‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 116 sur 192 · MARCHE ET COMBATS DU 39 JUIN · texte numérisé non relu

MARCHE ET COMBATS DU 39 JUIN

obéir et envoie au général d'Arcines, qui se trouvait en avant à une petite portée de fusil, des ordres précis dans ce sens. Trois aides de camp viennent successivement réitérer ces ordres; trois fois le général d'Arcines, guidé par son expérience de la guerre et son sens militaire, refiise d'obéir. Enfin il se rend lui-même auprès du général I^verdo, accompagné des colonels Lachau et de Goutefrey, commandant les deux régiments de sa brigade, et devant ces deux témoins, dont la capacité militaire et l'intrépidité, éprouvées sur les champs de bataille de l'Empire, sont connues de toute Tarmée, il oppose les plus vives et les plus solides objections aux ordres qui lui ont été transmis. « Sa brigade, dit -il, occupait la voie romaine. Si le général Loverdo voulait faire quelques pas, il apercevi*ait lui-même le fort de l'Empereur. L'ennemi, battu et découragé, ne tenait nulle part. On pouvait commencer l'investissement du fort, mais un mouvement de retraite rendrait à l'ennemi toute sa confiance. » Le général Loverdo répéta, pour la quatrième fois, son ordre : a Général, ditil, vous allez battre en retraite avec votre brigade et la diriger sur le mont Boudjaréa, pour y remplacer la division des Cars, qui vient elle-même prendre votre place. » En donnant cet ordre, le général Loverdo allégua celui qu'il avait reçu de l'état-major général et qui ne lui laissait pas la faculté d'hésiter.

Alors commença, à travers les ravins qui se succédaient entre la position occupée par la division des Cars, sur le mont Boudjaréa, et la position occupée par la division Loverdo, près de la voie romaine, un mouvement croisé qui mit de la confusion et du désordre dans les deux divisions. La division des Cars, en effet, qui était arrivée, comme on l'a vu, vers cinq heures et demie, à la vigie de la Marine, et dont le général en chef avait visité la position à sept heures du matin, reçut à onze heures ^ Tordre de se remettre en marche pour descendre les pentes du Boudjaréa, et de se rendre vers les consulats d'Espagne et de Suède,

* Ces heures sont indiquées par deux fois dans le journal militaire du duc der Carsy que nous avons sous les yeux.

Googk

où on lui assignait son poste pour le siège du château de l'Empereur. Le lieutenant général des Gars, jugeant que cette route à travers les ravins serait extrêmement pénible pour les soldats et pouvait entraîner des inoenvénients militaires, insista pour contourner les ravins indiqués. Mais le chefd'état-major général lui prescrivit d*y entrer, en l'assurant que ce chemin, plus direct, était praticable. Il s'y engagea donc et mit cinq à six heures pour arriver à son nouveau poste, tandis que deux heures et demie lui auraient su£G s'il avait été libre de choisir son chemin. Encore fallut-il qu'il cherchât une issue pour sortir des ravins où sa division était comme perdue, et gagner la voie romaine, qui le conduisit à sa nouvelle position '.

Le général Loverdo, de son côté, éprouvait de grandes difficultés dans sa marche pour aller se former, comme il en avait reçu Tordre, sur la position où était déjà établie la division Berthezène, en remontant vers la gauche. Les tirailleurs du général d'Arcines eurent de vifs combats d'arrière-garde à soutenir avant d'y parvenir. Là le général Loverdo s'aboucha avec le général Berthezène et convint avec lui qu'il flanquerait constamment sa droite, dans sa marche, vers les positions occupées par la division des Cars, en faisant successivement occuper par les brigades de la deuxième division les emplacements que quitteraient les brigades de la première. Cette' manœuvre eut un commencement d*exécution. La brigade Clouet, de la première division, ayant fait un mouvement sur la gauche, la brigade Danrémont, de la seconde, la remplaça, et fut remplacée par la brigade d'Arcines, qui formait la droite. « Sur ces entrefaites, continue le général Loverdo, au rapport duquel nous empruntons ces détails^ M. le général Tolozé reparut sur le terrain, avant que tous mes tirailleurs eussent rejoint mes colonnes ; il me fit part que c'était par erreur que l'on m'avait fait faire un mouvement rétrograde ; que j'étais, avant de l'exécuter, sur la véritable direction de la place, quoiqu'un peu trop à droite; qu'il fallait, par conséquent,

* Ce fut le lieutenant-colonel Baraguay-d'HilUers qui trouva cette issue.

Googk

Page 1