RAPPORT SUR ALGER
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Paris 20 septembre 1827.
RU'POUT A SOiN EXCELLENCE LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES SUR ALGER.
< Monseigneur,
9 Je vais essayer de répondre à la confiance dont Votre Excellence a bien voulu mlMuorer, en daignant me demander mon opinion sur les moyens que je crois propres à amener la réduction d'Alger, dans l'hypothèse où il entrerait <laus les vues du gouvernement d'agir contre cette place avec une année com^ binée de terre et de mer.
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636 PIÈCES JUSTIFiCATIVES.
« Il est hors de mon sujet d^entretenir Votre BxceUenoe des nomiireiix grif t^ de b France contre Alger, de la grande publicité qu*a eue b demaule de n^ paratîons formée par le goaremement, de la réponse qui y a été faite pr le dey, enfin de Tattente inquiète de tous les États barliareaqnes sur les sdlesdeb rupture de la France arec Alger.
« Je prie Votre Excellence de me permettre dVxaminer par quds diSûtsU moyens on pourrait penser 3i amener la Régence 3i taire k la France lesiYjBrations auxquelles die a droit de prétendre.
€ i* La première idée qui se présente naturdlement est cdle d^avoir nann à rinterrention de la Porte Ottomane; mais celle Toie, dont le résultat serait aussi long k obtenir qu'incertain, convient peu à la dignité de la Fram, ({d semblerait renoncer par ce fait h un de ses privilèges stipulés dans ks capitslations avec la Porte, qui est de cfiâtier la Réqence d'Alger tontes Uif^ii qu'elle croira devoir le faire.
« 2* On ne peut penser qu'im blocus, quelque rigoureux qu'il puis» être. amène les Algériens 2i des concessions.
< Ds n'ont aucun commerce maritime par bâtiments nationaux, fort pen et point par navires étrangers ; leurs grands bâtiments de guerre ne sortiront pts; mais en tout cas, ils ne sont guère h craindre. Rencontrés par nos Taisseam. ils seraient bientôt pris. 11 n'en est pas de même des bateaux qu*ik peu^èd nrmer : ces petits bâtiments sont les plus dangereux pour le commute: iapcrçus, n'ayant ni oeuvres-mortes ni gréement, ils peuvent làcilemeot tromper la vigilance des croiseurs en se glissant le long des rochers pendant la nnii. pour tomber ensuite à l'improviste sur les bâtiments qu'ib reconnaissent d Mrr point armés. Quand ils sont chassés, et dans le mauvais temps, fls se réfagieD^ partout dans les roches ; dans les temps de calme, avec leurs avirons, ils trouvent encore un moyen de se soustraire aux chasses qui peuvent leur èli^
« Cependant un blocus bien bit avec des bateaux à vapeur armés qui pvrourraient la cote on sens opposé, de l'est à l'ouest, et vice versa, rendnit b coune algérienne infructueuse.
« Ce serait à tort que l'on compterait lasser leur patience ; l'éUt de guen* est l'état de rie pour les Algériens ; ils ne reçoivent de rations que pendant «t temps seulement, et la course est la seule ressource d'un peuple qui n est m industrieux ni agricole. La Régence aussi n'en a pas moins besoin : i'iropôilevt; chaque année s'élève k peine à six millions de francs, tandis que les dépeo?c> dépassent huit millions ; la différence est puisée dans le trésor de b Régence, et c'est toujours k regret qu'elle se voit forcée d'y recourir.
< Une émeute ne peut plus avoir dans Alger le même résultat que par le passé, depuis que le dey a quitté le palais intérieur de la ville, pour établir ^l résidence dans b dtadelle de b Casaubah, qui domine b ville.
< Après la proposition faite k plusieurs reprises dans le conseil de b Régence. de déclarer inopinément la guerre aux États-Unis d'Amérique et k la RoUanik k la fois, proposition qui n'a été repoussée que par les objections feites surk
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peu (le commerce <{ue ces deux puissances font dans la Mëditen^née et le peu (le produits qu'en retirerait la Régence, il est probable que les insultes faites k la France n'ont pas été irréfléchies, et cette opinion est d'autant plus fondée, que leur confiance dans leur force et leur supériorité sont inimaginables. Elle se base sur leur profonde ignorance, sur le mépris qu^ils font des chrétiens, et principalement sur leurs dernières affaires avec la Grande-Bretagne.
