POINT DE DÉBARQUEMENT
Reste donc l'espace entra le cap Gaxines, Sidi-Ferruch et au-dessous, d c>i vraiment li qu'il faut opérer. Depuis le cap Gaxines jusqu'h la rencontre de ia plaine de la Mitidjah, h l'ouest, le terrain peut être considéré comme uni, saul quelques ondulations assez peu élevées, et d'une pente généralement douce. Elles sont quelquefois séparées par des ravins étroits, peu profonds, praticabb pour un homme à pied et souvent môme pour un cavalier, et sur lesquels il serait facile de fairo des rampes.
Le rivage, dans ce même espace, est partout accessible ; il est sablonneux ou de teire très-meuble; il n'a presque pas de commandement; il y l'ègnedam certains endroits un petit cordon de dunes de 4 à 6 mètres d'élévation; inai^ ratten*age est partout facile, et les rampes, s'il en fallait, seraient l'ouvrairr d'un moment.
Le point de Sidt-Ferruch forme un cap de 300 à 1,000 mètres au moins- On n'a pu aller jusqu'au bout, le gardien du tombeau ayant fait des obsemtions, tirées de la sainteté du lieu, auxquelles il conviait tout Ji hii de y rendre, d'autant qu'on n'est point accoutumé à voir des chrétiens k une parnlk' distance de la ville.
De chaque côté du cap est un enfoncement formant golfe, dont le fond e>t tout sable et d'une pente fort douce. Il paraît qu'un vaisseau de ligne ne pou^ rait guère s'y avancer à plus de 2/3, 1/2 et 1/3 de lieue, surtout si la mer A"t un peu agitée; mais les chaloupes auraioit toujours suffisamment d'eao.
Dans toute cette partie, il n'y a ni fortifications ni batteries, excepté la seule tour de Sidi-Ferruch, qui ne mérite guère d'être comptée. Elle est cante'son élévation est de 16 à 20 mètres au plus; cliaque face, de 3 h 5 mètres <l« large, est armée d'une mauvaise petite pièce de canon. Cette tour est vieille d ne résisterait pas h la plus légère canonnade.
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Les deux iMÛes de Sidi-Ferrudi ne présentent aucun motif de choix ; on se déciderait pour Tune ou pour Fautre, selon le vent, contre lequd on s'abriterait un peu par le cap ; cep^idant celle de gauche est plus près de la route h tenir après le débarquement.
Le terrain en arrière et à quelque distance de Sidi-Ferruch permettrait de se former par niasses.
On peut objecter contre le point indiqué : 1<» le peu de profondeur d'eau ; â* que Fespace de plaine entre le cap Gaxines, les hauteurs en arrière et la plaine de la Mitidjah, est généralement couvert de broussailles, de lauriers, myrtes, grenadiers, etc., ce qui embarrasserait beaucoup la marche; 3° que renliemi pourrait se tromer formé sur les légères collines en avant et en arrière de la fontaine.
La première objection est h peu près commune aux autres points. Le chemin à parcourir du Château de TEmpereur à Sidi-Ferruch^ tel qu'il se trouve, est encore le meilleur des environs, excepté celui de Constantino dont on ne peut profiter. 11 est très-bon de la fontaine au fort; il est presque passable de la même fontaine à Sidi-Khalef ; de là à la mer il y a quelques parties cultivées ou en herbes; enfin les broussailles ne sont pas, à beaucoup près, impénétrables : on y a passé à cheval. Une avant-garde de sapeurs pourrait couper les broussailles sur une largeur nécessaire, adoucir les pentes de deux ou trois petits ravins qu'il faudrait traverser, et abattre quelques légères pointes de rochers qu'on rencontre ensuite. Quant aux positions que l'ennemi pourrait prendre contre nous dans cette direction, elles n'ont rien de comparable k celles dont il est maître contre un débarquement tenté entre Sidi-Ferruch et le cap Matifoux.
