DEVANT LE FORT DE L'EMPEREUR. -W
lieutenant général Berthezène, à la tête des brigades Aehard et Clouet.
« Toutes ces troupes marchèrent l'arme au bras, précédées de leurs voltigeurs. L'ennemi, surpris, essaya vainement de se défendre et prit la fuite dans toutes les directions, abandonnant ses batteries de position et ses magasins. Dès six heures du matin, nous avions planté le drapeau blanc sur la vigie de la Marine : nous occupions les plateaux du mont Boudjaréa, et la tête du 49* régiment occupait le point où nous projetions d'ouvrir la tranchée, à moins de 30O mètres du château de l'Empereur.
« Je crois qu'sqprès deux heures de feu. nous -aurons rasé les défenses de l'ennemi, et que la brèche sera praticable vingt-quatre heures après; qu'en conséquence nous serons. Je 5 juillet, maîtres du fort de l'Empereur.
a Je ne saurais exprimer à quel point je suis satisfait du courage des troupes ; je n'en ai jamais vu qui marchassent à l'ennemi avec plus de confiance et d'ardeur. Nombre d'officiers, sous-offi*ciers et soldats se sont distingués : j'aurai Thonneur de les faire connaître à Votre Altesse Royale aussitôt que j'aurai pu moi-même recueillir des renseignements bien certains sur tous. Ce que je puis dire dès à présent, c'est que, de ma ^e, je n'avais vu l'artillerie servir aussi bien, et que le génie est dirigé en perfisction; les sapeurs ont fait en quinze jours une route de cinq lieues, sept redoutes, un blockhaus et trois fronts de fortifications pour couvrir le point de débarquement, et enfin ouvert la tranchée devant le fort de l'Empereur. Cela me parait prodigieux ^ »
' Documents communiqués par la famiUe du maréchal de Bourmootv
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PRISE DU PORT DE L*f3IFEHElR.
Le fort de TEmpereur, Soultan-Calassi, c'est le nom que lui donnaient les Arabes, se dressait comme une sentinelle ayancÀ: au sud d'Alger, et presqu'au sommet du promontoire au pied duquel se trouve la ville. La voie romaine, passant sur le front du fort de l'Empereur, conduisait à l'angle inscrit que forme Alger en s'éloignant du rivage ^ et au sommet duquel s'élève la citadelle de la Casaubab; car cette ville, du côté où elle regarde la terre, ayant à sa gauche le faubourg de Bab-Azzoun, et à sa droite le faubourg de Bab-el-Oued, affecte à peu près la forme d'un triangle dont la large base s'appuie sur la mer. Ce triangle était protégé à droite, du côté du rivage, par le fort des Vingl- Quatre-Heures, et plus loin, dans la même direction, par le fort des Anglais; à gauche, du côté du nvage, par le fort deBab- Azzoun. Le fort de l'Empereur, éloigné de 800 mètres de la ville, était le seul ouvrage avancé qui défendit la Casaubah.
La forme de ce fort était un carré long. Ses murailles, en maçonnerie, ofiraient à peu près 40 pieds d'élévation sur 10 pieds d'épaisseur, et n'étaient point entourées d'un fossé régulier. Un retranchement en maçonnerie, formant réduit, protégeait le côté ouest. Une tour ronde, s'élevant au centre de la plateforme, dominait l'ensemble des fortifications armées de cent vingt bouches à feu. La ville même d'Alger avait pour défense un mur à l'antique, haut de 25 pieds, terme moyen, garni de distance en distance de tours de forme carrée, et couronne d'ouvertures à meurtrières qui présentaient un peu plus de deux cents embrasures de canon. Le fossé, creusé en forme a
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DEVANT LE FORT DE ^EMPEREUR. 40i>
peu près triangulaire, pouvait avoir de 6 à 8 mètres de profondeur. 11 était bordé, à Textérieur, d'un mur de 2 à 5 mètres de haut sur 12 à 15 pouces d'épaisseur. Depuis la porte Neuve jusqu'à celle de Bab-Azzoun, et un peu au-dessus et au-dessous de la porte de Bab-el-Oued, ce fossé était partagé en deux par un mur presque parallèle à la contrescarpe, surmonté de petits massifs détachés dans lesquels on avait pratiqué des créneaux pour fusil ^. Alger avait trois portes conduisant dans la campagne : au sud, la porte Neuve dans le haut de la ville, et la porte Bab-Azzoun dans le bas; au nord, la porte Bab-el-Oued, également dans le bas. Le côté de Venceinte appuyé à la mer était percé de deux portes, dites de la Marine et de la Pêcherie. C'était au bord de la mer, à 900 mètres de la porte Bab-Azzoun, que s'élevait le fort du même nom. Le fort Neuf couvrait la porte Bab-el-Oued. A 300 mètres de celui-ci était le fort des Vingt- Quatre-Heures, et à 1,500 mètres plus loin, le fort des Anglais. Tous ces forts étaient hérissés de canons.
