SIÈGE DU FORT DE LEMPERBUR
étudié celte partie des environs de la place, donna le signal de la retraite à sa petite troupe, et retourna au camp en maintenant à distance les partis ennemis qui voulurent le suivre. Pendant cette retraite opérée avec ordre, une des deux pièces ayant été arrêtée au fond d'un chemin creux* par des racines engagées dans ses roues, et les clameurs des cavaliers arabes qui galopaient derrière le corps expéditionnaire, commençant à retentir de plus près, le lieutenant de Kergorlay, qui voyait les derniers voltigeurs se replier, donna à ses hommes, avec autant de présence' d* esprit que de sang-froid, Tordre de démonter la pièce; ils la portèrent à bras jusqu'à ce qu*on fût arrivé sur un terrain pluç facile, où Ton put la remonter.
Le résultat de cette exploration militaire fut la résolution prise de renoncer à Tinvestissement complet de la place. Il aurait fallu 8,000 hommes de plus pour compléter cet investissement ; or on ne pouvait songer à détacher aucun corps de Tarmée de siège, qui ne comptait que trente bataillons. La porte Bab-Azzoun demeura donc libre conmie le chemin de Constantine. L'inconvénient qui pouvait en résulter n'était pas grave : ou ne songeait point à prendre Alger par un blocus, et Ton comprenait que, les Français une fois maîtres du fort de l'Empereur, cette porte pourrait servir à laisser sortir des fuyards, mais non à laisser entrer des secours, car les Arabes et les Kabyles ne vien- <lraient point se placer sous le feu de l'artillerie française qui commanderait la place. On avait seulement à surveiller les rassemblements de cavalerie qui se montraient de ce côté, sur les bords de la mer, vers l'endroit dit des Réservoirs.
Dès la nuit du 23 au 30, on l'a vu, le général Yalazé avait fait commencer les approches, mais on ne put faire rien de considérable dans cette première nuit. Cependant, au lever du soleil, on était établi sur un développement de près de 1,000 mètres. Le point de la tranchée le plus rapproché du fort ayant attiré l'attention de l'ennemi, il dirigea de ce côté un tir si violent et si soutenu, que Ton dut l'évacuer, pendant quelques heures, pour donner aux tirailleurs le temps de rendre leur logement tenable.
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Là tomba un officier de grande espérance, le chef de bataiUon du génie Ghambaud, de service dans la tranchée; le commandant en chef le recommanda à la bienveillance du roi, comme un des officiers qui avaient le mieux mérité, ms^is il ne survécut pas à sa blessure.
Les Turcs prirent cette retraite partielle, accomplie par ordre, pour une fuite, et ils exécutèrent une sortie ; ils furent repoussés vigoureusement par les compagnies de garde. En même temps ils avaient vivement attaqué la maison du consulat de Suède, où Ton construisait une batterie, et, pendant un moment, ils en demeurèrent maîtres. Un bataillon du 49* les aborda à la baïonnette, les en chassa, et les précipita dans le ravin. On s'occupa aussitôt de créneler les murs de cette maison qui couvrait la droite de Tarmée, et on l'entoura d'abatis d'arbres et de tranchées.
I^ général Lahitte et le général Valazé ayant, chacun dans les limites de sa spécialité, examiné la place et les positions d'où Ton pouvait la battre, le plan d'attaque fut ainsi arrêté. Le fort ne présentait que deux faces aux assaillants, celle du sud-ouest et celle du nord-ouest; les deux faces intérieures, protégées par le feu de la Casaubah et le fort de Bab-Azzoun, étaient inattaquables. Les premières tranchées ouvertes à 600 mètres entouraient d'un cercle irrégulier la face nord -ouest; on y construisit, à l'extrémité nord, la batterie de Saint-Louis, qu'on arma de six pièces de 16, et du côté opposé à l'angle rentrant, la batterie Duquesne, armée de quatre mortiers, pour lancer des feux courbes sur la même partie du bastion. On construisit contre la face sudouest la batterie du Roi, de six pièces de 24, et celle du Dauphin, de quatre pièces du même calibre; ces deux batteries étaient placées des deux côtés de la route ; la batterie du duc de Bordeaux, de deux obusiers de 8, placée près de la batterie du Roi, et la batterie d'Henri IV, de quatre obusiers de 24, placée h la maison du consulat de Suède, durent faire converger leurs feux sur le même point des fortifications. C'était en tout vingtsix pièces de canon de gros calibre qui allaient battre la j^lace.
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