‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 119 sur 192 · DEVANT LE PORT DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

DEVANT LE PORT DE L'EMPEREUR

redoutables batteries. Des acclamations s'élevèrent sur toute la ligne, et l'armée française salua cette proie qu'elle était venue chercher à travers tant de fatigues et de si loin. On apercevait, entre la ville et le fort de l'Empereur, un nombreux rassemblement de troupes. Du côté de la porte Bab-Azzoun, le rivage était couvert d'habitants, qui sortaient en toute hâte de la ville, en emportant leurs effets les plus précieux. Les consuls européens, réunis au consulat des États-Unis, en face de la porte opposée, envoyaient offrir leurs services au général en chef de Tannée française : ils abdiquaient dès lors leurs fonctions auprès d'un gouvernement condamné à mourir. Le comte de Bourmont prescrivit au général Valazé de reconnaître immédiatement le point où Ton pourrait ouvrir la tranchée dans la nuit suivante, et décida qu'on armerait six batteries contre le château de l'Empereur.

Le 1*' juillet 1830, le commandant en chef de l'expédition résumait ainsi, dans une lettre écrite devant le fort de l'Empereur et adressée à monsieur le Dauphin, toute la suite de la campagne, la marche victorieuse de l'armée, ses glorieux combats, en exprimant l'espérance d'un succès prochain et définitif:

« Monseigneur, le retard des convois qui portaient nos chevaux, nos vivres, le matériel de l'administration, ne me permit pas de profiter de la déroute de l'ennemi, le 19 juin *, pour le poursuivre sous les murs d'Alger et investir la place. Nous n'avions pas les moyens nécessaires au transport des vivres, et je ne voulais pas m'exposer à un mouvement rétrograde devant un ennemi dont il est si essentiel de frapper le moral. Je dus donc m'arrêter à la première position passable que je rencontrai. Celle de Staouéli, où l'ennemi avait établi son camp, me parut être la meilleure ; nous n'étions qu'à deux lieues de nos magasins, et nous avions sur notre front un terrain découvert. Tous les jours, l'ennemi venait tirailler sur nos postes, et particuliè-

« ASUouéli.

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rement sur notre gauche, où le terrain couvert &¥orisaît son approche. Chaque jour nous perdions ainsi quelques hommes ; cependant je n'osais m* éloigner de mes magasins : nous n'avions plus que pour quinze jours de vivres, et nos moyens de transports étaient presque nuls.

« Quelques bâtiments arrivèrent en6n et, le 24 juin, nous pouvions atteler 80 voitures des équipages militaires; nous avions, en outre, 100 mulets, et par conséquent de quoi conduire des vivres à 20,000 hommes placés à quatre lieues. Je partis de la presqu'île pour me rendre au camp de Staouéli, et préparer un mouvement offensif pour le lendemain. Je trouvai cette position attaquée, et je profitai de cette circonstance pour exécuter le mouvement que j'avais projeté. Je marchai donc i ïeanemi, qui se retira promptement sur un terrain coupé de ravios profonds et couvert de haies très-élevées, de vignes, de jardins et de maisons de campagne.

« L'obligation de trouver une position au moins passable me fit pousser mon mouvement jusqu'à deux lieues en avant de Staouéli, à une lieue du château de l'Empereur.

c( Attaqué tous les jours dans cette nouvelle position et sur toute ma ligne de communication, je fus obligé, nos blockhaus n'étant pas arrivés, de couvrir nos communications par une ligne de redoutes, que nous avons armées avec des pièces prises sur l'ennemi.

« Les trois brigades de la 1'* division et les deux premières de la 5^ tenaient bien dans cette position, mais nous perdions chaque jour des hommes par le feu continuel des tirailleurs et celui des batteries que l'ennemi avait établies dès le 26 juin et dont il accroissait chaque jour le nombre. L'arrivée du convoi, les 27 et

28, me permit enfin de préparer un mouvement en avant, et le

29, à la pointe du jour, le Ueutenant général duc des Cars marcha sur l'ennemi à la tête des brigades Berthier 6t Hurel, échelonnées par régiments, la gauche en avant. A sa droite marchait le lieutenant général Loverdo avec les brigades Danrémont et d'Arciues ; tout ce mouvement était appuyé en arrière à droite par le

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