‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 160 sur 192 · ESSAI D'UNE TRANSACTION AVEC ABD-EL-KADER · texte numérisé non relu

ESSAI D'UNE TRANSACTION AVEC ABD-EL-KADER

péditioi» militaires sans résullate décisifs, par «ue conveaiion quiy selon lui, dewt procurer à la province un repos durable. Celui qui a besoin de la paix en fait les frais. Le traité signé en 1834 par le général Oesmichela, sans le congé du général Yoirel, reconnaissait AbdreIrKader comme prince des croyants, don* naît aux Arabes la liberté de vendre et d'acheter de la poudre, des armes, du soufre, tout ce qui concerne la guerre ; ce qui équivalait à reconnaître leur indépendance. Enfin, ce traité plaçait le commerce d'Arzew, centre commercial de la province, sons le gouvernement d'Abd-el*Kader, et réduisait Mos^ taganem et Oran à ne recevoir que les marchandises nécessaires à leurs habitants.

Abd-el-Kader profita habilement d&cette paix avec les Français, delà puissance réelle, du prestige et de la liberté d'action qu'elle lui assurait, pour rédiûre sous son obéissance toute la partie de la province d'Oran qui s'étend depuis le Qiélif jusqu'à l'empire du Maroc. A partir de ce moment, il conçut l'espoir, et même il exprima prématurément l'intention de pacifier les tribus de l'est, jusque dans la Mitidja. U s'arrêta cependant devant une lettre très-ferme du maréchal Clausel, qui lui déclarait que le passage du Chélif par les troupes arabes équivaudrait à une déclaration de guerre contre la France. L'émir n'avait fait que suspendre Taccomplissement de ses projets. Lorsque le comte d'Erlon, après avoir provoqué, en 1835, le rappel du général Desmichels, à cause du traité signé par lui, fut retombé dans la politique des concessions, l'émir, qui entretenait auprès du gouverneur général un agent intelligent et actif, et savait ainsi tout ce qu'il pouvait oser impunément, ne craignit point de passer le Chélif, pour aller à la rencontre du cbérif des tribus du désert qui marchaient contre lui et les Français. I^ comte d'Erlon se réagna à subir la protection d'Âbd*el-Kader, le remercia et lui envoya des présents par un ambassadeur, au lieu de le punir. Dès lors l'émir, traité en souverain, se considéra comme le maître de l'Algérie, et pensa que les Français se contenteraient d'y occuper quelques comptoirs sous sa protection.

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Organisateur en même temps que guerrier, il paoifia les tri bus, nomma le bey de Titery, celui de Miliana, institua un kaîd chez les Hadjoutes, qui habitaient dans la proTÎnce d'Alger, un autre dans la tribu des Beni-Khalîl, voisine de nos possesàons. Ce fut immédiatement après ces éirénements (en juin 1835) que le brave général Trézel, commandant dans la province d'Ono, ayant voulu protéger, malgré la disproportion de nos forces aTec celles de Témir, des tribus qui avaient pris parti pour la France contre Abd-el-Kader, éprouva un échec très-grave sur la Mada, et fut sacrifié par le comte d'Erlon à la fortune de Témir. Abd-d- Kader chercha plutôt à faire oublier sa victoire qu'à s'en prévaloir. Il comprenait qu'elle était un danger pour sa fortune, puisqu'elle intéressait l'honneur de la France à la renverser. En efiet, Tannée 1855 ne s'était point écoulée avant que le maréchal Clausel, nommé de nouveau gouverneur de l'Algérie, reviDl chargé de venger l'échec de nos armes dans la province d'Oran. Le jeune duc d'Orléans, qui avait voulu partager les périls de Texpédition, se conduisit de manière à nimter l'estime de l'armée dans cette campagne, dirigée par le maréchal Clausel avec cette haute expérience de la guerre et cette supériorité detac* tique qui en tirent une bonne école pour nos jeunes oiBcia^; mais elle fut sans résultat politique, parce qu'au lieu d'établir un centre de domination française à Mascara, on se conteola de brûler à demi cette ville, dans laquelle Abd-<d*Kader rentra des que nos troupes furent éloignées.