La citadelle de la Casaubah, résidence du dey, lieu où il enfermait le trésor de la Régence, s'élevait, comme on l'a dit, au sommet du triangle que forme la ville qu'elle domine; car Alger, bâti en amphithéâtre, descend vers la mer. Il semble que l'esprit du gouvernement algérien se retrouvât empreint jusque dans la construction de cette forteresse. La Casaubah menaçait encore plus Alger qu'elle ne le protégeait. Dominant la ville, et dominé lui-même par le petit plateau et les crêtes en arrière, cet instrument de pouvoir absolu semblait plutôt destiné à foudroyer la ville, dans, le cas d'une révolte intérieure, qu'à repousser une attaque du dehors. La Casaubah était entourée d'un mur d'enceinte formé d'une espèce de terre-plein, et bâti en triangle comme la ville elle-même. La Casaubah une fois prise, on était ma!tre d'Alger; mais si Ton s'emparait d'Alger d'un autre côté, on avait encore à réduire la Casaubah.
* Ces détails sont empruntés à la description de Boulin, rectifiée d'après les Annales algériennes. Depuis la conquête, Alger a été fortifié à la moderne, et son enceinte s'est agrandie.
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410 UISTOIRE m LA CONQUÊTE D*ÀL6BR.
La marche des opérations se trouvait doncindicpiée. 11 fiiUait d'abord réduire le fort de l'Empereur. Si la réduction de ce fort n'entraînait pas la reddition de la ville, on aurait à faire le siège de la Casaubah.
Alger, on le voit, n*ctait pas à la merci d*un coup de main, et ceux qui voulaient qu'après la bataille de Staouéli on marchât droit à la ville, sans s'inquiéter de savoir si le génie et Fartillerie seraient en mesure, cédaient à cette impatience téméraire qui, à la guerre, provoque plus de revers qu'elle ne surprend de succès. On avait affaire à des adversaires inexpérimentés, mais d*une rare intrépidité. S'ils avaient eu quelque expérience militaire, ils auraient établi les principaux points de leur défense sur le sommet du mont Boudjaréa et sur les plateaux qui dominent le fort de l'Empereur; la science leur manquait : ils nous laissèrent prendre l'avantage des positions; mais il ne iaut jamais mépriser un ennemi brave, nombreux et aguerri qui peut trouver des ressources dans son désespoir*
IjC général en chef procéda donc avec toutes les précautions usitées dans les opérations de cette nature. La journée du 29 juin avait rappelé l'inconvénient d'opérer sur un terrain mal connu ; aussi le chef d'état-major général fuUil envoyé en reconnaissance le 50 juin au matin, avec deux bataillons d'infiinterie légère et deux obusiers de montagne, commandés par le lieutenant deKergorlay, pour observer, dans la direction du chemin de Constantine, les abords de la place, et juger par ses propres yeux des mesures à prendre pour l'investissement. 11 déboucha parle consulat de Suède, sous le feu du fort de TEmpereur, dont il était environ à 600 mètres, et, après une marche pénible, couronna les hauteurs qui dominent la maison de campagne de l'aga des janissaires, située sur les bords de la mer. LefortBab- Azzoun et les batteries de la baie tirèrent sur notre détachement ; les murs qui leur servaient d'arrière-clôture avaient été percés de manière à servir d'embrasures aux batteries exclusivement tournées du côté de la mer.
Le chef d'état-major général Després, après avoir suftisamment
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