Ainsi, en débarquant à Sidi-Ferruch, on n'aurait ni batteries à combattro, ni probablement d'ennemis en présence, ni de hauteurs h gravir : on suivrait un chemin d'une pente presque imperceptible, tout à la fois éloigné de la vue des forts et de la plaine où la cavalerie est h craindre, et qui conduit droit à l'emplacement du camp et du point qu'il faut attaquer le premier. La raison de la nouveauté est encore à mettre en ligne de compte. Plusieurs tentatives ont été faites et ont échoué dans la rade; il faut donc s'adresser ailleurs. Les Turcs sont routiniers et superstitieux; ils ne manqueraient pas de dire : On voit bien que ce sont des Français, ils ne s'y prennent pas comme les autres.
Néanmoins^ en faisabt tout pour voir en détail et du plus prèf« possible, notre but a été bien moins de pouvoir émettre une opinion que de faire connaître \ei> choses d'une manière assez précise pour qu'on pût décider d'après elles seules.
FORTIFICATIONS, LIEU ET MODB d'aTTAQUE.
Si la configuration seule du terrain indique si fortement qu'on ne peut débarquer et surtout pénétrer dans l'intervalle compris entre le cap Matifoux et le cap Gaxines, on en sera bien plus convaincu encore si l'on fait attention aux nombreux ouvrages établis sur ki cote, depuis le premier de ces caps jusqu'il la pointe Pescade, et dont presque tous les feux sont diiigés du côté
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644 PIÈGES iUSTIFlCATIVRS.
de la mer. Les Algériens prétendent avoir 1 ,743 pièces en batfene. Qwîqiie nous soyons loin de ce compte, il faut convenir qu'il y en a un nombre trê>iroposant et généralement de gros calibre, surtout les pièces du ref-de-doussce de la Marine, qui sont de S4, 56, 48 éL au-dessus.
Attaquer par la rade est donc affronter à la fois tous les dangers et toutes les difficultés : le feu des batteries^, les troupes de rennemi qui auraient vu de loin notre manœuvre et qui auraient eu le temps de se préparer, enfin k$ obstacles du terrain, qui ne sont peut^tre pas moindres que les précédoits. T^ manière d'attaquer les forts et batteries se déduit facilement de leur poaitiaii et de leur disposition.
Le château de TEropereur domine de près de 40 à 60 mètres le point k jilus élevé de la ville. La pente de Tun à l'autre est asses douce, sauf la chute de Textrémité du dos d'àne sur lequel le fort est établi; il commande de près de 100 mètres le fort neuf de Babasson. La pente entre les deux est fcri roUe, surtout h partir du sommet ; mais il se trouve dans Tintervalle des points propres à rétablissement des batteries.
Le château de l'Empereur est donc le point dominant de toutes les fortitiotions. H est commandé lui-même par les crêtes et petits plateaux en arrière ou qui, au moins, sont de niveau avec ses parapets et surtout par le sonunet qu'occupe le poste de la Marine; mais cette hauteur est trop éloignée.
C'est donc le cliâteau de l'Empereur qu'il faut attaquer le premier; oo pourra de là battre la ville et le fort Babasson, et descendre à une distance convenable pour établir des batteries de brèche contre l'une et l'autre.
Le camp, pour cette raison, doit venir s'établir le plus près possible; il doit occuper les points dominants et d'un accès facile, afin d'être en sûreté contre la cavalerie emiemic. Or le terrain compris entre le château de TEmpereur. les maisons de Suède, d'Espagne, de Hollande, et en arrière, semble rempiàr CCS conditions. Dans celte position, le camp aurait son front couvert par les ouvrages faits contre le fort, ses deux flancs par des ravins et escarpements, et son derrière par un abatis défendu, qu'il serait fiidle de faire perpendiculairement à la grande route, cette partie étant assez garnie de bois et de haies et le terrain étant de nature à permettre les excavations.
