PRISES D^ARMES DE 1841 ET
lieu desquelles il campait lui étaient sympathiques et lui iburnia- .saient des auxiliaires.
Presque aussitôt après le départ du maréchal, de fôcheax symptômes éclatent; au mois de septembre, la guerre se rallume avec une nouvelle fureur. Abd-el-Kader fuit encore une fois a« Maroc. Sur tous les points à la fois, on Voit surgir des Bou« Maza. Nous éprouvons, dans l'arrondissement de Tlemsen, un sinistre de guerre, causé par la témérité de Tinfortuné Montagnac, qui s'aventure malgré des ordres précis, avec une colonne peu nombreuse, au milieu de forces supérieures commandées par Témir. Plusieurs centaines d'hommes ptuîssent ou restent prisonniers. Le général Lanioricière oj^pédie des dépèches au gouvernement et au maréchal Bugeaud, et, avec son intelligence, son activité et sa vigueur ordinaires, il court à Oran, afin de faire face au péril le plus pressant. Le 15 octobre, le gouver^ ncur général arrive à Alger avec des renforts considérables, et trois jours après il entre en campagne; le général Bedeau, revenu comme lui de France, prend le commandement delà province de Titery. Rien n'égale l'activité de cette campagne. Notre armée d'Afrique atteint le chiffre de 115,000 hommes. Nous avons à la fois en mouvement jusqu'à quatorze colonnes. Elles sillonnent le pays et, tantôt concertant leurs mouvements, tantôt agissant séparément, accablent les populations qui se lèvent, portent partout le fer, la flamme, la dévastation^ partout poursuivant l'émir. Le maréchal use en môme temps les forces ennemies et son armée : plusieurs de ses lieutenants, entre autres le colonel Géry, ne survivent pas à ces fatigues surhumaines. C'est moins une guerre qu'une chasse ardente, obstinée, dans laquelle tantôt les uns, tantôt les autres mènent l'émir, noble gibier qui, traqué
* Le maréchal Bageaud ne faisait que renouveler le système de guerre appliqué par Métcllus : Içitur MeUllus ubi videt miquum certamen eum /u>«iibus, minore delrimento illos vinci quam suos vincere, statuit alio more bellum geretidum. In Numidix loea opuUntissima pergit, agros vastat, multa casUlla et oppida temere munita atit sine praesidio capit incendit* que, (Sallustc, de BelloJugurthino.)
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parlout et par tous, fuit en combattant toujours et en cherchanC des ennemis à la France. Enfin, au mois de février, il arrÎTe chez les Kabyles du Djurjura, et, pris entre les colonnes conduites par le maréchal Bugeaud, les généraux Bedeau, d'ArbouvilIe, Gentil, il tente en vain de soulever les tribus kabyles, découragées par le nombre et la force de ses adversaires, et il est obligé de se diriger vers la frontière du Maroc.
A partir de ce moment, l'insurrection déclina pour s'éteindre bientôt. Comme il arrive aux partis malheureux, nos adversaires se divisent. Abd-el-Kader perd son crédit en Algérie et dans le Maroc, et les derniers efforts des passions religieuses et de l'esprit d'indépendance se fractionnent et s'éparpillent. La longue et constante infortune de l'émir, signe de réprobation aux yeux des musulmans, a lassé le dévouement de ses anciens partisans. On le considère comme trop politique; ses lumières mêmes lui nuisent, et les fanatiques lui préfèrent Bou-Maza. L*unité de la résistance musulmane se brise, et nous avons affaire à des forces anarchiques. Ce sont les dernières convulsions d'une résistance expirante. L'émir, après avoir fait égorger de sang-froid 270 prisonniers par ses fantassins réguliers de la deira, sur le territoire du Maroc, a vu crouler les dernières espérances de sa fortune; sa gloire s'obscurcit en même temps que sa puissance tombe.
Le gouverneur général, pour couronner les succès obtenus contre les Arabes, voulut diriger en personne, au conunencément de 1847, une expédition contre la grande Kabylie, c'està-dire contre cette partie montagneuse de la province de Constan- Une qui avoisine Bougie. Il croyait utile de montrer au moins la puissance de la France aux petites républiques indépendantes et guerrières qui peuplent ces montagnes, et, sans occuper d'une manière permanente leur pays, de leur faire reconnaître du moins notre supériorité. Cette entreprise, vigoureusement conduite, obtint un plein succès. Les deux colonnes expéditionnaires, dirigées par le maréchal Bugeaud et le général Bedeau, triomphèrent des obstacles du sol et de la résistance de plusieurs tribus kabyles ; le gouverneur général et son habile lieutenant
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