C'était là la cause véritable de notre infériorité dans ces premières années de la guerre contre les Arabes, malgré notice supériorité militaire incontestable. Nous préparions longuement des expéditions contre des ennemis toujours prêts, qui n'acceptaient presque jamais des engagements à fond, se dérobaient devant nos colonnes après de vives escarmouches, et reparaissaient presque intacts pour inquiéter les retraites laborieuses qui suivaient toutes nos expéditions; c'est l'bistoire de la campagne de Mascara, comme celle de Mostaganem, qui la suivit de près. Il faut ajouter que le maréchal Clausel, en frappant de lourdes

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coniributions de guerre sur les habitants du pays qui nous étaient favorables, nous aliéna tous les esprits. Ces promenades militaires ne pouvaient point afbiblir^ à plus forte raison détruire la puissance d'Abd-el*Kader. Quand le gros de nos troupes s'était retiré, il prenait d'éclatantes revanches. C'est ainsi que le général d' Arlange éprouva, sur la Tafna, un revers qui rappela celui de la Macta.

H fallut envoyer de France, en juin 1836, le général Bugeaud à la tète de trois régiments, pour dégager nos troupes renfermées dans le camp de la Tafna, et ravitailler celles qui occupaient le méchouar de Tlemsen, sous les ordres d'un chef d'une fermeté éprouvée, le capitaine Cavaignac. Le général Bugeaud, qui faisait sa première apparition en Afrique, s'acquitta avec éclat de cette mis»on, battit Abd-el-Kader, le mit en fuite, après lui avoir lait éprouver des pertes considérables, ravitailla le méchouar, se rendit à Oran, et s'y embarqua pour la France, ou le grade d'officier général fut le prix de sa courte mais brillante campagne. Abd*el-Kader se releva bientôt de ce revers, qui n'atteignait point sa puissance dans sa source, et la situation de la province d'Oran demeura ce qu'elle était : nos troupes étaient à peu près bloquées dans la ville; les Douairs et les Smelas, nos alliés, étaient obligés de se réfugier sous notre canon, et Ton était contraint, pour ravitailler Oran et Tlemsen, de recourir à l'intermédiaire du juif Durand, l'agent ordinaire d'Abd-el- Kader, qui obtint le consentement de l'émir, sous la condition que lui-même recevrait les marchandises européennes dont il avait besoin, et obtiendrait la remise des prisonniers faits par le général Bugeaud l'année précédente.

Au commencement de Tannée 1857, et peu de temps après cet événement, qui, joint à la prise d'armes des tribus de l'est et au soulèvement de la Milidja, démontrait que la puissance d'Abd-el-Kaber, loin d'avoir décru, avait grandi, le général Bugeaud arrivait dans la province d'Oran, avec un commandement qui'le rendait défait indépendant du général Danirémont, nommé gouverneur général de l'Algérie. Sa mission était de

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combattre Témir à outrance, s il ne parvenait point a stgaer avec lui une paix convenable.

On vil une fois de plus, dans cette circonstance, combien il importe de ne pas scinder les pouvoirs en présence d'un ennemi habile, qui sait profiter des divisions qni naissent ntlnirilement d'attributions mal définies, même entre les hommes les mieux intentionnés. Les instructions du général Damiémont étaient rédigées de manière à lui faire croire que le général Bugeaud ne pourrait rien faire sans l'avertir et rien coackire uns son attache ^ et celles du général Bugeaud le portaient i penser qu'il pouvait signer la paix sans la sanction du gouvemeorgè^ néral. Abd-el-Kader profita adroitement de cet antagonisme, s'adrel^a au général Damrémont de manière à piquer au- vif le caractère irritable du général Bugeaud et à l'amener à des concessions qu'il aurait peut-être héâté à souscrire sans cda.

Le traité delaTalhaf signé en mai 1837, mettait le dernier conronnement à la grandeur d'Abd*el*Kader; il ajoutait à ses possessions territoriales, et il donnait à sa souvei^aineté sar les tribus le prestige moral attaché à la sanction de la Fraute. La France ne gardait que quelques points dans la province d'Oran : Mostaganem, Mazagran/ et leur territoire, Oran, Arzew, et un territoire étroitement limité, à Test par la rivière de la Hacla et le territoire d'où elle sort, au sud par une ligne partant da marais ci-dessus mentionné, passant par le bord sud du lacSebgha, et se prolongeant jusqu'à rOued-Maleh (Rio Salado), dans la direction de Sidi*Saïd, et le long de cette rivière jusqu'à la mer. Elle ne conservait même pas la province d'Alger tout eatiere. Alger, le Sahel, une partie de la plaine de la Mitidja, restaient sous sa domination; mais il demeurait convenu que l'émir administrerait la province d'Oran, celle de Titery, et toute la partie de la province d'Alger que le traité ne nous réservait pas.

L'émir devenait de fait souverain de toute l'ancienne Régence

^ Voir la letira du minislrc de la guerre, écrite 2i la date du 2 avril 1857. au gcnëral Damrémont, et la lettre du général Bugeaud portant la date du 25 mai de la même année. (Annales algéiiemes, tomeilL page Si7.)

