‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 13 sur 192 · LES BARBEROUSSE · texte numérisé non relu

LES BARBEROUSSE

connaître par liy comme chef. Avant de commencer ses courses, il aborde à l'île Mételin, sa patrie, dit-on, et où du moins résidait sa mère; il promet à celle-ci de grandes richesses, emmène son frère Khaïr-el-Dinn, aussi audacieux que lui, lui confie son brigantîn, fait monter sur son propre navire Ishaac, un autre de ses frères. 11 est, dans ce moment, Tennemî des Turcs, dont il redoute la justice, comme l'ennemi des chrétiens ; c est un outlaw à qui tout est bon comme proie.

Sa première prise est même une galîote turque. A grand'peine il laisse la vie au capitaine qui la lui demande en promettant d'être, jusqu'à la fin de sa vie, son fidèle esclave. Sa fortune commence avec sa seconde prise, qui est bien plus importante ; c'est un navire qui transportait à ?)aples trois cents Espagnols, et parmi eux soixante gentilshommes. La rencontre eut lieu devant l'île de Lipari. Le combat dura trois jours. Après une résistance acharnée, les pirates triomphèrent. Le butin était considérable. Baba-Haroudj, habile à profiter de ses avantages, entre en grande pompe à Tunis, conduisant en triomphe son butin, ses esclaves, au nombre desquels on remarque quatre jeunes filles d'une grande beauté, montées «ur des mules ; les corsaires, couverts de riches habits, fermaient le cortège, en agitant leurs étendards. Cette espèce d'ovation, qui avait l'avantage de frapper vivement l'esprit des populations, se termina par un beau présent en esclaves et en marchandises offert au souverain de Tunis, qui reconnut cette offrande politique en permettant à Barberousse de choisir, parmi ses navires, celui qu'il jugerait le plus propre à la course.

L'histoire de Barberousse est, à partir de ce moment, une suite d'entreprises hardies jusqu'à la témérité, tentées avec le concours d'hommes sans foi ni loi, mais aussi sans peur. Tantôt ce sont des rencontres de mer qui mettent l'intrépide pirate aux prises avec des bâtiments supérieurs en force et en nombre, les galères du pape, les vaisseaux de l'Espagne, dont cependant il s'empare à force de courage, de ténacité, de présence d'esprit; tantôt ce sont des descentes imprévues sur le

Googk

littoral de la Méditerranée et de ses îles, avec des pointes rapides vers des châteaux que Ton pille après des comfiats sanglants.

Barberousse trouve dans les pirates de Tile de GeWes d'utiles auxiliaires pour ses entreprises. Ce n'est point seulement un voleur de mer, c'est un énergique soldat, un habile capitaine qui compte pour rien le danger, les obstacles, quand il s'agit d'atteindre une riche proie. L'intuition de son avenir jette déjà de brillants reflets sur sa vie de brigandage. Il étudie en passant les fortifications d'Alger comme s'il pressentait que ce lieu sera le théâtre de sa puissance. Il propose au roi de Tunis le siège en règle de Bougie, occupé par les Espagnols depuis l'expédition du cardinal Ximenès. C'est ainsi qu'il s'apprête à franchir la limite qui sépare la fortune du pirate de celle du conquérant.

Le trait le plus marqué de ce singulier caractère, c'est une énergie indomptable, une infatigable ténacité. Il échoue une première fois dans le siège de Bougie, tenté de concert avec le roi 4e Tunis et un cheik arabe, son allié ; il y perd même un bras atteint par un biscaïen. Depuis ce temps, les chrétiens l'appelèrent Barberousse-le'BraS'-coupé, Loin de céder au découragement, il tente, tout blessé qu'il est, une descente sur la côte d'Espagne, et, l'année suivante, il recommence le siège de Bougie. Cette fois son frère Ishaac y périt; la canonnade, les assauts, tout demeure inutile, et, une expédition partie d'Espagne le memiçant du côté de la mer, il ne lui reste qu'à brûler ses vaisseaux engravés par la baisse des eaux, dans l'Oued-el-Kebir. Pour le coup, sa situation semblait désespérée. La plupart de ses compagnons, enchaînés à leur chef par le succès seulement, l'avaient abandonné, lui-même il se croyait perdu sans retour, quand le cheik arabe Ben-el-Kady lui demanda s'il voulait le suivre à Gigel.

Ce fut pour Barberousse un port de salut où il put attendre un retour de fortune. La difficulté de sa position consistait en effet dans la nécessité où il était de tenir sans cesse la mer sans avoir d'autre refuge que les ports du littoral africain, ou-

Googk

Page 1