Le dispositif précédent ne formerait pas blocus complet; il Ëiudraît donc prendre d'autres mesures, quoique cette rigueur de blocus soit ici moins né* cessaire qu'en Europe; car c^ qu'on a le plus à craindre, c'est l'armée de secours amenée par les bcys. Or ou voit par les feuilles de dessin (10, i% 15) que les batteries, depuis le numéro 1 jusqu'au numéro 18, sont ouvertes i la gorge, ou seulement closes par un mur de jardin, et que le fort Anglais n*a que trois pièces tirant du côté de la campagne. Il conviendrait donc d avoir une petite masse de troupes, détachée momentanément sur le plateau 59, et une autro sur celui 55. ]jk première pourrait aller par le chemin dn pont 56, et il ne lui serait pas même difficile, sur la plus grande partie de cette distance, de faire passer quelques pièces d'artillerie. La deuxième suivrait le chemin 57, suffiçant pour l'inranterie et la cavalerie. L'artillerie serait difficile
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PIÈCES JUSTinCATlVES. 645
à conduii-c, même eu Taisant des détours; il faudrait la démcnter. La tâche de ces deux petits camps serait d'enlever, par la gorge, les batteries simples et de canonner le fort des Anglais, dont le plateau 59 est à bonne portée et le plonge tout à fait. Avec cet ouvrage, le blocus se trouverait à peu près fait, la marine se chargeant de ce qui la concerne.
Ces deux détachements seraient peutrétre un peu éloignés de la masse prin^ dpale, surtout les chemins étant difliciles ; mais on ferait place nette partout où cela pourrait rendre la communication meilleure. Le camp pourrait aussi s'étendre sur sa droite (58) et avoir une batterie d'enfilade en (59), ce qui lierait davantage. Cette batterie est à une grande portée; elle pourrait néanmoins produire quelque effet, et elle empêcherait l'ennemi de venir s'établir là pour inquiéter la gauche de notre camp. Le détachement de droite pourrait tirer parti du Jardin de France; c'est une espèce de petit fort.
Il faudrait aussi occuper le poste de la Vigie, comme point de découverte sur terre et sur mer.
Les chemins de Belida 5u Beleeda, ou de Constantine, et celui du pont de l'Aratch, sont aussi essentiels h bien observer.
Les autres dispositions générales d'attaque seraient un détachement dcjU fait sur Oran; que le bey de Constantine fût aux prises avec celui de Tunis que notre marine, pendant le débarquement à Sidi-Ferruch et à mesure qu'il y aurait des bâtiments disponibles, vint faire de fortes démonstrations devûiit le port et la rade, afin d'attirer les Algériens dans leura batteries, où ils se complaisent beaucoup.
Mous^allons faire connaitre plus particulièrement les moyens de défense établis. Nous observerons, une fois pour toutes :
1* Que tous les parapets, excepté ceux de quelques batteries isolées, sont en pierres, n'ont que 3 â 4 pieds d'épaisseur, et ne s'élèvent que de 4 à 6 pieds au-dessus du terre-plein; ils sont donc aussi faciles à détruire que dangereux pour les garnisons.
S*^ La ville, le fort Anglais et celui du cap Matifoux ont seuls un fossé, encore celui de ces deux derniers ouvrages ne mérite-t-il pas d'être compté.
3" 11 n'y a nulle part de chemin couvert, ni aucune espet*^} d'ouvrage avancé.
4^ Tous les parapets, excepté ceux de la ville, sont exclusivement disposés pour l'artillerie et sont â embrasure. .
5* Toutes les plates-formes qui font partie du terre-plein sont pavées en pierres plates ou briques de champ.
6* Les profils des dessins indiquent le massif présumé du rempart et non l'épaisseur réelle de la maçonnerie; l'inteiTalle entre les deux murs doit être occupé par des souterrains, ou plutôt rempli par des décombres ou de la terre battue, comme cela se pratique dans le pays et comme nous l'avons vu â la nouvelle enceinte qu'on construit à Tunis.
Tous les forts paraissent pourvus de logements et autres établissements nécessaires, et de puits et citernes qui fourniraient aux besoins, au delà même de la durée de la défense.
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046 PIÈCES JUSTlFlGAnVES.
FOBT DO CAP MATIPOQS.
C'est un octogone âi peu près régulier, ayant trms embrasures et tn» pièca •sur chaque face, excepté celle du côté de la porte, où il n> en a qu*uBe.
