le général en chef au ministre de la marine, après la bataille de Staouéli, le paragraphe suivant, qui ne permet pas d'en douter : a J'éprouve le besoin de recommander particulièrement à votre bienveillance M. le capitaine Dupetit-Thouars, car la manière dont il s'est exprimé à Paris sur la possibilité de l'expédition ne lui a pas valu les suffrages des officiers généraux de la marine, et il serait très-possible qu'il ne fut proposé à Votre Excellence
^ C'était M. Remquet, major de Tannée.
* Au moment du débarquement, c'est-à-dire le 14 juin, il est juste de le constater, le vice-amiral Dupcrrc avait cependant auprès de lui M. Lemarié» lieutenant de vaisseau, premier adjudant du commandant Massicu. < Cet oCGcier, qui avait fait, tout récemment, un travail d'exploration et de sonde des deux baies à lest et à Touest de Torre^hica, écrit-il au ministre de la marine, se trouvait détaché près de moi. Les renseignements qu'il m'a fournis n'ont pas peu contribué à Theureux résultat que nous avons obtenu. » (Rapport du vice-amii-al Dupent au minisire de la marine. Baie de Sidi-FeiTUch, 25 juin 1850.)