‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 22 sur 192 · BABBEROUSSE ALLIE DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

BABBEROUSSE ALLIE DE FRANÇOIS I

propre alliance a^ec un prince hérétique et qui venait de répudier sa tante, disparut dans ce scandale plus grand. L'opinion, cette force morale, qu'il faut faire entrer même dans le calcul des forces matérielles, fut pour lui. D'un autre côté, Barberousse se conduisit en Provence plutôt ea conquérant qu'en hôte. Les écumeui:s de mer qui montaient sa flotte traitaient presque la population française en population conquise; le pillage, la violence, les dévastations, les excès de tout genre, signalaient leur présence. Leur chef poussa l'insolence jusqu'à interdire les sonneries de cloche à l'occasion des offices, comme si son séjour à Toulon eût transformé cette cité en ville musulmane.

n fallut acheter son départ, après avoir acheté sa venue. H réclamait, en eifet, en se répandant en plaintes sur son inaction forcée, le congé du roi pour commencer une guerre maritime, et le payement préalable des subsides promis. François 1*', qui venait de signer la paix avec l'empereur, ne put obtempérer qu'à la seconde de ces demandes, et il ne parvint qu'avec peine à y satisbire, tant ses finances étaient obérées. Enfin on compta à Barberousse plus de 800,000 écus de France, et il quitta Toulon» toujours mécontent et en tenant contre les Français des propos pleins d'aigreur.

En sortant de Toulon, il rançonna ou pilla sur le littoral d'Italie : Talamone, l'île d'Ischia, Pouzzoles, toute la côte de la Galabre, Lipari; emmenant en esclavage la population tout en* tière des villes qu'il surprenait; puis, cinglant vers Constantinople, il ramena, chargée de captifs et de butin, sa flotte, qui, sans servir réellement la France, avait atteint les deux seuls résultats qu'eût en vue son redoutable chef : enrichir les pirates, nuire aux chrétiens.

Telle fut l'issue de cette coopération malheureuse des Barbaresques et des armées de la France, issue funeste, mais aisée à prévoir. Le fruit matériel de cette combinaison ne pouvait, quel qu'il fût, équivaloir au tort moral qu'il faisait à François I*. Kn outre, ce résultat matériel ne devait pas être considérable.

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' 54 ALGÉRIE : ORIGIIOSS HISTORIQUES.

On yoii sans cesse ces coalisés mal assortis diflcrer de Tues comme dlntérét et de caractère. Baberousse cherchait surtout des prises faciles et sana périls sérieux, et les Français ne lui offraient guère <pie des périls et des difficultés sans prise, des batailles à livrer, des yilles à- emporter pour les réduire à la domination du roi. On ne> pouvait s'entendre, et Ton ne. s'entendit pas. ■'

A peu de temps de là, Barberousse mourut à Constantinople, au faite de sa fortune et de sa renommée, avançant à quatrevingts ans sa fin par les délices de son harem/ où dominait la jeune femme qu'il avait enlevée à Reggio, et rêvant, jusque sur son lit de mort, de nouvelles expéditions contre les chrétiens. Sa vie avait suffi à tous les excès. Homme puissant par le génie qui conçoit et le caractère qui exécute, pirate par goût, soldat dans Toccasion, grand marin,. courageux, violent, rusé,, perdu de mœurs, cruel, impitoyable, insolent, railleur, ressentant jusqu'à la mort une injure, capable aussi^de ressentir un bbn office, cher à ses officiers et à ses soldats, et leur rendant Taffeo tion qu'il leur inspirait, comme on le vit par ses efforts pour racheter Dragut et plusieurs autres. C'était une de ces organisations d'élite qui, abusant à rmtellectuel comme au physique de leur puissance, croient pouvoir aller jusqu'aux brèmes limites de leurs facultés, et pour lesquelles le droit commence et finit avec la force. Il était digne après tout d être avec son frère, homme dp même trempe, mais arrivé moins haut parce qu'il était parti de plus bas, le fondateur de qette étrange puissance des deys, d'Alger qui, sans peur comme sans foi, sans pitié comme sans scrupule, rançonna pendant des sièdes la Médita^ ranée, en élevant la piraterie au rang des souverainetés établies et reconnues, et fit du pillage une politique traditionnelle.

Khaïr-el-Dinn, pour lui rendre son vrai nom, qui disparait pour les Européens dans un sobriquet, fut enseveli, ce qui n'ai^ rive pas à tous les conquérants, dans le tombeau qu'il s'était élevé, à peu de distance d'une superbe mosquée qu'il avait bâtie dans le faubourg de Bissistade, à cinq milles de Constantin

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