‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 123 sur 192 · SIÈGE DU FORT DE ^EMPEREUR · texte numérisé non relu

SIÈGE DU FORT DE ^EMPEREUR

travaux préliminaires du siège exigèrent quatre jours, pendant lesquels Tarmée eut à souflrir d'un tiraillement continuel et de quelques attaques corps à corps. Pendant le jour, Tartillerie ennemie tirait peu; la nuit seulement elle nous lançait des bombes, en faisant précéder chaque projectile de cris sauvages; presque toutes ces bombes éclataient en Tair. Mais les tirailleurs turcs et arabes se glissaient, à la faveur des broussailles, dans les ravins qui se trouvaient à la gauche des attaques, et ils nous blessèrent un assez grand nombre d'hommes. On peut évaluei*, pendant ces quatre jours, notre perte à 200 hommes par jour.

La batterie Saint-Louis surtout, la plus rapprochée de la place, iîit vivement attaquée. Les Turcs, qui paraissaient comprendre l'importance de cette position, entreprirent plusieurs fois de détruire nos travaux. Us y entrèrent deux fois le sabre au poing. Un jeune officier d'infanterie faillit, par sa fougue, compromettre cette position importante. Ennuyé de rester embusqué avec ses hommes, pour protéger les travaux des artilleurs, et de recevoir des balles sans les rendre, il sauta sur le parapet et se précipita vers l'ennemi en criant : <x A moi, mes amis! Chassons cette canaille I » Tous les buissons cachaient des ennemis. Aux premiers pas qu'il fit en avant, il fut accueilli par une vive fusillade partie des haies environnantes, et se replia en désordre avec ceux de ses hommes qui ne restèrent [; as sur le terrain. L'instant était critique. Le capitaine Mocquard, homme de tête et de résolution, chargé de la construction des batteries, fit prendre les armes à ses canonniers et contint par la fermeté de son attitude les Turcs, qui se contentèrent de jeter des pierres à nos soldats, sans essayer de pénétrer plus avant ^

La seconde attaque fut plus vive encore. Le prince de Schwarzenberg, qui recherchait avec une curiosité héroïque les postes périlleux, raconte ainsi un des épisodes le« plus émouvants de cette attaque, le plus propre en même temps à faire comprendre contre quels hommes nos soldats avaient à lutter : « Dans l'une

* Campagne d'Afrique, par BI. Feroel, chef de bataillon.

des attaques dirigées contre la batterie Saint-Louis, dit-il, je fus témoin d'un trait d'intrépidité romaine. Une troupe de Turcs arrive jusqu'à la contrescarpe de la batterie, sans se laisser ébranler par un feu de mousqueterie très-vif. Son chef, homme de haute mine etdecomplexion vigoureuse, monta sur le parapet le sabre au poing et y planta un petit drapeau. Un officier du o9*, je crois, sauta sur le parapet, et transperça de son épée le Turc, qui alla rouler dans le fossé. A cette vue, ses compagnons s'enfuirent. Le blessé sortit en rampant du fossé, se redressa, cria et appela de la main ses hommes; ce fut en vain. Pendant qu'il faisait ces efforts, un biscaïen, parti de la batterie, lui fracassa le genou; il retomba; mais, s'appuyant sur une de ses mains, il se souleva de nouveau, et de l'autre main il rappelait encore les iuyards au combat. Voyant son appel rester inutile, il vomit contre les Français les plus violentes imprécations, et, s'enfonçant jusqu'à la garde son yatagan dans la poitrine, il rendit son âme avec une dernière malédiction. »

Dans cette attaque, le chef de bataillon du génie Vaillant S qui avait remplacé le chef de bataillon Chambaud, tué dans la nuit du 29 au 30, fut atteint d'un biscaïen à la jambe et mis hors de combat.

Le moment approchait où l'armée française serait en mesure de prendre TotTensive. I^ics travaux avançaient rapidement; le 5 juillet ils étaient presque achevés. On avait pratiqué un chemin sur le versant du rideau opposé à l'ennemi, pour le transport de Tartillerie de siège. Chaque jour le général en chef venait visiter les travailleurs, et sa présence redoublait leur ardeur. Le comte de Bourmont avait écrit au commandant de l'armée navale, pour l'inviter à faire opérer une diversion ou une fausse attaque sur la ville d'Alger, et à y jeter quelques bombes au moment où l'armée de terre investirait le fort de l'Empereur. I^ vice-amiral lui répondit, à la date du 28 juin 1830, une lettre dans laquelle il déclarait que le concours de la flotte se bornerait

' En 1855y maréchal de France et ministre de la guerre.

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