< 3<» Il parait démontré par le résultat de Texpédition de lord Exmouth, on 1816, qu'une attaque de vive force contre la Tille par une escadre n'obtiendrait aucun succès; car, lors de cette expédition, quoique tous les yaisseaux eussent eu la facilité de se placer sans étra inquiétés, après une canonnade de dix heures consécutives faite par six vaisseaux et dix-sept frégates ou corvettes, le seul vaisseau qui ait fait éprouver aux Algériens une perte notable fut celui de l'amiral, qui s'était placé à l'embouchure du port, d'où il foudroyait les quais, qui étaient couveils de monde, ainsi que les batteries de la Marine, qu'il pre~ naît à revers.
« Plusieurs des bâtiments de l'armée combinée furent trcs-maltraités, et, quoiqu'ils eussent fiiit un feu aussi bien nourri que dirigé, k peine endommagèrent-ils les forts et les batteries.
• On sait que le dey ne céda alors qu'à une émeute qui eut lieu.
€ De nouvelles fortifications formidables ont été construites depuis dans les positions reconnues les plus faibles, et des fours à boulets rouges ont été établis sur plusieurs points.
c Un bombardement bien dirigé, appuyé par quelques frégates et deux ou trois brûlots & explosion, sans entraîner h des dépenses considérables, amènerait petttrétre la Régence à traiter et à faire des réparations, surtout si Ton con^ cédait quelque chose de la ligueur de celles qu'on a demandées.
« Mais, en supposant qu'on obtint ce succès, ce qu^on ne peut regarder comme certain lorsqu'on se rappelle que les Espagnols, en 1785, bombardèrent infructueusement Alger pendant neuf jours, avec quarante bâtiments, il n^aiirait pour résultat que de replacer les choses sur le pied où elles étaient avant la rupture; leur confiance dans leurs forces n'en serait pas moins grande, et on serait toujours à la veille d'être obligé de recommencer.
c Une expédition combinée de terre et de mer parait être le seul moyen infaillible d'obtenir une réparation aussi éclatante qu'honorable pour le gouvernement. Le résultat en serait immense : il détruirait ce dernier repaire de la piraterie, affranchirait toute la chrétienté de tributs humiliants, que les petites puissances n'acquittent, en quelque sorte, qu'à la honte de l'Europe entière ; enfin un long et glorieux souvenir historique récompenserait la France de ce bienfait.
« Cette expédition, qui, au premier aperçu, effraye Timagination, perd beaucoup de ses difficultés à l'examen.
« Il y a, dans tous les États de la Régence d'Alger, 8,000 Turcs, dont 6,000 on état de porter les armes ; 2,000 sont employés dans les places d'Oran, Bone ^t Constantine. Restent sous les armes, à Alger, 2,000 Turcs.
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638 PliCSS JDSTIFiCATIVES.
Pour «Moposer riuÊiiilene et armer les batteries. . . . 4,d00 Turcs.
8,000 KouH)glou, dont 6,000 enrégimentés dans les artilleurs 6,000 KouWO^kMi.
8,000 Arabes enrégimentés, formant la caTalerie et composant le camp de FAga 8,000 Arabes.
En tout 18,000 hommes.
€ Il est & présumer quli ces forces connues se joindraient une assez grande quantité d'Arabes du dehors, qui se présenteraient plutôt par crainte des T&tgeanœs ultérieures du dey que par fanatisme, pour défeïidre le tenritoîre : H n'en eiiste aucun parmi les Arabes. Portant leur nombre k i 2,000, cela fenà un effectif de 50,000 hommes, dont 10,000, c'est-k-dire les Turcs et les Kool- Oglou, ne sortiraient pas d'Alger ; il resterait donc 20,000 hommes pour défendre la ville par terre, mais 20,000 hommes indisciplinés, sans tactique, rt dont le nombre même nuit à la foi'ce.
€ On ne peut se dissimuler cependant qu'à ces troupes pourraient se jomdrp encore les camps des beys de Constantine et d'Oran, tout composés d*Arabe>: mais il serait fitâle de les tenir éloignés en employant une dirersion.
i Si nous nous emparions trois semaines k Tavance de B6ne, les Algérietb supposeraient naturellement que ce coup est le seul que nous aurions inteoticD de porter pour nous rétablir dans les concessions de pèche; pent-éire même déganiiraient-ils Alger ; mais dans tous les cas, et k coup sur, tous les efforts du bey de Constantine seraient dirigés de ce côté.
