EXPÉDITION CONTRE LA GRANDE RABYLIE
reçurent un grand nombre de soumissions. Ce fut dans une de ces expéditions chez les Kabyles du mont Aurès, les plus indépendants de tous, qu'il arriva au général Bedeau une aventure étrange et qui mérite d'être rappelée, parce qu'elle touche à ui^ question d'histoire. IjC général Bedeau était dans TÂurès, et un Arabe appartenant à Taristocratie de sa tribu et nommé Ben- Daoud Ty avait suivi. C'était un homme au courant des habitudes européennes, et qui, ami des Français, avait obtenu la croix de la Légion d'honneur. Le jour où, après la soumission des tribus, les différents che& vinrent chercher leurs burnous au camp français, TArabe Beu-Daoud crut devoir leur faire politesse; il alla les recevoir, leur fit prendre le café, et, à titre de coreligionnaire, leur expliqua tous les avantages moraux et matériels qui résulteraient pour eux de leurs relations avec les Français. Il parlait avec éloquence, en homme habitué à discourir et qui connaît les affaires. Quand il eut fini de parler, un des chefs, dont les yeux bleus et le teint blanc contrastaient avec le teint basané et les yeux noirs de Ben-Daoud, lui répondit : « Tu parles bien, et celui qui t'a appris la rhétorique n'a pas perdu son temps; mais tu perds le tien avec tes recommandations. As-tu oublié que tu es Arabe et que nous sommes Kabyles, que nos ancêtres ont connu les chrétiens, que plusieurs étaient fils de chrétiens et que nous sommes plus rapprochés des Français que des Arabes? » Ben-Daoud resta interdit. Le vieux Kabyle disait vrai. Dans les montagnes de Bougie, on a trouvé des populations aux cheveux blonds, aux yeux bleus, formant agglomération séparée; et parfaitement connues des agglomérations indigènes qui les entouraient comme descendants des anciens chrétiens vandales S Après cette expédition, le maréchal Bugeaud déclara qu'il regardait sa mission en Algérie comme terminée, et laissant l'intérieur au général Bedeau, il rentra en France pour se démettre de ses fonctions de gouverneur général. Il y rentrait avec le bonheur d'avoir, après sept années d'efforts, réparé la faute
* Documents inédits.
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commise par la signature du traité de la Tafna, avec rhonneur d'aToir glorieusement terminé , par la conquête de T Algérie, r<Buvre si glorieusement ouverte, dix-sept ans auparaTant, par le maréchal de Bourmont, vainqueur d'Alger et destmcteur de la piraterie sur la Méditerranée. Cette gloire suffit à la vie d'an homme ; elle accompagnera le nom du maréchal Bugeaud devant la postérité. Quelque opinion qu'on puisse avoir d'ailleurs de son caractère, singulier mélange de qualités et de défiints, ce fut un véritable homme de guerre. Sans doute, il eut la bonne fortune d'être soutenu par des lieutenants habiles et pleins d'ardeur; il disposait de forces qui, mesurées avec parcimonie à ses devanciers, lui furent prodiguées, ce qui facilita sa tâche. Mais enfin, si les moyens ne lui manquèrent pas, il ne manqua pas bdi moyens mis à sa disposition, déploya des talents incontestables et accomplit son œuvre.
Les fonctions de gouverneur général étaient déjà depuis quelque temps destinées au jeune duc d'Aumale. Les quatre prîoc:-s de la famille d'Orléans, comprenant que le glorieux sang de< Bourbons oblige, et que lorsque la France combat il doit toujours y avoir une place au leu pour ses princes, avaient voula partager les périls et la gloire de nos soldats. Tous avaient fiiit leur devoir. Le duc de Nemours, devançant ses frères, avait fait les deux laborieuses campagnes de Constantine avec le maréchal Clausel et le général Damrémont, et il était revenu à plusieurs reprises pour prendre des commandements en Afrique. Le duc d'Orléans l'y avait bientôt suivi et y avait combattu à son tour. Sur la fin de la guerre, on vit le duc de Montpensier servir d'aide de camp à un de ses frères, et le prince de Joinvilie. cher d'escadre en i844, avait conduit en bon marin et en vigoureux soldat l'expédition de Tanger et de Mogador. Le duc d'Aumale était celui de tous les princes de sa famille qui était revenu le plus souvent en Algérie et qui y avaitleplus longtem}>s résidé. En 1840, officier 'd'ordonnance de son frère aîné, M. ii' duc d'Orléans ; lieutenant-colonel du 24* en 1841, colonel du 17* léger la même année, commandant de la division de Médéah
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