‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 149 sur 192 · SITUATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

SITUATION GÉNÉRALE

l'orgueil des tribus auxquelles il s'adressait, et dont la chute du dey avait relevé les espérances et enflé les prétentions. 11 augmenta son crédit par quelques expéditions tentées contre nous, et auxquelles une partie des maghzen d'Oran prirent part; car, dans rincertitude et le chaos où se trouvait la province d'Oran, les anciens auxiliaires et les anciens sujets des Turcs tendaient à se réunir contre nous, sous la double pression du patriotisme et de l'esprit religieux.

Les Français se trouvaient donc engagés» sans pouvoir encore se rendre compte de leur situation, contre trois ennemis : deux débris de la domination turque, le bey de Titery et le bey de Constantine : c'était le passé qui cherchait à survivre , et une puissance naissante qui s'appuyait sur les sympathies des populations indigènes, la puissance d'Âbd-el-Kader, un de ces marabouts qui avaient mis plus d'une fois la domination turque en péril, et qui se trouvait cette fois dans des conditions bien plus favorables, carie sentiment musulman, surexcité contre les chrétiens, pouvait servir de contre-poids à l'esprit d'antagonisme mutuel des Kabyles et des Arabes, comme à l'esprit d'individualisme de tribu à tribu; il y avait là un avenir qui cherchait h naître. Conquérants nouveaux, triplement étrangers au pays par la race, la religion, les mœurs, les Français ne pouvaient, dans ces premiers moments, avoir aucune idée sur ce qu'ils avaient à faire; ils sentaient seulement qu'ils étaient entourés d'ennemis; ils avaient l'épée à la main, ils s'en servirent à tâtons.

Le général Clausel, qui se trouva le premier en face de cette situation difficile, sans instructions précises, dépourvu de notions que personne ne pouvait lui donner, dans un pays inconnu, en face de populations plus inconnues encore, et avec un eflectif réduit, possédait de hautes qualités militaires qui l'inspirèrent sur tous les champs de bataille, avec quelques défauts qui en diminuaient le prix. C'était un homme des grandes guerres, joignant l'expérience acquise à la rapidité et à l'étendue du coup d'œil; mais il n'était ni organisateur ni administrateur, il n'était que guerrier, et il portait dans ses entreprises une légèreté impré-

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voyante de nature à l'engager dans des difficultés d'où il sortait ensuite par son intelligence militaire et par sa vigueur.

Ce lut avec lui que commença la première période de notre domination, période de tâtonnements^ d'essais, pendant laqueUe la question d'Alger est mise à l'étude, au milieu de combats continuels, sans direction bien systématique, mais souvent glorieux pour nos armes, utiles en ce qu'ils formaient des hommes, non-seulement capables de battre les populations guerrières de l'Algérie, mais de les comprendre, de chercher et de trouver la solution du problème de la conquête comm^icée par les armes, pour être achevée par la politique. lii parurent d'abord, daii> les débuts de leur fortune militaire, Duvivier, Changamier. Lamoricière, avec les généraux Munck-d'Uzer, Achard, le colonel Bulhières, Baraguay-d'Uilliers, qui dataient de l'^pédilion de 1830, puis Bedeau, Cavaignac, Pélissier, tous hommes d'avenir, plus tard Bugeaud, appelé à s'illustrer sur une terre où il dâmta par une faute considérable; plus tard encore un homme, leur aîné et leur supérieur en grade, qui devait laisser dans l'Algérie le renom de la gloire la plus pure, et fonder une école de probité, de haute moralité militaire, qui a ccmservé de nombreux et de nobles représentants : nous avons nommé le maréchal Valée.

La première phase de notre domination en Afrique, ouverte sous le gouvernement du maréchal Clausel, en 1830, se ferme en 1837, par la seconde expédition et la prise de Constaotine. sous le gouvernement du général Damrémont. C'est la phase des^ tâtonnements politiques et administratifs, des aventures militaires. Le résultat positifde ces sept ans de combats, c* est la disparition complète de la domination turque à Constantine, à Titery, à Oran, les trois centres où elle dominait.

lia seconde phase s'étend de 1837 jusqu'en 1839. C'est une période de paix relative, quoique cette paix n'ait januiis été complète. Nous essayons de constituer notre gouvernement dans la province d'Alger et dans celle de Constantine. Abd-d-Kader. qu'un premier traité signé par le général Desmichels, en 1834. avait désigné aux populations comme le représentant de la natio-

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