« On pourrait également faire diversion de deux côtés k la fois, sur Bone d Oran; cependant une seule diversion sur Bône aurait peut-être plus d^effet.
« En admettant toutes les chances défavorables réunies contre nons, le maximum des forces que Ton pourrait rencontrer serait de 35 k 40,000 hommes, et en calculant sur un débarquement de 25,000 hommes de troupes régulièn^. dont 1,200 k 1,500 chevaux de cavalerie légère, avec un parc d'artiOme 6e campagne, et tout ce qui est nécessaire pour une opération semblable, on serait assuré du succès le plus complet.
« Ce n'est point ici le lieu d'établir les facilités qu'offre la côte pour un d^ barquement, ni l'excelleuce des points d'appui pour la retraite, pour les dépîii^ de vivres et les munitions, pour les communications, etc.
< L'armée navale n'étant destinée qu'k canonner la place et à bombtfder, pow* occuper les batteries et y retenir les canonniers, il n'est pas néoessain qu'elle soit nombreuse. Elle devra aussi être employée k transporter une partit des troupes de débarquement, qu'elle versera sur les bâtiments de la division de débarquement avant l'action générale; car, dans l'intérêt de l'expëditîofi, pour assurer la réunion de tous les bâtiments k point nommé, les maîntoii: ralliés pendant le mauvais temps (si on en éprouve), et éviter cette espèce d'confusion qui résulte inévitablement d'une trop grande aflluenoe de bâl^nesi^ de commerce, souvent assez mal armés et mauvais marcheurs» il serait très^ important que le transport de l'armée put être fait par des bâtimouts de guerre
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armés en flûte. Les frais de i*expédition ne seraient pas du moins en pure perte pour la marine.
f Dans la supposition du transport des troupes par les bâtiments du roi, Fescadre pourrait être divisée en trois : une division d^attaque et deux divisions de débarquement, l'une destinée pour Touest, ^ la pointe de Sidi-FeiTuch, et Tautre pour la baie d^Alger, où elle opérerait son débarquement sur la rive droite de rAmtch. Ces deux divisions, en protégeant le débarquement par leurs batteries, ne s'occuperaient qu*k ^effectuer avec tout Tordi'e et toute la célérité possibles. Chacune d'elles serait composée de bâtiments destinés spécialement et munis d'avance de tous les moyens de guerre nécessaires à chiicune des colonnes de Tannée qu'elle pointerait.
« Je pense qu'il serait utile que la colonne destinée pour l'ouei^t fût la plus nombreuse, par la liaison que le débarcfuement dans cette partie est plus facile, que la route pour gagner les hauteurs d'Alger est meilleure et beaucoup plus courte. Elle pourrait être, par exemple, de 15,000 hommes, tandis que l'autre ne serait que de 10,000.
« A un signal convenu, les trois ilivisions de l'escadre pourraient être dispo> sées k l'avance, agir simultanémeul ; les brûlots lancés dès le commencement de l'action auraient vraisemblablement pour résultat de jeter la consternation dans la place et parmi les Alrabes, s'ils n'avaient même une plus grande efllcacité ; mais il est en tous cas douteux qu'ils puissent ébranler par la commotion des batteries assises sur le roc vif, et construites avec des murs de 20 h 30 pieds d'épaisseur et en pierres de granit.
c Les vaisseaux, frégates, flûtes et autres bâtiments de l'expédition seraient nécessairement approvisionnés d'un pbjs grand nombre d'embarcations que d'usage; les bateaux à vapeur seraient de la plus grande utilité pour accélérer le battelage.
c Je ne crois pas, monseigneur, devoir entrer dans les détails de cet armement; ils sont dépendants du matériel k embarquer, de la force de l'une et de l'autre des divisions de débarquement, ainsi que des modifications qu'on jugera utiles d'y apporter.
c Si ce rapport abrégé nécessitait quelques éclaiix^issements, je m'empresserais de les donner à Votre Excellence.
f Je suis, etc.
• Pour copie conforme à mon projet rfe 1827.
« Le capitaine de frégate,
« A. DUPETIT-TUOUARS.
t J'ai remis ce projet h M. le comte de Chabrol, ministre de la marine, lorsque je fus envoyé d'Alger, en 1827, pour donner des renseignements sur le blocus. Ce projet d'expédition a été lu et examiné en conseil présidé par le roi. 11 fut alors apprécié très-favorablement pour moi. »
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f.40 PIÈCES JUSTIFICATIVES.