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d'Alger, moins qudqaes territoires que le traité de la Tafiia nous attribuait, et la province de Constantine que nous allions eonquérir. Le texte dans fequel il reconnaissait la souveraineté de la France était équivoque, controversable; il devait être et fiit controversé ^ 11 ne nous payait aucun tribut. Nous lui abandonnions le camp retranché que nous occupions à la Tafna, akisi que Tlemsen et son mcchooar. Il acquérait par ce traité une telle prépondérance, que la nationalité indigène trouvait en lui son représentant, et que les tribus qui nous avaient été favorables n'avaient plus que la ressource de se faire pardonner les preuves d'amitié données à la France, en se livrant sans réserve à l'émir. 11 était à craindre que, chef temporel de ces populations, il ne devint bientôt leur chef spirituel, ce qui devait rendre son ascendant considérable.

Tel était le traité de la Taiha, qui rendait Abd-el-Kader trop grand en Algérie pour qu'il n'employât pas sa puissance à gran dir encore, et qui faisait une position trop étroite à la France pour qu'elle s'en contentât longtemps. Le général Bugeaud, comme on le voit dans ses dépêches officielles, avait cédé à Tespoir de gouverner l'Algérie par les mains d'Abd-el-Kader, et c'était pour cela qu'il n'avait pas craint de le rendre si puissant ^ Mais Abd-^l-Kader était de la grande race des ambitieux; il avait des espérances trop hautes, et, il faut le dire, des sentiments trop élevés, des idées trop ficres, pour consentir à être notre instiiiment. 11 se servait du général Bugeaud, qui avait cru se servir de lui. Ce fut alors qu'il tenta d'exécuter sur une grande échelle la pensée qu'il avait conçue d'élever un empire arabe sur les ruines de l'empire turc.

' Le texte arabe voulait dire mot k mot : a Abd-el-Kader reconnaît qu'il y a un sultan des Français, i

* « Je trouTais des avantages i lui céder plus, parce qu'il nous offrait plus de garanties, plus de sécurité et plus d'avantages commerciaux quo des beys sans 'influence qu'on voudrait établir entre l'émir et nous. C'est cet ordi*e d'idée» qui m'a déterminé & outre-passer mes instructions.» (Lettre du général Bugeaud k H. le comte Mole» président du conseil ('29 mai i857).

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L'historien n'a point d'ennemis, et il a deux souyeraines maitresses, la justice et la vérité. Il faut être juste et vrai en pariant de l'émir Abd-el-Kader : il fut à la hauteur de la grande mission qu'il s'était donnée. Si nous fûmes ses maîtres dans l'art de h guerre, nous apprîmes beaucoup à son école, relativement aux méthodes de gouvernement applicables à l'Algérie. Au gou\€rnement exactionnaire des Turcs, il fit succéder un gouvernement régulier, équitable et ferme, appuyé sur la lettre du Coran, surtout en matière d'impôts et pour la distribution de h justice. Il substitua avantageusement aux anciennes divisions par provinces ou beyliks des agglomérations de tribus groupées par affinités. 11 y eut ainsi des kaliiats, des agaliks et kaidiks, gouvernés par des kalife, des agas, des kaïds. Mais, tandis que notre organisation française par départements, sous^préfectures, conununes, repose sur des divisions territoriales, l'oi^nisatàon imaginée par Abd-el*Kader reposa surtout sur le caractère et l'influence de Thomme qui, à ces différents degrés, lui servit de pivot.

Pour l'impôt, il réduisit ses exigences aux contributions prescrites par le Coran. Il demanda le mahouna, espèce de dîme sur les céréales, le quantum exigible sur le croit des troupeaux, tous les impôts écrits dans la loi, dont le mode de répartition est réglé d'avance dans chaque tribu, de manière qu'il ne puisse y avoir ni doute ni contestation. En même temps il surveilla avec sollicitude la perception de l'impôt, pour prévenir, autant que possible, les exactions et les avanies qui avaient rendu le gou* vernement turc si odieux. Si l'on en excepte les circonstances où les nécessités de la politique dominèrent ses choix, il montra un rare discernement dans la nomination des kalifs, des agas et des kaïds. A l'aide des impôts perçus, il réussit à former des troupes régulières, qui lui fournirent un des éléments nécessaires d'un gouvernement normal.

Ce ftit moins encore par ses succès militaires que par ce bienfait d'un gouvernement régulier et, toutes les fois qu'il le pouvait, équitable et modéré, qu'Abd-el-Kader fit accepter sa puis-

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