‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 171 sur 192 · PRISES D'ARMES DE 1844 ET 1845. 60'J · texte numérisé non relu

PRISES D'ARMES DE 1844 ET 1845. 60'J

dans une position à la fois douloureuse et redoutable. Ce chef militaire, qui, après 1848, devait arriver en Algérie au premier rang et préluder par deux expéditions conduites avec sagacité et vigueur, celle de la grande Kabylie chez les Zouaouas, et celle du Sahara, dans laquelle il s'empara de Laghouat (EUAghouat), à la grande action militaire récemment accomplie sur un plus grand théâtre, est arrêté par les Ouled-Riah, qui se réfugient dans leurs grottes. Après les avoir en vain fait sommer de se rendre, ne pouvant les forcer dans ces grottes, ni les laisser sans un grave danger sur ses derrières, il fait allumer devant l'ouverture de grands feux. Cinq cents personnes, hommes, femmes, enfants, périssent dans cette circonstance ; action terrible qui arrive aux dernières limites du droit de guerre ^ Abd-el-Eader, qui n'avait

< On se souTient de Timprcssion que produisit en France la nouvelle de ce Élit de guerre. L'histoire, qui juge à distance, d'après la raison et non d*après les impressions, doit restituer à ce fait son véritable caractère. Le colonel Pélissier avait deux genres de responsabilités : responsabilité envei^ son général eu chef, car, dans la guerre d'Algérie, les opérations des colonnes étaient combinées, et le ralentissement de la marche d'une colonne pouvait compromettre toute une expédition; responsabilité envers les troupes qui lui étaient confiées : or, il y aurait eu compromission pour ces troupes à laisser derrière elles des ennemis énergiques et exaltés jusqu'au fanatisme. Il ne pouvait donc ni s'ar* réter et attendre, ni laisser derrière lui les Ouled-Riah. Enfin, il ne pouvait les attaquer avec les moyens ordinaires, car il exposait ses troupes à une cata strophe imminente en les lançant dans des grottes dont elles ne connaissaient ni les détours ni les issues.

D'après la loi terrible qui régit cette terrible chose qu'on appelle la guerre, on a le droit de faire à l'ennemi le mal nécessaire. Le fait des grottes des Ouled-Riah fut l'application de cette loi. Le colonel Pélissier, après avoir sommé les Ouled-Riah, qui prolongeaient au delà des limites posées par les lois de la guerre, une résistance inutile et funeste aux siens, employa le seul moyen qui pût vaincre cette résistance. Il renouvela encore inutilement la sommation pendant que ses ordres étaient en voie d'exécution. Les Ouled-Riah, au lieu de se rendre, ouvrirent une issue à la fumée, en pratiquant une ouverture dans la grotte, et amenèrent ainsi la catastrophe. Le courant d'air qui s'établit poussa l'incendie dans les grottes, et ceux qui y avaient cherché un refuge y périrent consumés. L'humanité en gémit, mais coomie elle gémit de la guerrii et de tous les malheurs qu'elle entraîne à sa suite. Le colonel Pélissier se trouva dans une droonstance exceptionnelle, et il agit sous le coup d'une im*

point donné jusque-là des preuves d'inhumanité, soit que k longueur de la lutte eût exaspéré son caractère, soit que st$ revers multipliés et Fétat désespéré de ses affaires l'eussent précipité dans la cruauté, ou qu'enfin il eût touIu, par politiqiie, se mettre au niveau du fanatisme et de la lîireur de ses oordigionnaires, signala la fin de la campagne en faisant massacrer des prisonniers de sang-froid.

Dans cette lutte, où le maréchal Bugeaud, les généraux Lamoricière, Bedeau, d'Arbouville, Marey, Cavaignac, les cohaé (léry, Lamirault, Pélissier, Walsin-Esterhasy, Saint -Arnaud, jouent les principaux rôles, le dénoûment n'est pas un instint douteux, quoique nous éprouvions, sur quelques points, des pertes sensibles, de douloureux accidents. C'est comme un vistt incendie que nous éteignons sous les pieds de nos soldats. U guerre s'éparpille sur tous les points, et l'ensemble se perd daos les détails.

Comme il arrive dans les incendies dont la flamme languit e( parait parfois s'éteindre sous les décombres qui ne font que b couvrir, la guerre semble finie vers la mi>juin de l'année 1845. Abd-el-Kader a encore une fois cherché un asile sur les terres do Maroc, en échappant à l'ardente poursuite de nos colonnes; et le gouverneur général, convaincu que tout est fini, est parti pour la France en laissant l'intérim au général Lamoricière. Ce qu'on avait pris pour un dénoûment n*était qu'un entr acte. Abd-^ Kader, assis sur les terres du Maroc, attirait à lui, non plus de> tribus tout entières, comme dans les premiers temps, les routes étaient trop bien gardées, mais les guerriers les plus intrépides des tribus à la tète desquelles il avait combattu, et, cette émigration partielle recrutant son armée, sa dcira se composait, à la fin de Tété de 1845, de G, 000 tentes. Les tribus marocaines au mi-

IH'rieuse nécessité; toute sa canièi-e niililaii'e, remarquable par la préToyance (i-.ms le commandement et une politique éclairée vis-à-vis des Arabes, seti df* commentaire à cet acte unique. G'e^t pour cela que nous n^avous pas bésitt'* à tiire, plus bas, que les hommes de premier pian firent la guerre en AlgtTic :ivec rhumanité qu'elle comporte.

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