LE DUC D'AUMALE GOUVERNEUR
en 1845, de la division de Constantine en 1844, il avait obtenu tous ses grades d'une manière régulière et sérieuse. Si Tactiviié des opérations militaires ne lui permit de s'occuper que secondairement de l'administration pendant son commandement de Médéah, il laissa, en 1844, à Constantine des traces fécondes d'une parfaite intelligence des intérêts du pays et des moyens les plus propres à leur donner satisfaction. Il arrivait donc au mois d'octobre 1847, comme gouverneur général de TAlgérie, non-seulement avec une aptitude naturelle, mais avec une expérience administrative acquise et une connaissance complète des hommes et des choses.
On l'avait entouré de dignes lieutenants. Il ramenait do France le général Changamier, appelé à prendre le commandement de la province d'Alger, et qui avait conquis tous ses grades en Afrique, de 1836 à 1843, par tant de glorieux services; il y trouvaille général Bedeau, commandant la province de Constantine, et le général Lamoricière, commandant la province d'Oran. Ces trois chefs militaires étaient l'expression la plus pure de la gloire de l'armée d'Afrique. Ils étaient, en effet, dans cette armée, la haute personnification dés traditions de cette école de désintéressement, de probité militaire, d'honneur et de modération intelligente, qui remontait au maréchal Yalée et qui, malgré les écarts de quelques individus, avait conservé dans la plus grande partie de l'armée de nombreux adhérents. Tous trois, malgré la vigueur de leur caractère, étaient restés, comme le maréchal Bugeaud, étrangers à ces sévices qui avaient obscurci, chez quelques personnages d'arrière-plan S des qualités milice II est à remarquer qu'en Algérie ceux de nos généraux qui à cette époque s'étaient le plus distingués, tels que MM. Gbangamiery Bedeau, Lamoricière, que le maréchal Bugeaud lui-même, quoique son amour pour le paradoxe lui ait fait quelquefois soutenir des thèses contraires aux inspirations de son cœur, se sont constamment montrés ennemis des mesures sanguinaires, tellement que certaines gens les auraient yolontiers accusés de faiblesse, si la vigueur de leurs actes militaires n'eût pas rendu impossible une pareille accusation ; des re* proches de cruauté n'ont pesé que sur des personnages d'arrière-plan. » (Anna" les algériennes^ tome III, page 104. Paris 4854.)
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C16 TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L*ALGfilUE.
taires incontestables. On avait vu le général Bedeau condlier à notre domination les populations, par la loyale intégrité et la bienveillante équité de son caractère, après les avoir subjuguées par les armes. Le général Changarnier, lorsqu*en 1843 il eut refoulé les Kabyles au pied du grand pic de TOuenseris, se eootcnta de les bloquer jusqu'à ce que la faim et la soif les obligeassent de se rendre à discrétion, et alors il les renvoya humainement chez eux. Enfin le général Lamoricière, dans la dernière période de la guerre, alors que les passions étaient au plus haut point surexcitées, ayant vaincu les tribus des Trara qui, malgré leurs serments récents, s'étaient soulevées sur leurs montagnes à l'appel d'Abd-el-Kader, et les ayant ressérées jusqu'à la mer, arrêta ses colonnes au moment où elles allaient accomplir notre vengeance, parce que « dans la disposition d'esprit oà étaient les soldats, — ces belles et touchantes paroles sont extraites du rapport du général, — cette vengeance aurait été peut-être trop sévère. »
Les noms des hommes dont s'était entouré le duc d'Aumale, son empressement à désigner comme chef d'état-nuijor général le colonel de Crény, qui avait fait avec beaucoup de distinction, comme chef d'état-major du général Lamoricière, les campagnes des six dernières années \ indiquaient d'avance dans quel sens seraient dirigés le gouvernement et Tadministration de l'Algén^. C'était par la supériorité morale de notre civilisation, par l'influence de l'exemple encore plus que par la supériorité matérielle de nos armes, que nous pouvions consolider et justifier nos victoires. Les Turcs avaient eu le second genre de supériorité sur les indigènes, et leur domination avait été subie pendant trois siècles sans être acceptée; il fallait donc quelque chose de plus. Le duc d'Aumale le comprit. A son arrivée à Alger, il réunit les
*• M. de Crény avait fait la campagne de 1830; il était aide de camp an gènéral Rulhières en 1836, 1837, 1838, 1839. Il était à TéUt-major du doc d*0^ léans au moment de la campagne de 1840. De 1840 à 1846, il avait àéèé d'état-major du général Laînoridëre, commandant de la province d^Oran, H lavait paiîaitement secondé dans toutes ses opérations.
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