Le fossé, comme on le voit au profil, est à peu près nul. Le rideau voiâi serait très-faTorable pour une attaque par terre; mais le cap Matifouz est trop éloigné du lieu de la scène pour mériter une descente, car il fandrail y en ' faire une, ne f&t-ce que pour éviter le transport de rartiUerie. Le nûeox aenà de le faire attaquer par deux ou trois bâtiments qui, sans doute, en aursoil bientôt raison. Sa forme circulaire rend nulle la moitié de son artillerie. La différence du tir de mer et de terre est au moins compensée par le pen de prestesse et d'habileté des canonniers algériens.
Ce fort fut mis en état de défense en 1685, lorsque les galères de France, venues pour bombarder Alger, jetèrent Tancre dans nne petite baie qui est auHlessous.
FORT DB l'eau.
Sa forme est irrégulièi^; il est beaucoup plus petit que le précédent; fl n a i[u'une embrasure du côté de ieire. Quatre sont dirigées contre la mer, les autres battent le rivage. Le rideau en arrière fournirait des emplacements hvorables à Tartillcrie ; mais les observations de rartîcle précédait semblent s'*applîquer également à celui-ci.
FOBT NEUF DB BABASSOR.
n a été reconstruit sur un nouveau plan par le dernier dey; il était à peine iini quand ce prince fut massacré, il y a trois h quatre ans. Mustapha aimait à bâtir; il avait déjà rassemblé quantité de matériaux pour la constnictioB da nouveau fort à côté de celui des Anglais.
La partie détachée à droite, sur le bord de la mer, est un reste de Fanâei ouvrage. On se proposait sans doute de la démolir, car, selon toute apparence, elle doit masquer une partie des embrasures basses du nouveau fort.
Ce fort a 19 embrasures basses et ijB hautes du cote de k mer, 18 haute» et point de basses du côté du chemin, 18 hautes et 5 basses au S.-Ê., 5 basse» et là hautes au N.-O. La masse détachée en a 11.
La petite fontaine lui fournit de Teau; il y en a une autre dans le mur même attenant au bastion S.-O.
Ce fort doit être amusé et non attaqué sérieusement par mer; les vaisseaux pourraient souffrir beaucoup, sans rien faira de bien utile.
La partie la plus voisine de la pente en arrière n'est que du rocher nu; quoiqu'il soit assez tendre, la construction des batteries n'y aérait pas woêêè^ difficile et très-dangereuse. D'ailleurs, on serait mal placé. On trouvera à la distance de 500 à 450 mètres des emplacements suffisants pour 8 à l!2 pièces, sur un terrain meuble et de quelque profondeur, d'où l'on découTre tous le» ten^leins; mais il faut être maître du château de l'Empereur. On n'a rien i craindre de la ville; les feux en sont masqués par la hauteur en arriérée! sur la gauche de l'assir-geaiit.
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CHATEAU DE l'bHPBRBUB.
Ce fort prend le nom de l'empereur Charles-Quint, qui en ûtbàtir rintérieur t3n 1541. Le reste fut fini par Assen-Pacha en 1545.
11 a la forme d'un caiTé long; ses flancs produiraient peu d'eflet; ce fort est inattaquable du coté de la mer, à cause de la roideur de sa pente.
H ne Test guère plus du côté opposé, le ravin et le chemin creux obligeant l'assiégeant à s'établir loin, et lui opposant de grandes difficultés pour nrriyer à la brèche ; l'attaque du coté de l'ouest serait piisc k dos par la TÎlle; en s'établissant dans le bas, l'artillerie ne produirait aucun effet, et il est impossible d'aborder tout de suite le plateau où l'on serait à portée de pistolet.
On peut battre directement le côté du sud-est des points (n* 31 , 52 et 35); ils sont, surtout le dernier, à peu près au niveau de ses parapets; du second, on aurait moins loin pour aller à la brèche, mais il y a peu de profondeur de t<»ne.
La configuration du terrain ne pcnnet point un développement régulier de tranchées; il faudrait amvei* par des communications défilées conune on |K)urrait, h l'extrémité desquelles on ferait des espèces de redoutes, dont le oUé opposé au fort serait la véritable batterie. Le i^stc servirait à se fermer pour éti^e à l'abri de toute surprise.
Ce fort n'a point de batteries basses.