‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 124 sur 192 · SIÈGE DU PORT DE L'EMPERLTR · texte numérisé non relu

SIÈGE DU PORT DE L'EMPERLTR

à une simple démonstration, jusqu'au moment où la prise du fort de Bab-Azzoun par Tarmce de terre permettrait à Tannée navale d'approcher plus près de terre sans une compromission certaine : « La seule position à prendre par des bombardes, disait l'amiral, serait dans l'est de la yille, mais après la reddition du fort de Bab-Azzoun, et c'était mon intention de la faire prendre. Dans toute autre, il est bien reconnu que, sous le feu des batteries, les bombardes y seraient sacrifiées sans nul effet ; elles ne pourraient s'en retirer, surtout avec les courants violents qui existent dans ce moment. J'ai été obligé d'envoyer, la nuit dernière, deux bateaux à vapeur retirer de dessous la ten*e, sous le cap Caxine, une corvette et surtout le vaisseau le Trident, qui, après avoir cassé deux ancres dans le coup de vent d'avanthier, qui a de nouveau compromis le salut de toute l'armée, avait déradé et était en dérive. Quant à faire exécuter la fausse attaque par des vaisseaux et frégates qui, presque tous armés sur le pied de paix, sont aujourd'hui désarmés par suite des sacrifices faits en hommes et en embarcations, si utiles pour les relever de la côte en cas de besoin, je dois encore vous dire que la marine fera, dans cette circonstance, tout ce qu'elle pourra ^ »

Cette lettre faisait assez pressentir que la marine ne pourrait donner contre Alger un concours efficace, et qu'elle se bornerait à une démonstration faite à distance. C'est ce qui eut lieu en effet. L'ordre donné pour le 30 juin ne put être exécuté, à cause du calme profond qui régna toute la journée. Mais, ie 1*' juillet, une brise maniable de l'ouest permit le mouvement *. Le contreamiral de Rosamel, avec sa division, défila devant les batteries depuis la pointe Pescade jusqu'au Môle, en ripostant à leur feu.

* Nous transcriTons cette lettre sur Toriginal que nous avons trouvé parmi les pièces et documents <iui nous ont* été confiés par la famille du maréchal de Bounnout. La dernière phrase est un retour vers la réponse que le commandant en dief de Tarmée navale avait adressée au commandant en chef de Texpédili<Hi, à TooGasion de Tappel fait par celui-ci à la marine, afin qu'elle se chargeât de la défense du camp retranché de Sidi-Ferruch.

* Rapport de Tamiral Duperré.

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418 HISTOIRE DE LA CONQDÊTB D*âl\;ER.

Ce spectacle ne fut qu'un spectacle, mais il Ait beau. « Toutes les terrasses des maisons de campagne et les points élevés du pays, dit un témoin oculaire, furent couverts de curieux, qui jouirent pendant une heure et demie d'un spectacle remarquable. L'escadre de bataille était sous voiles, et tous les bâtiments qui la corn* posaient passaient successivement devant les forts de la côte, lâchaient leurs bordées de tribord, et regagnaient la pleine mer quand ils les avaient dépassés, afin d'éviter les feux redoutables des batteries du Môle. C'est dans le prolongement d'une des vallées qui environnent la ville, et dans un encadrement formé par les hauteurs sur lesquelles l'armée était campée, que cette scène se passait pour nous ; elle nous rappelait les exercices de la marine dans la rade de Toulon, lorsque les bâtiments essayaient la portée de leur artillerie ; car, ici comme en France, la mer engloutissait tous les boulets et, à Texception d'un très-petit nom* bre, aucun n'arrivait à sa destination ^ »

Cette canonnade se renouvela dans la journée du 3 juillet sans plus de résultats matériels. La lettre de l'amiral Duperrè faisait pressentir que le concours de la Sotte se bornerait à une démonstration, et un officier étranger, dont le témoignage est naturellement impartial, s'est placé dans la limite exacte de li justice et de la vérité en disant à ce sujet : « Le feu de la flotte ne pouvait avoir pour but qu'une diversion : empêcher les Turcs de porter toute leur attention contre les batteries de terre. C*eât été une faute de vouer la flotte à la destruction sans effet possible eu faveur du siège. Lord Exmoulh avait réussi, mais contre des batteries moins puissantes, et seulement grâce à la ruse qui lui avait permis de les enfiler en prenant position sous pavillon parlementaire *. »

Le vice-amiral Duperré ne commit pas cette faute. La flotte défila à distance , en échangeant une vive canonnade avec ks

* Fcmt4, Campagne d'Afrique, page 109.

* Rûckblick auf Algier, etc.; pages i62 et i63. Encore faut-il ^joulEr que lord Exmouth ne réussit qu'en partie et que, sans rinsurredioo qui forçi le dey i traiter, il aurait été obligé de s'éloigner sans rien obtenir.

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