‹ Histoire de la conquête d'Alger (volume 2)Chapitre 29 sur 192 · BEYS. - MAGHZEN · texte numérisé non relu

BEYS. - MAGHZEN

quoiqu'ils eussent Thabitude de distribuer les grandes charges entre leurs créatures, lors de leur avènement. L'intérêt qu'ils avaient à faire administrer les beyliks par des hommes habiles, énei^ques, et dont l'influence fut acceptée par les populations, prévalait sur toute autre considération. Cela remédiait un peu à l'instabilité du pouvoir central, dans un pays où les révolutions étaient si fréquentes et les régnes si courts.

Outre le beylik d'Oran, qui iut le premier établi, les beys en établirent deux autres. On appelait bey du couchant celui qui résidait dans le district d'Oran, bey du levant celui qui résidait à Constantine; le troisième, nommé bey du midi, résida d'abord dans un camp, parce qu'il n'y avait point de ville dans toute l'étendue de son gouvernement; plus tard il s'établit à Tittery. Ces beys étaient aussi absolus dans leur gouvernement que le dey à Alger. Seulement ils lui répondaient de l'impôt qu'ils le^ vaient à leur manière sur les tribus, et dont ils avaient leur part. Cette levée des impôts était la grande affaire de ces représentants locaux de la souveraineté turque. La crainte ou la force pouvaient seules les faire payer, et, chaque année, la perception des contributions ressemblait à une campagne.

Il faut indiquer les moyens par lesquels les Turcs étaient parvenus, malgré leur petit nombre, à maintenir leur domination sur une vaste étendue du pays et à lever, chaque année, les impôts ^ Ils avaient profité des divisions continuelles des tribus, et ils les avaient distinguées, dans les trois beyliks, en tribus maghzen et en tribus rayas. Les premières, qui étaient les plus influentes, les plus belliqueuses et les plus fortes, se chargeaient de lever l'impôt sur les autres, à condition d'y avoir part, et d'être elles-mêmes exemptées de toute contribution, excepté de la contribution religieuse. Elles payaient leur cote-part par cette espèce de service public, et toute la charge fiscale retombait sur les tribus rayas.

A cette force, qui ne coûtait rien au gouvernement turc et qui

^ Tous ces détails sont empruntés à Touvrage de H, Walsin-Esterhazy.

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était considérable, car les tribus maghzen du beylik d'Oran seul mettaient six mille cavaliers en campagne pour la perception de rimpôt, il fallait ajouter une force d'une autre nature : c'était celle des noubas ou ganiisons turques, qui, dans les derniers temps de la régence, étaient ainsi distribuées : quinze sefTaris étaient à Alger*, en total trois cent quarante-cinq hommes de garnison ; il faut se souvenir que ce cliiifre ne représentait que les Turcs dans les casernes, et qu'il y avait douze mille Turcs à peu près faisant partie de la milice et présents; à Alger. Il y avait trois seiTaris, total soixante-neuf hommes, à Mers-el-Debban ; trois, avec le même effectif, à un fort du côté de THarach, qu'on appelait Tizz-Ouzzou; trois à Boughni, dans le pays des Kabyles- Zouwawas; trois à Hamza, sur la route d'Alger à Constantine; trois à Sour-el-Ghozlan, entre Medeah et Alger; trois à Ei-Kol; trois à Zamoura, sur la route de Constantine ; cinq, total, cent quinze hommes, à Constantine; cinq à Bone; cinq à Tebessa, entre Tunis et Constantine ; cinq à Biscra; cinq à Bougie; cinq à Tlemsen; dix, total deux cent trente hommes, à Oran; cinq «n Mascara; cinq à Mostaganem. C'était donc mille neuf centsoixantedix-huit Turcs en twt répandus sur les points les plus importants de la régence, et occupant des postes militaires habilement disposés et la plupart situés sur l'emplacement des an ciens postes romains, tant ces anciens maîtres du monde étaient habiles à choisir les dispositions les meilleures pour dominer un

pays.

En outre, lorsque les trois bcys arrivaient, chaque année, à Alger pour apporter les impôts recueillis Tannée précédente, et plus tard, lorsqu'au lieu d'y venir eux-mêmes ils y envoyaient leur premier officier ou khalifat, trois corps d'armée turcs, de deux mille hommes à peu près chacun, se formaient dans les environs d'Alger au dehors de la porte Bab-Azoum, et repartaient en même temps que le khalifat pour chaque beylik, afin

* La sefTara, à proprement parler, la table-escouade, se composait de yingttrois hommes, comme la kheubba-tente. En garnison, on comptait par table, en campagne, par tente.-

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